VIDEO - Le hautbois, comment ça marche ? Avec Gabriel Pidoux

Gabriel Pidoux, hautboïste et Révélation des Victoires de la musique classique 2020 dans la catégorie "Soliste instrumental", nous fait découvrir son instrument en image et en musique.

VIDEO - Le hautbois, comment ça marche ? Avec Gabriel Pidoux
Le hautboïste Gabriel Pidoux, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Gabriel Pidoux : Il est dans le Guinness Book des records, avec le cor, considéré comme l’un des instruments les plus difficiles à apprendre. Mais quand on finit par comprendre son fonctionnement, cela devient très vite un instrument avec lequel on fait beaucoup de progrès et avec lequel on prend beaucoup de plaisir.

France Musique : Connaissez-vous l'histoire du hautbois ?

Gabriel Pidoux : Le hautbois est un instrument qui a été inventé en France. Il est apparu dans les environs des années 1650, grâce à de grands facteurs d'instruments : les familles Philidor et Hotteterre, qui étaient des musiciens de la cour de Louis XIV. Il s'agit en fait d'une bombarde domestiquée, pour qu'elle puisse être jouée à la chambre du roi, à Versailles.

France Musique : Pourquoi avez-vous choisi de jouer du hautbois ?

Gabriel Pidoux : J'ai découvert le hautbois à l'âge de sept ans, en stage de musique. A l'époque, je faisais du violon et j'ai vu un élève du stage démonter son hautbois et le ranger dans sa boîte. J'ai trouvé ça incroyable. On peut le démonter et le ranger dans une boîte, alors que je ne pouvais pas faire ça, avec le violon. Enfin, j'ai essayé, mais…

France Musique : Comment c'est fait un hautbois ?

Gabriel Pidoux : Au bas de l'instrument, il y a le pavillon, il est responsable de la projection du son. Ensuite, il y a ce qu'on appelle le corps du bas, où l’on vient placer la main droite. Juste au dessus, il y a le corps du haut, qui accueil la main gauche et enfin, au sommet de ce montage se trouve la partie la plus importante : l'anche. En partant du bois de roseau, il faut compter au moins trois mois pour avoir une anche fonctionnelle. C'est une lamelle de roseau pliée en deux, que l'on enroule autour d'un tube en laiton. Avec une plaque en métal et un couteau, on vient ensuite ouvrir et gratter cette lamelle, pour lui donner la forme adéquate. Lors du grattage, on travaille avec un micromètre : quand il indique 12 micromètres, l'anche sonne. Et quand il indique 16 micromètres, à savoir l'épaisseur d'un cheveu en plus, l'anche ne sonne plus.

France Musique : comment fait le hautbois pour produire un son ?

Gabriel Pidoux : On vient mettre en vibration les deux lamelles de l’anche double à l'aide des lèvres et de la cavité buccale. Ce petit son est amplifié et modifié par le tube qu'est le corps du hautbois. En appuyant sur les clés, on modifie la longueur vibrante du tube, ce qui forme les notes. Aussi, en fonction des anches qu'on utilise et de comment elles ont été grattées, le son peut varier du tout au tout.

France Musique : Le hautbois peut-il produire des sons... inattendus ?

Gabriel Pidoux : On peut faire la mouette, des sons multiphoniques, on peut faire du bruit avec les clés (très utilisé en musique contemporaine) et on peut enlever l'anche pour se servir du hautbois comme d'une trompette. Aussi, on dit souvent que c'est un hautboïste qui a enregistré l'alarme incendie. Mais il y a un son, un son incroyable qu'on rêve tous de faire : celui de l'anche qui se casse.

France Musique : Une manière décalée de jouer du hautbois ?

Gabriel Pidoux : Il y a plein de manières bizarres, étranges et différentes de jouer d'un instrument de musique, mais c'est à vous de les trouver et de les inventer ! Par exemple, avec un ami, on faisait souvent n'importe quoi quand on en avait marre de travailler. Cela a donné ça :

France Musique : Quels styles peut-on jouer avec un hautbois ?

Gabriel Pidoux : On peut jouer de la musique baroque, de la musique classique, de la musique romantique et de la musique contemporaine. Il y a par exemple une quantité de concertos baroques de Vivaldi, des airs de cantates de Bach, des concertos de Mozart, de Richard Strauss, de Zimmermann et plein de musiques contemporaines qui ont été écrites pour le hautbois. Le répertoire continue de grandir à ce jour.

France Musique : Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Gabriel Pidoux : Sur l’anche, on met un petit bout de plastique pour que le tout soit bien hermétique. Un jour, j'avais 14 ans et je me trouvais à une audition au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris. Inexpérimenté à l'époque, j'avais mal mis le bout de plastique. En prenant une grande inspiration, il est venu se coller au fond de mon palais. J'ai dû sortir dans les coulisses pour l'enlever. On m'a dit : « t’es sorti tout rouge et t’es revenu tout blanc ! »

France Musique : Pourquoi un.e débutant.e devrait choisir le hautbois ?

Gabriel Pidoux : C'est un instrument qui est moins joué que la flûte et la clarinette et c'est pour cela qu'il peut être très, très intéressant à étudier ! Il y a aussi le côté artisanal de la fabrication de l'anche et le hautbois est un bel objet. Il y a plein de raisons, mais surtout, je dirais : si tu as envie de commencer, alors commence, parce que c'est un instrument merveilleux.