VIDEO : L'orgue, comment ça marche ? Karol Mossakowski

Mesurant 12 mètres de haut, pesant 30 tonnes et comptant pas moins de 87 registres répartis sur 5320 tuyaux, le grand orgue Grenzing de Radio France est un instrument aussi grand qu'une maison. Karol Mossakowski, organiste en résidence, nous fait faire le tour du propriétaire.

VIDEO : L'orgue, comment ça marche ? Karol Mossakowski
Orgue Grenzing de Radio France, © Radio France / Christophe Abramowitz

L'orgue est un orchestre en soi, vous êtes le chef et les musiciens à la fois ! Karol Mossakowski

France Musique : Pourquoi avez-vous choisi de jouer de l'orgue ?

Karol Mossakowski : Mon père est organiste, donc à la maison, vous imaginez bien comment cela se présentait : un orgue, un piano, des synthétiseurs, bref, des claviers partout ! En plus, ma mère me racontait que quand j'étais petit, je les embêtais toujours la nuit, en me levant pour aller jouer quelque chose sur les instruments de mon père.

Est-ce que c'est facile de jouer de l'orgue ?

Lorsqu'on débute, oui, car cela a quelque chose de fascinant. En effet, si vous mettez un enfant sur un orgue, il a devant lui un instrument doté d'une puissance extraordinaire ! Les choses se corsent par la suite, lorsqu'il faut apprendre à jouer sur plusieurs claviers avec les mains indépendamment des pieds. Aussi, en grandissant, on a tendance à apprécier les sonorités plus douces.

Comment c'est fait, un orgue ?

L'élément principal est la console. Véritable poste de commandement, c'est cette dernière qui permet de choisir quels sons et timbres on souhaite obtenir. En effet, en regardant les petits boutons de part et d'autre des claviers, on peut y lire des noms qui font penser à ceux des instruments qu'on connait. Ces boutons sont appelés registres, chaque registre correspond à une rangée de tuyaux à l'intérieur de l'orgue, et donc à une sonorité. Il y a 87 registres sur cet orgue. La registration, quand à elle, est l'art de mélanger les sons entre eux. On peut donc affirmer que l'orgue est en quelque sorte l'ancêtre de nos synthétiseurs modernes. D'ailleurs, sur un orgue, on trouve en général deux, trois, quatre ou cinq claviers, voir plus. Cela permet d'avoir différents plans sonores sur chacun d'entre eux. Ajoutez à cela le clavier pour les pieds appelé pédalier. Le grand orgue de Radio France possède deux consoles : l'une, mobile, placée sur scène et qui permet de profiter des mêmes ressentis auditifs que le public. Et l'autre, encastrée dans le soubassement de l'instrument et qui offre des sensations plus réelles aux claviers, puisque cette console est reliée directement aux mécanismes de jeu !

A l'intérieur de l'orgue, on trouve deux familles de tuyaux : les tuyaux à bouche, qui fonctionnent sur le principe de la flûte à bec et les tuyaux à anche, qui produisent un son grâce à une languette de métal. Ces derniers donnent des sonorités proche de celles de la trompette ou du trombone. C'est la forme de la partie supérieure d'un tuyau, appelée résonateur, qui va définir le timbre du son produit. On trouve une multitude de résonateurs différents dans un orgue, tous plus étranges les uns que les autres !

Comment l'orgue produit-il des sons ?

Tout commence dans la soufflerie, où d'énormes ventilateurs vont insuffler de grandes quantités d'air dans les soufflets, véritables poumons de l'orgue. Ensuite, par l'intermédiaire des porte-vents, l'air est envoyé dans les sommiers. Ce sont des boîtes rectangulaires creuses sur lesquelles les tuyaux sont posés. Lorsque l'organiste appuie sur une touche, grâce à un système à traction électromécanique, une soupape s'ouvre sous le tuyau correspondant dans le sommier et laisse l'air s'y engouffrer. Mais cela n'est possible que si le registre auquel appartient le tuyau est actif sur la console. Enfin, l'orgue est un instrument dit expressif : si l'on regarde au dessus du pédalier, on trouve trois pédales : elles contrôlent les jalousies, sortes de volets qui enferment les différentes parties de l'orgue dans une boîte et permettent de moduler l'intensité du son.

Pourquoi faut-il savoir improviser lorsqu'on est organiste ?

Dans le cadre d'une messe, vous ne savez pas combien de temps cela va durer et donc combien de temps vous devrez jouer, c'est pour cela qu'on improvise ! L'orgue se prête très bien à l'exercice, car cet instrument est un véritable orchestre où vous êtes le chef et les musiciens à la fois, cela rend l'improvisation très amusante.

Y-a-t-il un cliché sur l'orgue ?

Connaissez-vous « Le Fantôme de l'opéra » ? Et de quel instrument joue ce fameux fantôme ? C'est très facile de jouer quelque chose d'effrayant avec un orgue, mais je vous assure que cet instrument permet de jouer plein d'autres choses différentes ! Bien sûr, le répertoire classique propre à l'orgue, des transcriptions, des créations contemporaines, même le jazz et le tango fonctionnent très bien.

L'orgue peut-il produire des sons... inattendus ?

Vous pouvez moduler la pression de l'air grâce aux pédales d'expression, ce qui, à terme, change la hauteur de la note jouée. C'est très rare sur un orgue, car normalement, l'instrument a besoin d'une pression très stable. Un autre effet sonore intéressant est le tremblant : des petits soufflets secondaires connectés aux porte-vents permettent d'induire un léger vibrato dans le jeu. Pour revenir sur les registres, certains d'entre eux permettent d'obtenir des sonorités très graves, ressemblant à une timbale d'orchestre pour les uns ou un marteau-piqueur pour les autres. A l'inverse l'orgue peut aussi produire des sonorités très aigües, à peine audibles ! Enfin, il existe un registre qui imite la voix humaine.

Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Il y a deux ans, je donnais un concert dans la cathédrale de Saint-Malo. Je devais commencer par une pièce très majestueuse. Je me concentre et me met en condition pour passer une heure en musique. Je commence, j'appuie sur les touche et rien ne sort, aucun son. J'avais oublié d'allumer l'orgue ! Après cela, c'était difficile de rester concentré.