VIDEO - La musique, ce "presque-rien" de Vladimir Jankélévitch

Pour Vladimir Jankélévitch, philosophe et pianiste amateur passionné, la musique est un art du temps, "un presque-rien (...) comme une bulle de savon".

VIDEO - La musique, ce "presque-rien" de Vladimir Jankélévitch
Vladimir Jankélévitch, philosophe et pianiste amateur passionné, © Getty / Louis MONIER

Penser la musique avec Vladimir Jankélévitch

La musique occupe une place centrale dans l'œuvre du philosophe Vladimir Jankélévitch. Non seulement la pratique quotidienne du piano accompagne ses réflexions et influence sa manière de structurer la pensée, mais cet art est au cœur de sa philosophie, il lui a par ailleurs consacré une quinzaine d'ouvrages. 

Pour les philosophes je suis un musicien et pour les musiciens un grand philosophe. Mais pour les philosophes, je ne suis pas un grand philosophe et pour les musiciens, je ne suis pas un grand musicien. Alors je joue sur les deux tableaux - Vladimir Jankélévitch

La musique est un art du temps 

Jankélévitch souligne le caractère ineffable de la musique : « Comme la philosophie, la musique est inconsistante, impalpable comme une bulle de savon et n'existe presque pas. »

Ce qui fait que la musique est intrinsèquement temporelle, c'est que « d'une part, elle s'écoule dans le temps et par conséquent, elle est évasive (...) et d'autre part elle est liée à un évènement passager mais inoubliable qui est le concert ». Le philosophe développe cette définition en prenant l'exemple d'un concert du compositeur et pianiste Sergueï Rachmaninov auquel il a assisté durant sa jeunesse. Il souligne le caractère évanescent de la musique entendue alors, et essaie de se remémorer le moment des années après. Ce concert est légendaire dans sa mythologie personnelle mais simultanément, il doit faire un effort de mémoire pour se réapproprier la musique, à tel point qu'il se demande si c'est vraiment lui qui a assisté à ce concert. 

La musique est seule dans ce cas : d'être liée à cet événement extraordinaire, périlleux, qu'on appelle le concert - Vladimir Jankélévitch

La musique ne sert à rien

Pour le philosophe, c'est une évidence, la musique est inutile dans le sens où elle n'a pas de fonctionnalité dans la vie pratique. Par contre, si l'on l'examine dans « un sens plus profond, plus essentiel et aussi plus permanent », « c'est comme ça seulement qu'elle vous apportera la joie ». 

La musique ne dit rien, on ne peut rien en dire mais elle est. Elle ne signifie rien, ne substitue pas aux mots mais elle épouse le mouvement temporel. Pour Vladimir Jankélévitch, la musique est un devenir permanent. Elle n'est ni un raisonnement, ni un langage ; elle est et on ne peut rien en dire d'autre : « Directement, en soi, la musique ne signifie rien, si ce n’est pas convention ou association. La musique n’est rien mais veut tout dire à la fois ».  

Elle nomme des manières d'être, elle porte sur le comment plutôt que le quoi : chaque compositeur a une manière d'être propre, singulière.  Debussy, « le plus grand musicien de tous les temps », relève d'Epicure, pour lui la musique est un plaisir. 

L'émotion plutôt que la virtuosité

Le philosophe met en garde contre la virtuosité : la technique pure est superficielle. Il lui oppose l'émotion, source de création : « l'émotion sans laquelle on ne fait rien (...). Seule l'émotion est créatrice. Seule l'émotion en vaut la peine. Seule l'émotion est même philosophique. Celui qui n'est pas ému ne saurait non plus être émouvant. »

Pour en savoir plus 

La Musique et l'ineffable, Vladimir Jankélévitch, Points, 1983

Les Chemins de la philosophie, Épisode 2 : La musique et l'ineffable, France Culture