Des mots et des notes, ou lorsque Amin Maalouf se fait librettiste pour Kaija Saariaho

Qu’est-ce que l’opéra sinon la rencontre entre les notes et les mots ? Entre l’écriture musicale et la littérature ? C’est ainsi qu’à l’occasion d’une création lyrique, L’Amour de loin, est née la collaboration entre la compositrice Kaija Saariaho et l’écrivain-essayiste Amin Maalouf.

Des mots et des notes, ou lorsque Amin Maalouf se fait librettiste pour Kaija Saariaho
L'écrivain franco-libanais Amin Maalouf, © Getty

Nous sommes à la fin des années 1990 et Kaija Saariaho a en tête un projet d’opéra… mais qui pour écrire son livret ? Son ami Peter Sellars, metteur en scène, lui souffle le nom d’Amin Maalouf, homme de lettres franco-libanais salué pour les rencontres mises en place par ses écrits entre les langues, les peuples et les religions.

« C’était une rencontre arrangée, je n’aurais jamais pu imaginer l’avoir comme librettiste », confie Kaija Saarihao à Jean-Pierre Derrien. Et pourtant, il a suffi à Peter Sellars d’envoyer une lettre, un petit livret de présentation et quelques oeuvres de la compositrice finlandaise pour qu’Amin Maalouf accepte de se pencher sur le livret de son premier opéra.

Lui non plus n’avait jamais pensé tenir un jour le rôle de librettiste; mais il se prête à l’exercice. L’oeuvre qu’il propose alors, L’Amour de loin, s’inspire d’un thème intemporel, universel : l’amour fantasmé. Courtois au Moyen Âge, il s’incarne aujourd’hui par les relations virtuelles, qui rendent possible un amour à distance, sans, ou avec peu de rencontres.

Kaajia Saariaho
Kaajia Saariaho, © Getty / Raphael GAILLARDE/Gamma-Rapho

Kaija Saarihao et Amin Maalouf collaborent, eux aussi, ‘de loin’. « Nous n’avons pas eu le temps de bien nous connaître pendant L’amour de loin, mais on a pu se rendre compte que notre collaboration se passait très bien ». Et en effet, l’opéra est salué par le public et la critique. L’oeuvre remporte le Grawemeyer Award 2003 et est programmé par l’exigeant Metropolitan Opera de New York en 2016.

S’en suivront ainsi trois autres collaborations entre l’écrivain et la musicienne : l’opéra Adriana Mater et l’oratorio La passion de Simone, créés tous deux en 2006, et Emilie, un autre opéra interprété pour la première fois à Lyon en 2010.

Mais c’est surtout une amitié complice qui naît entre les deux artistes. « On a une relation assez intuitive », explique-t-elle au micro de France Musique. Kaija Saariaho et Amin Maalouf, c’est donc avant tout une rencontre entre deux histoires, celle d’une femme musicienne et d’un humaniste.

Réécoutez l'entretien entre Jean-Pierre Derrin et Kaija Saariaho,diffusé le 27 mars 2006 sur France Musique :

Écoutez

Le Bel aujourd’hui – Kaija Saariaho - 27/03/2010