Pierre Boulez, les musiciens témoignent : Daniel Barenboim

Mis à jour le lundi 22 février 2016 à 11h09

"C'est un homme d'éthique, professionnelle et personnelle, très forte, qui est devenu rapidement pour moi un ami et un exemple dans beaucoup de choses." A l'occasion du 90e anniversaire de Pierre Boulez, Daniel Barenboim a souhaité témoigner sur l'amitié de toute une vie qui le liait au Maître.

Pierre Boulez, les musiciens témoignent : Daniel Barenboim
Pierre Boulez et Daniel Barenboim, 603X380

Première rencontre : Boulez dirige Barenboim

Daniel Barenboim : « A lâge de 11 ans, alors que je donnais déjà des concerts en tant que pianiste, j’ai reçu l’invitation de jouer avec la Philharmonie de Berlin. Mon père l'a déclinéeé, en estimant que c’était trop tôt, car c'était juste après la guerre. Le concert n'a pas eu lieu.

Dix ans plus tard, en 1964, je me trouvais à Berlin pour un concert, quand j’ai été approché par l’intendant de la Philharmonie de Berlin. 'Nous ouvrons l’année prochaine une nouvelle salle qui va s’appeler la Philharmonie de Berlin', m'a-t-il confié. 'Je sais que vous aviez été invité par l’orchestre et que le concert ne s'est pas fait. Je vous renouvelle mon invitation pour un concert. Or, le programme est déjà arrêté pour la saison, sauf un concert dirigé par un jeune chef français, Pierre Boulez. Il débute avec la direction d’orchestre, et il dirigera la musique du XXe siècle. Si vous voulez jouer, il faudra jouer le Premier concerto de Bartok. '

Je ne connaissais pas du tout ce concerto, et à l’époque personne ne le jouait, mais je n’avais pas le choix, c'était à prendre ou à laisser. J'ai accepté, j'ai acheté la partition et je suis tombé littéralement amoureux de cette œuvre.

Arrivé à la première répétition, j’ai fait la connaissance de ce ' compositeur qui dirigeait ', comme Pierre Boulez s'est présenté lui-même. C'était très difficile, nous n'avions pas beaucoup de temps, et nous abordions tous cette partition pour la première fois : un vrai baptême du feu pour Pierre, pour les musiciens d'orchestre et pour moi... Nous nous en sommes plutôt bien sortis. Vous pouvez alors imaginer ma joie lorsque Pierre Boulez m’a invité, après le concert, à venir jouer à Paris, dans le cadre des concerts du Domaine musical, le Kammerkonzert de Berg, sa création française !
Ce n’était que le début, depuis nous avons joué très souvent et dans le monde entier, nous sommes devenu amis, et j’ai beaucoup d’admiration et d’affection pour lui. »

Barenboim dirige Boulez

Daniel Barenboim : « Lorsque j’étais directeur musical de Orchestre de Paris, c’est moi qui lui avais passé commande pour* les Notations* pour orchestre. La gestation a pris du retard, mais la partition est enfin arrivée. Enfin, pas la partition complète, mais quatre mouvements. Je me suis vraiment préparé pour la première répétition. Boulez assistait, bien sûr. Ce n'était pourtant pas facile pour moi de le savoir là, à écouter et à m’observer diriger son œuvre. Mais au bout de dix minutes, il a su me mettre à l’aise ; il était très attentif et plein de considération.»

Sur sa musique...

Daniel Barenboim : « Il disait souvent que ses œuvres de jeunesse lui servaient de laboratoire ; moi, j’aime particulièrement ses œuvres plus tardives :* Le Visage nuptial, *les Notations, Anthème …c’est vrai que je vois ses premières œuvres comme différentes étapes de recherche d’un nouveau langage, alors que plus tard, ce langage est posé. Et j’adore. C’est une musique qui n’est pas facile ; j’ai voulu jouer *Structures * pour deux pianos, mais j’ai eu du mal, je suis trop vieux. J’aurais du m’y mettre il y a très longtemps déjà…»

Sur l'homme...

Daniel Barenboim : «C’est un homme d’une grande culture : nous avons parlé politique, art, philosophie, musique aussi. C'est un homme d'éthique, en tant que musicien, mais surtout en tant qu'homme, et il est très vite devenu un exemple pour moi dans beaucoup de choses, autant dans la musique, que par son engagement dans la société.«

Propos recueillis par Suzana Kubik le 15 mars 2015

Et aussi

France Musique propose un portrait web de Pierre Boulez. Intitulé "Boulez à facettes", ce portrait est constitué d'un texte du musicologue Claude Abromont enrichi d'images, de vidéos, et d'entretiens sonores.

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