Voix, texte et musique : Gabriel Fauré

Bac musique 2010 : guide d'écoute Gabriel Fauré - Jean de la Ville de Mirmont, *L'horizon chimérique*

Oeuvre au programme :Gabriel FAURE- Jean DE LA VILLE DE MIRMONT L'horizon chimérique

Un des principaux représentants de la musique française de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, Gabriel Fauré a laissé son empreinte notamment dans les genres intimistes comme la musique pour piano, la musique de chambre et la mélodie. Son style très personnel, façonné sur les bases de l'enseignement de l'école Nidermeyer qui laissait une large place à la musique religieuse et aux modes d'église, a eu une grande influence sur un grand nombre de ses successeurs, notamment dans les innovations harmoniques et mélodiques. Dans l’évolution de son écriture musicale, Fauré relie le Romantisme tardif et le premier quart du XXe siècle, où le langage musical subit de grandes transformations entre La damnation de Faust de Berlioz, qui correspond à sa naissance, et Wozzeck et les premières œuvres de Chostakovitch, lorsqu’il meurt en 1924. De sa seizième année jusqu’à sa mort à 79 ans, Fauré ne cessa d’écrire les mélodies. Reynaldo Hahn analysa son style de façon suivante : « Si l’on regarde de près, on retrouve à travers tout Fauré, depuis ses premières mélodies et ses toutes premières œuvres instrumentales jusqu’à celui de L’Horizon chimérique, du second quintette... une même doctrine harmonique, une conception identique de l’écriture, un dogme, une règle en matière de réalisation (j’emploie ce terme dans son acception technique et strictement musicale), qui n’ont jamais varié, qui sont demeurés intacts et inébranlés en dépit des évolutions et des modifications suscitées, imposées par la vie". Ce style peut être décodé en quelques caractéristiques principales : une harmonie fuyante, parsemée d’allusions modales et de passages modulants, la ligne mélodique en expansion, en larges courbes, une rythmique jamais trop appuyée, une pâte sonore mouvante. Dans une interview de 1911, Fauré définit ainsi son style :

"La forme importe beaucoup, mais le fond importe encore davantage. (...) Le rôle de la musique est de mettre en valeur le sentiment profond qui habite l’âme du poète et que les phrases sont impuissantes à rendre avec exactitude."

Ce rapport au texte se définit progressivement, à l'instar des autres mélodistes, à partir des années 1870 : depuis Le Papillon et la Fleur (1861), sur un texte de Victor Hugo, qui s'apparente encore à la romance, Fauré s'interesse aux réflexions esthétiques des Parnassiens (Lydia - 1870 - Leconte de Lisle) et des Symbolistes (Cinq Mélodies de Venise - 1894 - Paul Verlaine) sur la nature métadiscursive de la Poésie. Ses recherches sonores, rythmiques et formelles culminent avec la complexité de l'écriture dans le cycle des Cinq Mélodies. Dans ces dernières mélodies (Mirages, L'Horizon chimérique ), Fauré change d'esthétique : son langage est simplifié, plus transparent, moins contrasté, plus épuré, tendance qui marque sa création depuis les années 1890. C’est probablement le style dépouillé du jeune poète Jean de la Ville de Mirmont qui a attiré le compositeur dans ce dernier cycle de mélodies qui est L’Horizon chimérique. Du cycle des poèmes écrits entre 1912 et 1913 et publiés à titre posthume (le jeune poète est mort à la guerre de 1914), Fauré choisit quatre poèmes autour du thème de la mer, du large, du départ, du voyage. L’Horizon chimérique op. 118 est composé de quatre mélodies :La mer est infinie Je me suis embarqué Diane, Séléné Vaisseaux, nous vous aurons aimés Le style de L’Horizon chimérique correspond au langage des autres œuvres de Fauré dans cette période de sa maturité créatrice : les chromatismes audacieux et les harmonies exigeantes se tissent autour d’une mélodie toujours en évolution, sans aucun thème conducteur. Le registre vocal de ces mélodies est restreint; elles sont habituellement chantées par les barytons. (C’est le baryton Charles Pazéra, dédicataire de l’œuvre, qui l’a créa le 13 mai 1922 à la Société Nationale de Musique.) La mer reste un sujet de prédilection dans la poésie que choisit si soigneusement Gabriel Fauré dans ses mélodies. Nous nous sommes servi de ce fil conducteur, si cher aux poètes, pour vous proposer ci-après un récital imaginaire et un aperçu de l’évolution de la mélodie française depuis ses premiers représentants jusqu’aux contemporains de Fauré, une évolution aussi bien dans ses aspects musicaux que dans le rapport si étroit que cultive ce genre avec la poésie. GLOSSAIRE MELODIE : La mélodie française naît vers le milieu du XIXe siècle en France, en empruntant son nom aux Irish mélodies de Thomas Moore mises en musique par Berlioz en 1830. Cette forme musicale pour voix et piano (parfois pour voix et orchestre) se développe de manière autonome tout en empruntant à la romance dont elle est fille et au lied auquel on l'oppose fréquemment. On prétend que le lied, d'essence germanique, serait plus populaire et plus proche de la chanson que la mélodie. Cette opposition est déplacée lorsqu’on analyse bon nombre de lieder de Schumann, de Brahms, de Hugo Wolf, de Strauss... Cependant, la mélodie française est particulièrement attentive à la qualité et au sens des vers qu'elle met en musique et l'extrême raffinement de sa courbe vocale, de ses rythmes et de ses harmonies. SUGGESTIONS D'ECOUTE : • 2e Sonate pour violoncelle et piano op.117 et le 13e Nocturne pour piano (contemporains de l’Horizon chimérique) • Quintetette op.115 • Mirages Ecouter les œuvres completes BIBLIOGRAPHIE • Jean-Michel Nectoux : Fauré : les voix du clair-obscur, Fayard 2008 • Brigitte François Sappey et Gilles Cantagrel : Guide de la mélodie et du Lied, Fayard 1994 • Frits Noske, "La mélodie française de Berlioz à Duparc", Amsterdam, puis Paris, 1954 • M. Faure et V. Vivès, "Histoire et poétique de la mélodie française", Paris, 2000 Une précieuse source d’information : Le Centre International de la Mélodie FrançaiseLE RECITAL IMAGINAIRE AUTOUR DE LA MER

HECTOR BERLIOZ (1803-1869) - Théophile Gautier Les Nuits d’été op. 7 : Sur les lagunes CD "LES NUITS D'ETE OP 7" Susan GRAHAM, mezzo-soprano ORCHESTRE DE L'OPERA ROYAL DE COVENT GARDEN JOHN NELSON, direction CD SONY SK 62730 Ma belle amie est morte, Je pleurerai toujours; Sous la tombe elle emporte Mon âme et mes amours. Dans le ciel, sans m’attendre Elle s’en retourna; L’ange qui l’emmena Ne voulut pas me prendre. Que mon sort est amer! Ah ! sans amour s’en aller sur la mer! La blanche créature Est couchée au cercueil. Comme dans la nature Tout me paraît en deuil! La colombe oubliée Pleure et songe à l’absent; Mon âme pleure et sent Qu’elle est dépareillée. Que mon sort est amer! Ah ! sans amour s’en aller sur la mer! Sur moi la nuit immense S’étend comme un linceul. Je chante ma romance Que le ciel entend seul. Ah ! comme elle était belle, Et comme je l’aimais! Je n’aimerai jamais Une femme autant qu’elle. Que mon sort est amer! Ah ! sans amour s’en aller sur la mer!GABRIEL FAURE (1845-1924) - Théophile Gautier Les matelots op. 2 N°2 CD "INTEGRALE MELODIES" CHRISTOPHER MALTMAN, baryton GRAHAM JOHNSON, piano HYPERION, CDA 67333 Sur l'eau bleue et profonde, Nous allons voyageant. Environnant le monde D'un sillage d'argent. Des îles de la Sonde, De l'Inde au ciel brulé, Jusqu'au pôle gelé! Nous pensons à la terre Que nous fuyons toujours. A notre vieille mère, A nos jeunes amours. Mais la vague légère Avec son doux refrain, Endort notre chagrin! Existence sublime, Bercés par notre nid. Nous vivons sur l'abime, Au sein de l'infini, Des flots rasant la cime. Dans le grand désert bleu Nous marchons avec Dieu!

HENRI DUPARC (1848-1933) - François Coppée La vague et la cloche CD "MELODIES" KRUYSEN BERNARD, Baryton LEE NOEL, Piano (Version pour piano Vincent d’INDY) VALOIS V 4703 Un fois, terrassé par un puissant breuvage, J'ai rêvé que parmi les vagues et le bruit De la mer je voguais sans fanal dans la nuit, Morne rameur, n'ayant plus l'espoir du rivage... L'Océan me crachait ses baves sur le front, Et le vent me glaçait d'horreur jusqu'aux entrailles, Les vagues s'écroulaient ainsi que des murailles Avec ce rythme lent qu'un silence interrompt... Puis, tout changea... la mer et sa noire mêlée Sombrèrent... sous mes pieds s'effondra le plancher De la barque... Et j'étais seul dans un vieux clocher, Chevauchant avec rage une cloche ébranlée. J'étreignais la criarde opiniâtrement, Convulsif et fermant dans l'effort mes paupières, Le grondement faisait trembler les vieilles pierres, Tant j'activais sans fin le lourd balancement. Pourquoi n'as-tu pas dit, o rêve, où Dieu nous mène? Pourquoi n'as-tu pas dit s'ils ne finiraient pas L'inutile travaile et l'éternel fracas Dont est fait la vie, hélas, la vie humaine!ERNEST CHAUSSON (1855-1899) - Charles Beaudelaire L'albatros CD "LES MELODIES" INTEGRALE TRAKAS CHRIS PEDRO, baryton JOHNSON GRAHAM, piano HYPERION, CDA 67321 Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers. A peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d'eux. Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule! Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid! L'un agace son bec avec un brûle-gueule, L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait! Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.CLAUDE DEBUSSY (1862-1918) - Paul Verlaine La mer est plus belle RODDE ANNE MARIE, soprano LEE NOEL, piano CD ETCETERA, ETCE, KTC 1026 La mer est plus belle Que les cathédrales; Nourrice fidèle, Berceuse de râles; La mer sur qui prie La Vierge Marie! Elle a tous les dons, Terribles et doux. J'entends ses pardons, Gronder ses courroux; Cette immensité N'a rien d'entêté. Oh! Si patiente, Même quand méchante! Un souffle ami hante La vague, et nous chante: "Vous, sans espérance, Mourez sans souffrance!" Et puis, sous les cieux Qui s'y rient plus clairs, Elle a des airs bleus, Roses, gris et verts... Plus belle que tous, Meilleure que nous!REYNALDO HAHN (1874-1947) - Victor Hugo Quand la nuit n'est pas étoilée CD "MÉLODIES" FRANÇOIS LE ROUX, baryton JEFF COHEN, piano REM 311069 Quand la nuit n'est pas étoilée, Viens te bercer aux flots des mers; Comme la mort, elle est voilée, Comme la vie, ils sont amers. L'ombre et l'abîme ont un mystère Que nul mortel ne pénétra; C'est Dieu qui leur dit de se taire Jusqu'au jour où tout parlera! D'autres yeux de ces flots sans nombre Ont vainement cherché le fond! D'autres yeux se sont emplis d'ombre A contempler ce ciel profond! Toi, demande au monde nocturne De la paix pour ton cœur désert! Demande une goutte à cette urne! Demande un chant à ce concert! Plane au-dessus des autres femmes, Et laisse errer tes yeux si beaux Entre le ciel où sont les âmes Et la terre où sont des tombeaux!Retour

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