VIDEO : « Le tuba, c'est vraiment un instrument de métissage » - Thomas Leleu

De la musique classique à la bossa nova, en passant par la musique africaine, tout est possible au tuba ! Thomas Leleu, tubiste concertiste, nous en fait la démonstration en image et en musique.

VIDEO : « Le tuba, c'est vraiment un instrument de métissage » - Thomas Leleu
Thomas Leleu, tubiste professionnel, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Né à Lille en 1987, Thomas Leleu entre au CNSM de Paris à 17 ans et reste Tuba Solo de l'Orchestre Philharmonique de l'Opéra de Marseille pendant 10 ans. Élu Révélation soliste instrumental de l’année aux Victoires de la Musique Classique 2012, il mène aujourd'hui une carrière de concertiste exclusivement, et se produit dans le monde entier.

France Musique : Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement du tuba ?

Thomas Leleu : « Pour produire un son, on a besoin d'une petite pièce métallique appelée 'embouchure'. Plus l'instrument est gros, plus l'embouchure l'est également. Mais il ne suffit pas de souffler dedans, il faut impérativement faire vibrer les lèvres (un peu comme le bruit du moustique ou du cheval). Ensuite, la branche d'embouchure va guider la vibration jusqu'aux pistons. Ils sont au nombre de quatre et comportent des trous qui, quand je vais appuyer sur un piston, vont créer une ouverture avec une certaine longueur de tuyau pour créer la note correspondante. Enfin, le son créé sort par le pavillon du tuba. »

Est-ce un instrument difficile à apprendre ?

« Évidemment, quand on commence le tuba, on n'apprend pas directement sur le tuba basse qui pèse une dizaine de kilos, on commence plutôt avec un tuba ténor ou un baryton qui sont plus petits. Ce sont des instruments avec lesquels on peut très vite se faire plaisir. Après, tout le travail de technique, de rapidité, je ne pense pas que cela soit quelque chose de très compliqué, à part quelques milliers d'heures de travail bien sûr. »

Faut-il avoir du souffle pour jouer du tuba ?

« Il existe une technique qui consiste à descendre le diaphragme pour envoyer de l'air chaud dans l'instrument, mais elle demande plusieurs années d'apprentissage pour la maîtriser. Une autre technique, appelée 'respiration circulaire', consiste à inspirer pendant l'expiration. Physiologiquement, c'est impossible pour un être humain, le musicien va donc se servir de ses joues et de sa langue pour continuer d'expirer l'air pendant qu'il en inspire par le nez. De manière générale, on apprend à canaliser cet air, c'est à dire à en utiliser le moins possible, tout en faisant les phrases les plus longues possibles. »

L'instrument permet-il de produire des sons... inattendus ?

« Il y a ce qu'on appelle les polyphonies (ou doubles voir triples sons), qu'on obtient en chantant dans l'embouchure pendant qu'on souffle. On peut faire des slaps, en tapant l'embouchure avec la langue. On peut aussi produire un son proche de celui d'un didgeridoo, et on peut évidemment mélanger tous ces modes de jeu. »

Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

« Quand je me balade avec dans la rue (en France en tout cas), les gens me demande très souvent si ce n'est pas un djembé ou un tam-tam que je transporte sur mon dos. Alors qu'en Allemagne, où je vis, on me dit 'Mais... vous êtes tubiste ! Est-ce que vous avez déjà joué Wagner, la 'Symphonie fantastique' de Berlioz, etc ?'. Je crois qu'il y a une différence culturelle et que le tuba n'est pas forcément perçu de la même façon partout. »

Quels styles musicaux peut-on jouer au tuba ?

« On le retrouve dans l'orchestre symphonique, donc en musique classique, mais aussi en funk, en reggae, en salsa, en samba, en bossa nova, en musique arménienne, arabe ou africaine, etc. J'explore tous ces styles, c'est vraiment un instrument de métissage. »