VIDEO - Léo Ferré, compositeur, chef d'orchestre... et mal-aimé

Poète ou musicien classique, Léo Ferré n’eut de cesse d’entretenir cette ambivalence. Auteur, compositeur, interprète, son répertoire riche et sa discographie pléthorique divisent. Retour sur le parcours de celui qui s’est battu pour légitimer son amour de la musique classique.

VIDEO - Léo Ferré, compositeur, chef d'orchestre... et mal-aimé
Léo ferré dirigeant un orchestre au Palais des Congrès, © Getty

La musique et son enfance, début d'une frustration

Déjà petit, Léo Ferré est attiré par la musique classique. Au lycée, il commence à pratiquer l’euphonium. Sa scolarité au lycée Saint-Charles est particulièrement difficile.  La musique et la littérature lui permettent de s’échapper face à une scolarité presque carcérale.

La véritable rencontre entre Léo Ferré et la musique classique se produit lorsqu’il a 10 ans. Alors qu’il écoute la radio avec sa mère, il est frappé de plein fouet par la Cinquième Symphonie de Beethoven. Bouleversé, Léo Ferré choisi de cacher ses émotions à sa mère. À l’époque, son père refuse de l’inscrire au Conservatoire parce que « la musique ne nourrit pas son homme ». 

Dans son enfance et son adolescence déjà s’ancre une frustration qui le poursuivra le reste de sa vie, celle de ne pas être accepté en tant que musicien.

Pourtant, après son diplôme en Sciences politiques, il se lance dans la musique. Alors qu’il fait ses débuts dans la chanson à Paris, il se plonge dans l’écriture et l’orchestration de son premier opéra : La vie d’artiste. Si l'œuvre est refusée par la Scala de Milan, La vie d’artiste marque profondément sa discographie.

Ses débuts dans la musique (classique)

Après ce premier échec, il se lance dans la composition d’un oratorio en 1953 sur La Chanson du mal-aimé d’Apollinaire. Avec ce travail Léo Ferré rencontre plus de chance. Un jour, le prince Rainier de Monaco assiste à l’un de ses concerts à l’Arlequin. Séduit, ce dernier lui propose de jouer la pièce à l’opéra de Monte-Carlo, en y ajoutant une symphonie. Son travail rencontre un franc succès, mais sans lendemain.

En 1960 Léo Ferré rejoint le label Barclay. Déjà à l’époque, il est perçu « un grand de la chanson française » et du music-hall. Il aspire cependant toujours à l’orchestration, tentant dès qu’il en a l’occasion de s’en rapprocher. En 1970, Jean-Pierre Mocky lui offre l’occasion de travailler sur la musique de son film L’Albatros. Cette collaboration est infructueuse mais il décide ensuite de ré-enregistrer La Chanson du mal-aimé, souhaitant s’imposer aux yeux de tous comme un musicien classique.

Une fin de carrière rythmée par l'orchestration

En 1974, il rompt avec sa maison de disque Barclay et Paul Castanier qui l’accompagnait depuis 1957. Léo Ferré, pour des raisons juridiques, est réduit au silence : il ne peut plus chanter ses propres chansons.  Pour contrer cette interdiction, il compose Ferré muet dirige… . Un album grâce auquel il renoue avec son amour de l’orchestration.  Son spectacle fait salle comble, mais il continue d’essuyer les critiques de l’ordre établi et des instances de la musique classique.

Je pense que ça me dessert de m'appeler Léo Ferré quand j'écris de la musique, simplement - Léo Ferré

Malgré les contestations, au fil de sa carrière, son rapport à la musique classique ne cesse de se développer. En 1975, il dirige 120 musiciens au Palais des Congrès pour des concerts de l’orchestre Pasdeloup. À la fin de sa carrière, Léo Ferré  s’inspire de son précédent travail avec Roland Petit pour La nuit (1950), et crée l’Opéra du pauvre. Un de ses derniers travaux qui lui permettra de concilier ses deux facettes : celle du musicien et du poète.