Quelle est la meilleure version de Harmonielehre de John Adams ?

Bertrand Dermoncourt, Emmanuelle Giuliani et Jean-Charles Hoffelé élisent la version de référence de Harmonielehre de John Adams.

Quelle est la meilleure version de Harmonielehre de John Adams ?
John Adams © Margaretta Mitchell

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Compte-rendu

Manque de caractère, de contraste, de cohérence : Peter Oudjian inflige une lecture poussive et tire du Royal Scottish un son laid, brutal. La mécanique millimétrée d’Adams se dérègle, le discours se délite. Pénible ! David Robertson peine à trouver le pouls interne d’Harmonielehre ; si les accords initiaux sont furieusement martelés, sa direction fragmentée freine l’irrépressible poussée de la musique. Et le Saint Louis Symphony banalise la langue foisonnante de l’Américain. La nécessité n’y est pas, la jouissance sonore non plus : fâcheux.

Enregistrée dans la foulée de la création, en 1985, la version de San Francisco Symphony fut longtemps pionnière. Elle n’a pas très bien vieilli. Edo de Waart, chef à poigne, fait pulser les rythmes et scintiller les timbres, mais on pourrait espérer davantage d’imagination et de délire derrière cette énergie. La prise de son, très analytique, rend la masse d’orchestre compacte.

Les paysages et les horizons défilent sous la houlette de Juozas Domarkas, la lave sonore se déverse avec volupté, recréant les tuilages harmoniques chers à John Adams. Le second mouvement est tendu, les couleurs miroitent, comme sorties d’un vitrail de Messiaen. Légère fatigue au final.

Simon Rattle et ses musiciens mordent dans l’œuvre avec un appétit féroce. C’est tranchant, volontaire, exubérant, avec des coups de boutoir stravinskien qui mettent le feu aux poudres du minimalisme. Cette version théâtrale nous vaut un second mouvement hyper lyrique, aux cordes constamment nourries. Quelle volupté !

Vingt-cinq ans après avoir créé le chef-d’œuvre, le San Francisco Symphony remet Harmonielehre sur le métier. Et c’est irrésistible. Michael Tilson Thomas dirige une matière en ébullition, où tout pulse et se consume dans un feu dévastateur. Le premier mouvement, avec son armada de percussions, vous cloue sur place, tandis que le second rêve d’un Sibelius made in USA, poignant dans son épure. Ravageur, le dernier électrise, avec un surplus de crépitements qui nous plonge dans un hédonisme dionysiaque – et la prise de son est phénoménale. Tentez donc cette expérience-là.

Palmarès

N°1
Version F

San Francisco Symphony, dir. Michael Tilson Thomas (SFS Media, 2011) N°2
Version C

City of Birmingham Symphony Orchestra, dir. Simon Rattle (Warner, 1993)

N°3
Version B

Orchestre Philharmonique de Lituanie, dir. Juozas Domarkas (Denon, 1988)

N°4
Version A

San Francisco Symphony, dir. Edo De Waart (Nonesuch, 1985)

N°5
Version E

Saint Louis Symphony Orchestra, dir. David Robertson (SLS, 2007)

N°6
Version D

Royal Scottish National Orchestra, dir. Peter Oundjian (Chandos, 2013)

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