Découvrir Pierre Henry en 5 morceaux

Chercheur de sons, pionnier de la musique électroacoustique et inspirateur du mouvement électro, Pierre Henry est un compositeur résolument tourné vers la modernité. Partez à la découverte de cet aventurier du son à travers une sélection de cinq œuvres incontournables !

Découvrir Pierre Henry en 5 morceaux
Pierre Henry dans sa "Maison des sons", en 2002. , © Getty

Disparu le 5 juillet 2017 à l'âge de 90 ans, Pierre Henry a marqué de ses recherches sonores non seulement le milieu de la musique dite "contemporaine" mais également celui de la musique populaire, explorant sans relâche les possibilités infinies de la musique électronique. Le 9 décembre, France Musique lui rend hommage.

Symphonie pour un homme seul

Impossible de parler de Pierre Henry sans évoquer un autre Pierre : Schaeffer (1910-1995). Figure majeure de la Radiodiffusion française au milieu du XXe siècle, il dirige le GRMC (Groupe de Recherche de Musique Concrète). En 1949, il engage Pierre Henry, sur recommandation de son professeur Olivier Messiaen, d’abord comme percussionniste pour ses expériences musicales, puis comme compositeur. Très vite, le jeune musicien – il a 22 ans – devient son principal collaborateur.

Un an plus tard, leur travail aboutit à un ouvrage collectif, la Symphonie pour un homme seul. Jugée d’emblée comme une réussite, cette œuvre est considérée comme fondatrice de la musique concrète (musique composée à partir de sons enregistrés). Sa mise en ballet par le chorégraphe Maurice Béjart, en 1955, assoit définitivement sa réputation.

Le Voyage

En 1958, suite à une brouille avec Schaeffer, Pierre Henry quitte le GRMC et fonde son propre studio, l’APSOME (Applications de Procédés SOnores en Musique Electroacoustique). Les moyens techniques limités dont il dispose alors le conduisent à travailler dans le sens de la simplification. Il en résulte, notamment, Le Voyage (1962), œuvre électronique au style très épuré et destinée à accompagner un ballet de Maurice Béjart commandé par l’Opéra de Cologne.

Le scénario de la pièce repose sur le Bardo Thödol (Livre des morts tibétain), un texte qui inspirera également, dans un tout autre genre musical, John Lennon pour son titre Tomorrow Never Knows, en 1966.

Variations pour une porte et un soupir

Composées juste après Le Voyage, les Variations pour une porte et un soupir sont dues non pas à une découverte littéraire mais sonore : le grincement d’une porte dans un vieux grenier. Provocatrice, l’œuvre prend au mot le cliché attaché à la musique concrète la réduisant à une musique de « porte qui grince ». C’est ainsi que la porte devient l’instrument principal de cette pièce, qui dure pas moins de 45 minutes !

Conçue comme un thème et variations, elle se divise en 25 mouvements qui représentent l’itinéraire d’une journée (« Sommeil », « Eveil », « Gymnastique », « Ronflement »…). Très gestuelle, l’œuvre se prête tout à fait à la danse. En 1965, Béjart, encore lui, imagine donc une improvisation chorégraphique dans laquelle chaque danseur tire au sort le rôle qu’il va jouer le soir même de la représentation, illustrant ainsi le renouvellement du cycle de la vie.

Messe pour le temps présent

Si les deux œuvres précédentes marquent une étape importante dans la carrière de Pierre Henry, sa composition la plus célèbre reste sans aucun doute la Messe pour le temps présent, avec le tube « Psyché rock » qui en est extrait. Le 33 tours se vend à 150 000 exemplaires, du jamais vu pour de la musique appartenant à un genre alors très marginal ! Le succès est tel que « Psyché rock » est repris dans de multiples films et spots publicitaires ou encore remixé par de nombreux artistes comme pour le générique de la série d’animation Futurama.

La pièce est collaborative, écrite avec Michel Colombier (1939-2004), sur une commande de Béjart pour le Festival d’Avignon de 1967. Le modèle que prend ce ballet est celui de la suite de danses. Un modèle ancien donc mais mis au goût du jour avec des danses à la fois récentes et populaires : un rock, deux jerks et un slow.

Le Fil de la vie

On le devine à son titre, Le Fil de la vie est une « biographie sonore » selon les termes de Pierre Henry lui-même. Annoncée comme sa dernière œuvre, elle représente une sorte de testament musical. Le compositeur y évoque ses études, ses premières expérimentations en musique concrète ou encore ses collaborations avec Pierre Schaeffer et Maurice Béjart.

A cause du caractère très personnel de cette fresque sonore d’une heure, sa gestation s’est révélée beaucoup plus longue que celle des autres œuvres de son auteur (un an et demi). Autre particularité : sa composition repose sur un support écrit. Pas une partition au sens traditionnel du terme – aucune note de musique ne figure dessus – mais plutôt un conducteur avec des points de repères visant à faciliter sa réalisation devant le public, le 29 septembre 2012 à la Cité de la Musique, à Paris.

Pour aller plus loin

  • Martine Cadieu, "Pierre Henry, le voyage intérieur", Martine Cadieu, A l'écoute des compositeurs, Paris, Minerve, 1992.
  • Michel Chion, Pierre Henry, Paris, Fayard, 2003.
  • Evelyne Gayou, GRM. Le Groupe de recherches musicales. Cinquante ans d’histoire, Paris, Fayard, 2007.
  • Philippe Robert, Musiques Expérimentales, une anthologie transversale d'enregistrements emblématiques, Marseille, Le Mot Et Le Reste, GRIM, 2007.
  • Geir Egils Bergjord, La Maison des sons de Pierre Henry, Lyon, Fage, 2010.