Mukhtar Mai assiste à l’opéra inspiré de son viol et de son combat pour les droits des femmes

L’activiste pakistanaise pour les droits des femmes, Mukhtar Mai, a assisté vendredi 16 juin à Los Angeles à l’opéra Thumbprint, inspiré du combat qu'elle mène depuis le viol collectif qu’elle a subi en 2002.

Mukhtar Mai assiste à l’opéra inspiré de son viol et de son combat pour les droits des femmes
Mukhtar Mai (au centre) reçoit une ovation sur scène après la représentation de l'opéra Thumbprint, © AFP / Robyn Beck

Vendredi 16 juin à Los Angeles, l’opéra Thumbprint (« empreinte » en français), a été donné pour la première fois sur la côte ouest des Etats-Unis, trois ans après la grande première, à New York. Dans le public, Mukhtar Mai, activiste pakistanaise pour les droits des femmes, a revécu son histoire, à l'origine du combat qu’elle mène depuis quinze ans.

En 2002, Mukhtar Mai a 30 ans et vit dans un petit village pakistanais, Meerwala, à une dizaine d’heures de route de la capitale, Islamabad. A peine divorcée d’un mariage arrangé, elle est un jour envoyée au conseil du village pour un litige concernant sa famille : son frère est accusé d’avoir adressé la parole sans autorisation à une fille Mastoy, caste supérieure du village.

Mukhtar Mai sera violée par quatre hommes puis forcée de marcher dans le village entièrement nue, le prix à payer pour laver ce « crime d’honneur ». Pendant des années, elle subit des humiliations qui ne la poussent pas au suicide, comme pour beaucoup de Pakistanaises, mais au contraire la rendent plus forte.

Elle décide de poursuivre ses agresseurs en justice, acte rarissime pour les Pakistanaises victimes d’agressions, et continue de traiter avec la justice jusqu’en 2014, date de la dernière décision par la Cour suprême. Sur les quatorze hommes qu’elle accuse de viol ou complicité, un seul est condamné à la prison à vie, les autres y restent quelques années ou y échappent. « Les quatre hommes qui m'ont violée et les deux responsables du village qui ont ordonné le viol sont libres », a déclaré MukhtarMai à l’AFP.

« Mes violeurs vivent en face de ma maison »

Consciente de l’importance de l’éducation, elle fonde deux écoles (dont une dans son village) et ouvre un foyer pour les femmes victimes de violence. Les établissements scolaires sont gratuits jusqu’à 18 ans et accueillent principalement des filles.

L’activiste vit toujours au Pakistan, dans son village, et croise encore les responsables de son agression : « Mes violeurs vivent en face de ma maison et j'essaie de ne pas croiser leur chemin », confie-t-elle à l’AFP. « Lorsque je passe devant eux, ils me narguent et me huent ».

Vendredi 16 juin, elle a fait une longue route vers Los Angeles pour assister à l’opéra Thumbprint. Une oeuvre composée par l’Indo-américaine Kamala Sankaram sur un livret de Susan Yankowitz qui raconte le calvaire et le combat de Mulhtar Mai. « J'étais très émue lorsque j'ai commencé à le regarder et j'ai commencé à revivre le drame dans mon esprit », a déclaré la Pakistanaise à l’issue de la représentation. « Mais à mesure que l'opéra a avancé, c'est devenu plus facile à regarder et je me suis sentie encore plus courageuse ».

Le dénouement de l’opéra diffère de la réalité puisque ses agresseurs sont condamnés à mort. Mulhtar Mai doute qu'il soit possible de jouer un jour l'opéra au Pakistan, où il provoquerait sûrement des remous, mais « je voudrais qu'il soit montré partout », a-t-elle ajouté « et je voudrais que les gens qui ont commis ce crime soient identifiés et prennent conscience de ce qu'ils ont fait ».

(avec AFP)