Décès du compositeur et pédagogue suisse Klaus Huber

Le compositeur et pédagogue suisse Klaus Huber est décédé lundi 2 octobre 2017, à l'âge de 92 ans. Il a formé de nombreux compositeurs de la seconde moitié du XXe siècle, comme Kaija Saariaho, Brian Ferneyhough, Wolfgang Rihm ou Michael Jarrell.

Décès du compositeur et pédagogue suisse Klaus Huber
Klaus Huber, © Maxppp / Maxnews

Le compositeur et pédagogue suisse Klaus Huber s'est éteint le 2 octobre 2017 à Pérouse en Italie. Si son oeuvre abondante et engagée laisse une empreinte singulière dans le paysage de la création contemporaine, c'est surtout en tant que pédagogue qu'il a marqué et accompagné toute une génération de compositeurs de la deuxième moitié du XXe siècle, insufflant un élan décisif à la création contemporaine suisse. France Musique lui rendra hommage dans ses émissions dès ce soir.

Né à Berne en 1924, Klaus Huber étudie d'abord le violon et la didactique musicale au Conservatoire de Zurich, avant de se tourner vers la composition. Ses maîtres sont Willy Burkhard, toujours au conservatoire de Zurich, et Boris Blacher, à la Staatliche Hochschule für Musik de Berlin. En 1961 il obtient le poste de professeur à la prestigieuse Musikakademie de Bâle. Débute alors pour Klaus Huber une longue carrière dédiée à l'enseignement : à Bâle, Lucerne ou Freiburg, il s'impose par l'inventivité de sa pédagogie de la composition et devient rapidement une référence. De nombreux compositeurs après 1945 y ont fait leurs classes, tel Brian Ferneyhough, Wolfgang Rihm ou Michael Jarrell. Il a été professeur invité dans les universités du monde entier : de l'Amérique du Nord, en passant par l'Europe, jusqu'au Japon, la Corée ou la Chine.

Bien qu'il soit issu de la même génération que Boulez, Berio, Ligeti ou Xenakis, sa trajectoire de compositeur a suivi une voie différente. « J'écris, disait-il, parce que je cherche la communication à travers le médium de la musique, parce que je veux formuler quelque chose dont le contenu me semble véhiculable uniquement au moyen de la musique ». Comme son enseignement, son oeuvre reflète l'ouverture sans dogmatisme vers tous les courants stylistiques qui ont traversé son siècle.

Entre la spiritualité et l'engagement politique et social, la musique de Klaus Huber cherche avant tout un ancrage dans le réel, un contact avec un public, comme en témoigne dans un hommage à son maître un de ses disciples, le compositeur Brian Ferneyhough : « On peut qualifier son art d'humaniste dans un double sens : celui de la fidélité au concept traditionnel de "métier" et dans celui, légitime, de la demande constante qu'il fait à la musique d'être un ultime véhicule visionnaire d'idéaux hautement éthiques. Dans le même temps, Huber est tout autre qu'un ermite mystique de la modernité finissante : à l'encontre d'Adorno, il n'accepte pas le point de vue agnostique selon lequel l'autonomie intégrale de l'œuvre d'art d'avant-garde est la garantie nécessaire et suffisante de son authenticité. Au contraire, ses convictions chrétiennes le poussent à faire appel directement à ce qu'il considère comme l'utopique et double mission de l'art : amener l'auditeur à une réflexion sociale concrète et incarner la vision pleine d'espoir d'une vie juste ».

Depuis ses premières œuvres, qui lui ont apporté une reconnaissance internationale dans les années 1950, Klaus Huber se situe souvent en contrepoint aux tendances dominantes quel que soit le genre abordé : la musique de chambre (Des Engels Anredung an die Seele,1957) ou soliste (Plainte - Die umgepflügte Zeit -pour Luigi Nono, 1990) à l'oratorio (Soliloquia, 1962) ou œuvres scéniques (Schwarzerde, 2001). Il fréquente de près les grandes figures de la musique contemporaine de l'époque - Boulez, Nono ou Ligeti en tête, il est un habitué des festivals de Darmstadt et Donnaueschingen, mais son écriture reste à l'écart des grands courants.

Son credo reste l'engagement artistique et politique. Des voyages en ex-URSS ou à Cuba, les rencontres avec les poètes palestiniens ou les écrivains de l'Amérique centrale, le cataclysme d'Hiroshima ou la Guerre du Golfe de 1991 ont inspiré l'oeuvre de celui qui n'a eu de cesse de s’interroger : "Que peut changer la musique dans la société ?". Un rapport dont témoignent certains de ses interprètes les plus fidèles, comme le chef de chœur Rachid Safir, qui rendra hommage à Klaus Huber dans Classic club de Lionel Esparza dès ce soir.

Hommages à Klaus Huber sur France Musique :

...avec le chef de chœur Rachid Safir dans Classic Club

...avec la compositrice Kaija Saariaho dans Musique matin...

Dans le Concert du soir...