Le vrai ou faux de la musique contemporaine

La musique contemporaine souffre de nombreux clichés : musique élitiste, inaudible, rigide… Mais quelle est la part de vrai et de faux dans tout cela ?

Le vrai ou faux de la musique contemporaine
A l'Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) en 1996, © Getty / Raphael Gaillarde

Musique contemporaine. A peine prononce-t-on ces deux mots que la polémique jaillit. Qu’est-ce que la musique contemporaine ? La plupart du temps, cette appellation désigne ce qui a été composé entre 1945 et aujourd’hui. Mais peut-on vraiment mettre dans le même panier les musiques de Ligeti, Takemitsu, Glass, Escaich, Boulez, Dutilleux ?

La diversité des musiques “contemporaines” impliquerait de créer des dizaines de catégories, et commencer à faire la distinction entre les musiques écrites après 1945 par des compositeurs décédés depuis, et les musiques nouvelles, créées par des musiciens encore en vie.

Derrière ce débat se cachent aussi quelques raccourcis, questions et clichés qu’il est grand temps d’évoquer pour enfin rétablir la vérité sur la musique contemporaine.

La musique contemporaine est inaudible

VRAI ET FAUX. Pour répondre à ce cliché, encore faut-il définir “inaudible”. Pour beaucoup, la dissonance participe à cet effet de musique inécoutable. Dans le Larousse, elle est définie comme une « rencontre peu harmonieuse de sons ». Certains compositeurs, dès le début du XXe siècle, s’éloignent des principes harmoniques des siècles précédents. Cette démarche entraîne une rupture avec ce que l’oreille a l’habitude d’entendre.

Des sons nouveaux, des sons qui frottent, des bruits… Dans certaines œuvres contemporaines, l’harmonie n’existe plus. Oui, cela peut surprendre, mais c’est aussi là tout le but de certains compositeurs : créer un effet de surprise.

Et il ne faut pas croire que ces compositeurs du XXe siècle sont les premiers à avoir composé en rupture avec leurs prédécesseurs. Bach, Beethoven, Stravinsky… Tous ont été des musiciens avant-gardistes. Alors oui, parfois, certaines pièces sont inaudibles car le critère du beau son, de l'harmonie classique, de la mélodie ne sont plus pertinents.

La musique contemporaine est absente de la culture populaire

(Un peu) VRAI. Dans les publicités, les séries ou au cinéma, la musique classique est reine. Les grands tubes ont été utilisés et réutilisés pour vendre voiture, café ou parfum...

La musique contemporaine, elle, est bien moins présente…Voire complètement absente dans la publicité. Seul le cinéma fait figure d’exception avec l’utilisation de Ligeti dans certains films de Stanley Kubrick comme Shining ou 2001, l’Odyssée de l’espace (avec Lux Aeterna entre autres). On retrouve aussi la première symphonie d'Henri Dutilleux dans Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat.

La musique contemporaine est très variée

VRAI. Résumer la musique contemporaine à un seul style, un seul courant, serait une erreur. Depuis presqu’un siècle, les compositeurs s’inscrivent dans des courants différents, variés, voire opposés. Musique spectrale, minimaliste, sérielle, concrète, néo-classique, répétitive… Chaque approche est singulière, s’inspire ou non des compositeurs du début du XXème, ou crée une rupture avec la musique dite classique.

Ainsi, il sera difficile de trouver des points communs entre le quatuor à cordes pour hélicoptères de Stockhausen, les pièces pour piano de Philip Glass ou un opéra de Péter Eötvös. Et c’est bien là que réside toute la force de la musique contemporaine : il y en a pour tous les goûts. Et même si les courants se distinguent, certaines musiques sont à mi-chemin entre différents styles musicaux.

Qui inspire qui ? Thierry Escaich, par exemple, se dit proche de Bartók mais aussi de Dutilleux comme il le disait dans le Magazine de la contemporaine d'Arnaud Merlin sur France Musique :

Son côté très ravélien et suave, quand j’étais adolescent, cela pouvait m’agacer. Mais progressivement je suis allé vers des œuvres comme Métaboles et j’ai apprécié son travail sur le son, la spatialisation.

La musique contemporaine est élitiste

FAUX (mais un peu vrai aussi). Si la musique n’est pas intellectuelle car relevant davantage de l’ordre du ressenti, il arrive que certaines œuvres demandent un minimum de réflexion ou quelques connaissances avant de les aborder. Notamment les musiques guidées par une démarche particulière : dodécaphonisme, sérielle, répétitive…

Pour éviter de tomber dans le cliché selon lequel la musique contemporaine, c’est du bruit, il faut comprendre la démarche des compositeurs. Et oublier tout ce que l’on a l’habitude d’écouter depuis des siècles…

Quand on va au musée, on ne compare pas le coup de crayon de Picasso avec celui de Rembrandt. Deux styles, deux époques, radicalement différents. En musique, c’est pareil, il faut une oreille neuve, vierge et se laisser guider par le ressenti, l’émotion.

La musique contemporaine fait peur

VRAI. Dans les deux sens du terme, elle fait peur au public qui n’ose pas franchir les portes des salles pour en écouter. Et elle peut faire peur car certaines œuvres expriment ce sentiment. Utilisation de sons inconnus, mystérieux… Histoires d’horreur racontées en musique. Des œuvres font peur, mais c’est parfois leur but comme Polednice d’Ondřej Adámek donnée au Festival Présences à la Maison de la Radio.

En ce qui concerne le public, il faut continuer à programmer des musiques actuelles, à penser à la délocaliser des salles de concert traditionnelles souvent peu adaptées pour écouter certaines œuvres. Et il faut continuer à la diffuser !

La musique contemporaine sur France Musique :

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