A Strasbourg, le festival Musica s'offre une cure de jouvence

Stéphane Roth, nouveau directeur du festival Musica, a dévoilé la programmation de sa première édition. Il annonce de grandes figures, des compositeurs émergents et surtout sa volonté de reconquérir le public.

A Strasbourg, le festival Musica s'offre une cure de jouvence
Stéphane Roth, nouveau directeur du festival Musica qui se tiendra à Strasbourg du 20 septembre au 5 octobre, © Radio France / Aliette de Laleu

Âgé de 37 ans, Stéphane Roth, le nouveau directeur du festival Musica, a quasiment le même âge que la manifestation dont il a la charge. Créé en 1982, ce grand rendez-vous strasbourgeois de la musique contemporaine et de la création fête cette année sa 37e édition. Et ce n’est pas anodin. Stéphane Roth prend la suite de Jean-Dominique Marco, resté 28 ans la tête du festival. 

Il hérite d’une manifestation à l'histoire riche, et mesure la tâche qui lui incombe de la faire entrer dans une nouvelle ère. Stéphane Roth, qui a fait ses études universitaires à Strasbourg, le reconnaît, il est un « enfant de Musica ». Il doit au festival sa découverte de la musique contemporaine. C'est ainsi qu'il a pu faire la connaissance, ne serait-ce qu’au cours de concerts, de Stockhausen ou Pierre Boulez

« Me retrouver à la direction 19 ans après avoir découvert Musica, cela constitue un objectif assez périlleux » glisse-t-il dans un sourire. « Je me retrouve face à ma propre histoire, au moment où la musique contemporaine se trouve elle-même face à sa propre histoire. Il est évident qu’on ne situe plus dans l’immédiat après-guerre ou dans les années 1960. La création musicale aujourd’hui, c’est un phénomène très large ».

Pour sa première programmation, Stéphane Roth a pris soin d’équilibrer la présence d’œuvres des grandes figures de la musique contemporaine, Luigi Nono, Charles Ives, Philip Glass, etc. et une myriade de compositeurs d’aujourd’hui, plus ou moins émergents de la création musicale. En plus d’un focus sur l’œuvre d’Hugues Dufourt, et une rétrospective d’artistes importants des scènes britanniques et américaines, Stéphane Roth et son équipe ont choisi d’explorer la thématique du corps. 

« Pour notre première édition, nous avions envie de proposer quelque chose d’incarné. Nous allons interroger la notion de corps sous un angle arte povera. Que devient le musicien lorsqu’il n’a plus que lui-même, son propre corps, ses membres, pour faire de la musique ? Le corps virtuel également. Qu’est-ce qu’un musicien qui se démultiplie sur scène avec l’appui de la vidéo ? Ou encore le corps politique, c’est le cas du projet de Jennifer Walshe, avec sa pièce My dog and I, pour un chien, un violoncelle et une danseuse. Cette œuvre vient interroger sur scène, avec le chien, la condition animale et la limite entre nature et culture aujourd’hui » explique Stéphane Roth. 

Avec 40 projets artistiques, le festival Musica veut donner à entendre mais aussi à voir à son public. Marionnettes, projection vidéo, chorégraphies, Stéphane Roth a programmé des compositeurs en phase avec leur temps, qui font peu à peu tomber les frontières. « A chaque nouvelle esthétique correspond un nouveau public » explique le jeune directeur. Son principal souci est de réconcilier musique de création avec un public le plus large possible. 

C’est la raison pour laquelle le festival Musica a décidé de lancer son académie des spectateurs. Habituellement réservé aux compositeurs ou aux interprètes, Stéphane Roth a décidé d’inverser les rôles en braquant l’objectif sur le public. « Nous avons fait cette pirouette dans le but de créer un équilibre entre production et réception. On parle beaucoup de production, on met beaucoup de choses en œuvre pour faire de la musique, des commandes, etc. C‘est très bien, il faut continuer. Mais il faut aussi activer la réception et notre secteur en a grandement besoin. Nous avons voulu inverser les rôles avec des laboratoires d’écoute pour permettre à des auditeurs de réaliser une expérience. D’éprouver un plaisir esthétique, de découvrir des choses mais surtout de nous offrir leur perception, leur réception. Et nous travaillerons dans le futur, avec leurs retours » explique Stéphane Roth. 

Avec 30 créations mondiales, 25 créations françaises et 40 projets artistiques différents. Le festival Musica s’attend à accueillir 15 000 spectateurs lors sa prochaine édition qui se tiendra à Strasbourg du 20 septembre au 5 octobre 2019. 

France Musique, partenaire de l’événement, sera sur place pour capter plusieurs concerts.