10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Steve Reich

Minimaliste, Steve Reich ? Son œuvre, peut-être… mais l’homme, non ! Et pour cause : philosophe et témoin des bouleversements du XXe siècle, le compositeur n’eut de cesse de s’interroger sur son identité et son époque.

10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Steve Reich
Steve Reich

Né le 3 octobre 1936 à New York, Steve Reich est l’un des pionniers du courant musical minimaliste.... Minimaliste qui ne rime pas avec simpliste ! L’oeuvre du compositeur est en effet aussi complexe dans la forme que dans le fond, utilisant des matériaux sonores divers (voix, bruits de la ville, instruments électriques ou traditionnels) et abordant des sujets aussi bien personnels que politiques.

Voici dix petites choses que vous ne pensiez (peut-être) pas trouver dans l’oeuvre de Steve Reich !

Steve Reich et orchestre
Steve Reich et orchestre

Des références pointues
Steve Reich a suivi des études de philosophie à l’université de Cornell et s’est particulièrement intéressé aux travaux de Ludwig Wittgenstein, théoricien du langage. Il dévore notamment ses Investigations philosophiques, ouvrage dans lequel le langage est présenté comme un instrument de représentation du monde, influencé, donc, par notre contexte d’énonciation, notre culture et notre intention. Il n’existe pas de manière objectif et universelle : seuls les ‘jeux de langage” font sens. Une conclusion qui caractérise parfaitement les premières pièces de Reich, It’s gonna rain ! (1965) et *Come out * (1966), dans lesquelles il fait se répéter et se superposer de simples paroles enregistrées.

Des mélodies de Radiohead
De la musique pop-rock dans une composition classique ? Steve Reich déconstruit les préjugés et emprunte quelques mélodies aux auteurs de Creep * et *Karma Police … Il découvre le groupe en 2011, au cours d’un festival polonais consacré à ses oeuvres. John Greenwood, guitariste de Radiohead et admirateur de Reich, interprète Electric Counterpoint. Reich est littéralement bluffé par sa performance, ce qui l’incite à écouter les compositions du groupe britannique. Deux mélodies,* Everything is in the right place* et Jigsaw Falling Into Place, se gravent alors dans son esprit, tant et si bien qu’il décide de se les réapproprier… un emprunt à la pop totalement assumé puisqu’il intitule son oeuvre : Radio Rewrite.

Le fruit du hasard
"J'ai découvert la technique du phasing par accident " : ce procédé est en effet né du simple fait que les premiers magnétophones utilisés par Reich sont de mauvaise qualité et, donc, irréguliers. Aussi, lorsque le compositeur tente de les utiliser simultanément, les deux appareils jouent d’abord à l’unisson pour peu à peu se décaler. Reich est comme hypnotisé par cette instabilité sonore... le phasing est né.

Du gamelan balinais et des tambours ghanéens
"Dans la musique classique occidentale, la ligne mélodique est menée par les instruments à cordes ". Or Steve Reich, lui, voudrait placer les percussions au centre de ses compositions... Il voyage ainsi jusqu’au Ghana pour y recevoir l’enseignement d’un maître de tambour traditionnel et se consacre, dès son retour aux Etats-Unis, à l’étude du gamelan : un type de formation orchestrale balinais composé de percussions en bronze.

Des canons, des canons et encore des canons
Les chants polyphoniques de Pérotin et Mikrokosmos de Bartók ont fait prendre conscience à Reich du potentiel de la forme canonique : non seulement elle s’adapte à tous les types de sons (instruments, voix, enregistrements) mais, de plus et de par l’agréable sensation de ‘déjà entendu’ qu’elle procure, elle séduit le plus grand nombre d’oreilles… conquis, il s’emploie à décliner le canon à travers toute son oeuvre.

Le poids de l’histoire
Né dans une famille juive, Reich réalise que le train qu’il prenait si souvent, enfant, pour rendre visite à sa mère à Los Angeles, aurait eu une destination bien plus tragique s’il avait vécu, au même moment, en Europe… De cette lugubre comparaison naît Different trains, dans laquelle on peut entendre les voix de sa gouvernante et de trois rescapés de la Shoah.

De la peur
Le matin du 11 septembre 2001, Steve Reich et sa femme se trouvent dans le Vermont, mais leur fils, leur belle-fille et leur petit-fils logent, eux, dans un appartement à quelques pas des tours jumelles. Profondément marqué par l’attentat, new-yorkais d’origine et de coeur, Steve Reich compose dix ans plus tard WTC 9/11, comme une oeuvre exutoire de ce traumatisme .

Des bruits de pigeon
On entend tout un tas de bruits, partout, et c’est à nous de les transformer ”. Lorsqu’on écoute* It’s gonna rain*, il nous semble entendre le battement léger d’un tambour, derrière la voix enregistrée de Brother Walter … ça n’est en fait rien d’autre que le battement d’aile d’un pigeon, venu se poser près du microphone de Reich.

De l’engagement
"J’ai dû faire couler mon sang pour les convaincre" : c’est une phrase extraite de l’interrogatoire de Daniel Hamm qui, coupée et répétée, construit le morceau Come Out. Une phrase dans laquelle le jeune afro-américain, accusé dans le cadre du procès des Harlem Six, explique comment il a dû faire saigner ses propres blessures pour être conduit à l’hôpital. Une phrase choisie par Reich et qui inscrit ainsi son oeuvre dans le mouvement des droits civiques.

De la guitare électrique
Avec Pulse, sa dernière composition, Steve Reich met le piano et la guitare électrique au service du rythme et de la pulsation… Si vous aviez prévu d’aller l’écouter le 12 novembre 2016 à la Philharmonie de Paris, accrochez-vous !

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