Viva l’Orchestra : le concert festif des musiciens amateurs

Dans le cadre de Viva l’Orchestra, 123 musiciens amateurs se sont retrouvés dimanche 3 juin sur la scène de l'Auditorium de Radio France pour un grand concert.

Viva l’Orchestra : le concert festif des musiciens amateurs
L'Orchestre des Grands Amateurs de Radio France - 2018 , © Radio France / Christophe Abramowitz

On se croirait (presque) dans un stade de foot ! Dimanche 3 juin dans l’Auditorium de la Maison de la Radio, l’ambiance est électrique… Les spectateurs sont venus nombreux pour applaudir frères, sœurs, parents, enfants, oncles ou tantes : ces 123 musiciens amateurs devenus, le temps d’un concert, membres de l’Orchestre National de France

Les bras du chef Jesko Sirvend se lèvent et les premiers accords de la Marche hongroise de Berlioz retentissent dans l’auditorium. Suivront toute une série de danses - tango, valses, farandoles et musiques de ballet - un programme de fête et de plaisir pour cette quatrième édition de Viva l’Orchestra, organisée par la Direction de la Musique de Radio France . 

Pour ces grands amateurs, le plaisir est le maître-mot. Ce n’est d’ailleurs pas sur audition ou test de niveau qu’ils ont été sélectionnés, mais en fonction de leur motivation, de leur envie. L’objectif premier d’un musicien de Viva l’Orchestra doit être de le plaisir.   

C’est pourquoi les partitions des œuvres ont été arrangées, adaptées à chaque niveau. « Que l’on ait deux ou vingt-cinq ans de pratique musicale, on peut participer à chacun des morceaux du programme », se félicite Marc-Olivier de Nattes, violoniste de l’Orchestre National de France et co-fondateur du projet avec Marie Faucher. « Là je suis par exemple avec la rangée des quatrièmes violons, un pupitre qui, normalement, n’existe pas dans un orchestre mais qui a été créé pour l’occasion. »

Même Marine, altiste de 5 ans et demi (elle a tenu à le préciser), assure l’intégralité du concert, avec une concentration digne des plus grands professionnels. « Pourquoi t'es-tu mise à l’alto ? » lui demande Emilie Munera, présentatrice du concert. « C’est ma mère qui a choisi » répond la jeune musicienne. Sa mère, justement, Carine, est assise à côté d’elle dans l’orchestre. Elle est flûtiste professionnelle et a commencé à apprendre l’alto en même temps que sa fille, pour que toutes deux puissent partager une même activité et rejoindre l’aventure Viva l’Orchestra.

Emilie Munera et Jesko Sirvend devant les musiciens de l'Orchestre des grands amateurs de Radio France.
Emilie Munera et Jesko Sirvend devant les musiciens de l'Orchestre des grands amateurs de Radio France. , © Radio France / Aurelie Kaufmann

De jolies histoires, il y en aurait bien d’autres à raconter, et Emilie Munera ne manque pas de faire intervenir à son micro les musiciens de l’orchestre. Il y a par exemple Émilie, premier violon. Plus jeune, elle aurait aimé embrasser une carrière professionnelle « mais on m’a fait comprendre qu’il fallait que je fasse des études plus ‘sérieuses’, raconte la jeune femme, aujourd’hui, c’est un rêve que je réalise. »

Entre grands amateurs et professionnels, la frontière est parfois mince, ou ne mérite parfois pas d’être tracée. C’est ce que nous rappelle Viva l’Orchestra, un projet centré autour d’une dynamique commune à chaque interprète, débutant ou confirmé : l’amour de la musique. « J’aimerais citerJean-Claude Malgoire, grand chef d’orchestre disparu cette année, nous dit Emilie Munera, en début de concert. Il regrettait que le terme amateur soit trop souvent associé à la notion d’amateurisme, alors qu’il renvoie d’abord et avant tout à celle d’amour. »

Jouer avec des amateurs, les accompagner, c’est aussi l’occasion pour les musiciens professionnels de retrouver une approche simple et directe de la musique, le même émerveillement et plaisir qu’ils ont pu ressentir en début de carrière.

Depuis le deuxième balcon, on a une vue plongeante sur le pupitre des percussions, là où Emmanuel Curt, musicien titulaire de l’ONF, veille sur chacun de ses ‘poulains’. « Je leur ai appris à chuchoter, à regarder discrètement leur téléphone portable… c’est très important quand on est percussionniste », plaisante-t-il au micro d’Emilie Munera, alors que tout au long du concert, il porte la plus grande attention à chaque coup de cymbales, chaque roulement de tambours. 

Jesko Sirvend, chef assistant d’Emmanuel Krivine, est lui aussi d’humeur à plaisanter. A la toute fin du concert, alors que les musiciens reprennent la Farandole de l’Arlésienne de Bizet en bis, le chef quitte tranquillement la scène pour s’éclipser en coulisse. Voilà nos musiciens seuls face à leur partition… 

Le résultat est plus qu’à la hauteur, et personne ne perd le cap. Une performance qui relève de l’exploit car, comme le souligne Jesko Sirvend, ces 123 amateurs n’ont pas l’habitude de jouer ensemble. « Quand on travaille avec l’Orchestre National de France, il y a une respiration commune à tous les musiciens. Une habitude. Ca n’était pas le cas pour les musiciens de Viva l’Orchestra, il a fallu tout créer. »

Un esprit de groupe et une solidarité qui ont particulièrement touché Emilie Munera, productrice à France Musique et présentatrice du concert. « Tout le monde s’entraidait pendant les répétitions. Les doyens s'occupaient des plus jeunes pendant les pauses… C’est un vrai plaisir que de voir un tel esprit de corps entre des musiciens qui se connaissent si peu. »

Ces 123 mélomanes auront l’occasion de se retrouver le 21 juin, à l’Auditorium de la Maison de la Radio, pour un grand concert donné à l’occasion de la Fête de la Musique. 

Fin du concert du 3 juin 2018, à la Maison de la Radio.
Fin du concert du 3 juin 2018, à la Maison de la Radio. , © Radio France