Les Russes répondent à Répons !

Jeudi 2 septembre, l’Ensemble Intercontemporain, dirigé par Matthias Pintscher, ouvrait la saison du centenaire de la Philharmonie de Moscou, dans la prestigieuse Salle Tchaikovsky. Arnaud Merlin y était pour France Musique.

Les Russes répondent à Répons !
L’Ensemble Intercontemporain joue Répons, de Pierre Boulez, en ouverture de la saison du centenaire de la Philharmonie de Moscou, © Radio France / Arnaud Merlin

Créée en 1984 dans sa version définitive, Répons, l’une des partitions emblématiques de Pierre Boulez, n’avait encore jamais été jouée en Russie. Il faut dire que la pièce requiert d’importants moyens : un ensemble dirigé d’une trentaine de solistes au grand complet, une technologie avancée demandant des réglages approfondis, in situ, par les ingénieurs de l’Ircam, et un lieu adapté à une spatialisation singulière, qui voit les six solistes principaux disposés tout autour des spectateurs. 

Sans craindre la réaction de son public, la Philharmonie de Moscou a relevé le défi la semaine dernière. Bien lui en a pris : une ovation debout de sept minutes a salué l’événement. En première partie, l’Ensemble Intercontemporain et son directeur musical, le compositeur Matthias Pintscher, avaient eu l’intelligence de proposer un savoureux cocktail de son répertoire, en associant à un classique d’Edgard Varèse (Octandre), le splendide et sombre trio pour flûte, alto et harpe de Pintscher lui-même (Beyond II), et l’expressivité du compositeur Yann Robin, confiée à son ami Alain Billard dans une partition d’une violence tellurique, Art of Metal II, pour clarinette contrebasse métal et électronique en temps réel. 

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Affiche de la création russe de Répons, de Pierre Boulez, par l'Ensemble Intercontemporain
Affiche de la création russe de Répons, de Pierre Boulez, par l'Ensemble Intercontemporain

Enthousiasmés par l’engagement des solistes de l’Ensemble et de leur chef, les mélomanes moscovites, parmi lesquels beaucoup de jeunes, musiciens ou non, restaient sidérés, au sortir du concert, par la force de la musique, aussi nouvelle qu’au premier jour. Et si Pierre Boulez, disparu en 2016, n’est plus aujourd’hui à la tête de l’ensemble qu’il a fondé, la continuité de la tradition, assurée par quelques aînés encore présents – comme la flûtiste Sophie Cherrier – ne le cédait en rien à l’esprit d’initiative et à la volonté de renouvellement qui irriguent aujourd’hui l’Ensemble Intercontemporain. 

De quoi donner quelques idées aux organisateurs russes, qui mettent déjà largement l’accent sur la création au cours de cette saison (avec toute une programmation intitulée Another Space et des événements autour de grandes figures comme Sofia Goubaïdoulina et Thomas Adès), et souhaitent réinviter au plus vite la formation hexagonale. Du côté français, on en a profité pour échanger avec des programmateurs, des journalistes, et des compositeurs russes, de toutes générations et obédiences esthétiques. Faut-il voir dans cet événement la première étape d’une nouvelle ère de relations entre la France et la Russie, dans le domaine de la musique d’aujourd’hui ? On serait tenté de le croire.