Generación 51 : interview avec Tomás Marco (El Imparcial, 2008)

La Guerre Civile a été une véritable rupture. Les musiciens de la Generación del 27 se sont dispersés, et s'ils ne sont pas partis, nombreux ont été réduits à une sorte d'exil intérieur. La Generación del 51, qui se constitue véritablement à la fin des années 1950, apporte une conviction qu'il faut remettre à l'heure, l'horloge de la musique espagnole.

Generación 51 : interview avec Tomás Marco (El Imparcial, 2008)
Tomás Marco © Rodolphe Bruneau-Boulmier

Les piliers de la musique contemporaine espagnole, Luis de Pablo, Carmelo Bernaola, Cristóbal Halffter et Joan Guinjoan, appartiennent tous au mouvement Generación del 51, comme d’ailleurs Tomás Marco, compositeur, écrivain et organisateur culturel, récompensé à maintes reprises pour son œuvre dans son pays. Dans un entretien pour El Imparcial de 2008, il retrace les débuts du mouvement. (traduction : Suzana Kubik).

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Quelle a été l'importance de la Generación de Maestros et de celle, postérieure, de la République ?

Il s'agit de deux générations qui ont une correspondance parfaite avec les mouvements littéraires ou artistiques de leur époque. A la place de la Generación de Maestros (Génération des Maîtres), on aurait pu les appeler "Génération des musiciens 98". Elle voit le jour dans un même sentiment noventa y ochista, et coïncide chronologiquement avec la génération littéraire. Ce sont ces compositeurs qui réinventent le symphonisme espagnol, à la fois proche de l’Europe et de ses courants musicaux et en même temps très enraciné dans le sol espagnol, phénomène typique du mouvement 98.

Et la génération de la République ?

On peut l'appeler aussi la Generación del 27, elle correspond à la génération littéraire aussi, et les compositeurs ont énormément collaboré avec les poètes : Lorca, Alberti... Ils partagent les mêmes idéaux que la génération 98, mais avec des ramifications bien plus modernes. C’est la génération qui, du point de vue musical, se familiarise pleinement avec Stravinsky ou avec la dodécaphonie. Un de ses membres, le Catalan Roberto Gerhard, fût le seul disciple de Schoenberg, et au début de sa carrière, le seul à écrire une musique dodécaphonique. Malheureusement, tout cela fût perdu avec la Guerre Civile. Les musiciens comme les écrivains se dispersèrent.

A quel point ces compositeurs furent-ils politiquement engagés ?

Leur engagement politique était très affirmé, même parfois plus important que celui des poètes de la Generación del 27. En effet, Rodolfo Halffter a composé une ode à Lénine. Il y a eu tout un répertoire de chansons composées pour le front. C'était bien parti, mais les espoirs furent vite étouffés.

Au micro de Rodolphe Bruneau-Boulmier, Tomás Marco exprime sa vision de la Musique

La deuxième république a-t-elle favorisé l'expression musicale ?

Elle a ébauché un projet en faveur de la musique avec la création d'un grand Conseil de la musique et une importante loi sur la musique, qui n'a pas eu le temps de rentrer en vigueur. Malheureusement, avec les modifications en 1932 et en 1934, ce conseil n'a pas réussi à s'affirmer et s'est transformé en un rassemblement des amateurs de zarzuela, mais il est certain que ses débuts furent très prometteurs. Si aujourd'hui quelqu'un voulait faire une loi sur la musique, il lui suffirait de reprendre celle de la République, et d’y apporter quelques ajustements.

La Generación del 51 a t-elle contribué à ce que l'Espagne ne reste pas en marge des courants musicaux les plus audacieux ?

La Guerre Civile a été une véritable rupture. Les musiciens de la génération 27 se sont dispersés, et s'ils ne sont pas partis, nombreux ont été réduits à une sorte d'exil intérieur, comme s'est arrivé avec Fernando Remacha. S'en est suivie une période néoclassique pendant le franquisme, mais en fait, Franco ne s'intéressait pas du tout à la musique, elle ne représentait rien pour lui. Evidemment, une esthétique officielle dominait, celle du nationalisme folklorisant. La Generación del 51, qui se constitue véritablement à la fin des années 1950, apporte la conviction qu'il faut remettre à l'heure l'horloge de la musique espagnole. Le travail des artistes clés dans le renouveau de la peinture, tels que El Paso, Luis Feito, Millares ou Zobel avec les compositeurs tels que Luis de Pablo, Cristóbal Halffter ou Carmelo Bernaola, essaye de rattraper le temps perdu avec des années de guerre.

L'Histoire de la musique a t-elle donné justice à ces compositeurs ?

Je pense que oui. Ce sont des compositeurs connus et reconnus qui aujourd’hui occupent une place dans le milieu qui leur est réservé. La musique savante évolue bien évidemment dans un milieu différent de celui de la musique populaire, mais ils sont reconnus par leurs pairs, c'est indiscutable.

La Musique en Espagne subit-elle la situation économique ?

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