Une danseuse du ballet de Nice porte plainte pour discrimination après sa grossesse

Une danseuse du ballet de Nice poursuit son directeur artistique pour discrimination et harcèlement moral. Elle affirme que sa récente maternité a entraîné le non-renouvellement de son contrat. L'accusé nie la relation des deux faits.

Une danseuse du ballet de Nice porte plainte pour discrimination après sa grossesse
Éric Vu-An, directeur artistique du ballet de Nice, accusé de discrimination par une des danseuses., © AFP / Suzanne Rault Balet / Contributeur

L'histoire ressemble à celle de la soprano Julie Fuchs, écartée de la distribution de La Flûte enchantée la semaine dernière à cause d'un rôle jugé incompatible avec sa grossesse.

Au ballet de Nice, c'est une danseuse qui a déposé plainte en mars pour discrimination et harcèlement moral. Interrogée par l'AFP , Gaëla Pujol explique que, dès son retour de congé maternité, le directeur artistique, Éric Vu-An, lui a fait travailler Don Quichotte. « Un ballet extrêmement dur pour une femme après une grossesse », poursuit-elle. « Dans tous les ballets du monde, on aménage les choses lors d'un retour de couches, sauf à considérer qu'une danseuse ne peut pas être enceinte », précise son avocate. Peu de temps après cet épisode, la jeune mère a appris que son CDD ne serait pas renouvelé. Au vu de la relation entre les faits et la proximité de sa grossesse, elle estime qu'il s'agit d'une discrimination. 

Je ne suis pas la première à qui il fait ça.

Éric Vu-An se défend dans les colonnes de Nice-Matin : « Le spectacle nécessite la présence au top de tous les membres de la troupe et la direction artistique est, avant tout, de juger chaque jour et chacun physiquement, techniquement, et dans l'implication de mon métier ». Lors de son arrivée à la tête du ballet, en 2009, la formation était moribonde. Éric Vu-An a redoré son blason, ce qui lui a conféré une aura importante. Mais pour Gaëla Pujol, l'attitude du directeur dépasse l'exigence de la perfection. « C'est un dictateur », confie-t-elle au journal niçois, avant de détailler des méthodes de travail instaurant un climat de peur et de mal-être.

Cette affaire éclate parallèlement à la publication de l'enquête Le ballet de Nice et la chasse aux danseuses enceintes par Mediapart. Le cas de Gaëla Pujol n'est pas isolé. Selon l'article, quatre jeunes mères ont été écartées du ballet en six ans. « C'est la mode de mettre l'accent sur les femmes enceintes, rétorque Éric Vu-An, et ce genre de manipulation est dans l'air du temps». Quid des autres témoignages recueillis par Mediapart ? « Toutes les filles qui me chargent dans cet article sont parties parce que leurs contrats arrivaient à terme », répond-il. La mairie de Nice, contactée par Nice-Matin, assure qu'aucune « alerte n'a été faite auparavant». Elle annonce une enquête et des auditions pour tous les concernés.