Tout savoir sur les Symphonies de Sibelius

L’écriture des sept symphonies de Sibelius s’étale sur une vingtaine d’années. Tour à tour romantique, épique, austère, excessive, elles font du musicien finlandais l’un des compositeurs les plus marquants du XXe siècle.

Tout savoir sur les Symphonies de Sibelius
Le compositeur Jean Sibelius marchant dans les bois, © Getty / Eliot Elisofon / The LIFE Picture Collection

Le jeune Jean Sibelius se lance dans l’aventure symphonique en 1892 avec Kullervo. Poème symphonique avec soprano, baryton et chœur d’hommes, l’œuvre s’inspire d’une épopée finlandaise intitulée Kalevala. Un premier essai couronné de succès car Kullervo fait la renommée de son auteur en Finlande. Pourtant, il s'en détourne assez vite. Longue et imposante, l'oeuvre ne correspond plus à ses attentes. A tel point que, comme le rapporte François-René Tranchefort, il en vient à en interdire l’exécution ! 

Première et Deuxième symphonie : Encore romantiques…

Les premières symphonies de Sibelius marquent un penchant pour la musique romantique. François-René Tranchefort décèle des accents presque wagnériens dans l'Adagio de la Symphonie n°1 en mi mineur,composée vers 1898. Certains se plaisent à y entendre des échos à la musique de Tchaïkovski, un rapprochement que Sibelius nie avec virulence. Vers la fin de sa vie, il déclare : « je ne puis comprendre pourquoi mes symphonies sont si souvent comparées à celles de Tchaïkovski. Ses symphonies sont très humaines, mais elles représentent le côté faible de la nature humaine. Les miennes, le côté dur ». 

La Symphonie n°2 en ré majeur s’inscrit elle aussi dans un courant romantique, mais qui relève cette fois-ci du nationalisme. Et son succès n’est pas moindre ! Pour les Finlandais, elle incarne la lutte contre l’oppression russe, comme Finlandia créée peu avant. Le pays est en effet sous la tutelle des Russes depuis 1809, Russes qui cherchent à enrayer les mouvements d’indépendance au début du XXe siècle. La création de l'oeuvre a lieu à Helsinki le 8 mars 1902.  

Troisième et Quatrième : De l’optimisme à la dépression

Rupture de style radicale avec la Symphonie n°3 en ut majeur ! Cette fois-ci le ton est léger, enjoué. On s’amuse d’ailleurs à surnommer l’œuvre la « Pastorale du Nord », en écho à la Sixième de Beethoven. « On respire comme un parfum d’idylle champêtre », note son biographe Marc Vignal. Sibelius se dirige alors « vers un nouveau classicisme ». Il diminue les effectifs et concentre la partition en trois mouvements. 

On peut certes songer à Haydn ou à Beethoven en entendant le Premier Mouvement, mais pour le compositeur finlandais, pas question d’utiliser la forme classique comme « modèle ». Mais nous sommes en 1907 et à une époque où Schönberg, Debussy, Stravinsky ou encore Strauss imposent leurs grandes œuvres, il convient d'innover !

Si la Troisième est lumineuse, la Quatrième frappe en revanche par son austérité. A l’époque de sa composition vers 1910, Sibelius vient d’être opéré d’un cancer de la gorge. Sa situation financière est difficile et sans l’aide de certaines personnalités des sphères culturelles finlandaises, il n’aurait probablement jamais pu achever son œuvre. 

Reflet de toutes ces préoccupations, la symphonie déroute la critique lors de sa création en avril 1911 à Helsinki. Un chef d’orchestre finlandais la décrit en ces termes : « c’est comme si un cyclone avait ravagé le paysage sibelien, laissant l’artiste dans un univers anéanti ». Reprenant la formule de Mahler à propos de sa propre Sixième, le mot de Marc Vignal est éloquent : c’est « une dure noix à craquer pour publics et critiques ».

Cinquième et Sixième : Pendant la Grande Guerre

La Cinquième est celle qui va demander à Sibelius le plus d’énergie, mais elle est aussi probablement sa plus aboutie. Entreprise en 1914, son écriture accompagne la Première Guerre mondiale. Il ne faudra pas moins de trois remaniements avant que son auteur, maintenant âgé de 50 ans, soit pleinement satisfait. 

Il faut dire que pendant cette période, Sibelius est très tracassé par sa gorge (ce qui ne l’empêche pourtant pas de fumer abondamment !)

« Pour autant que je m’en souvienne, je n’ai jamais connu une période aussi noire. En cas de cancer de la gorge, une balle dans la tempe serait le seul moyen d’en sortir. Du moins si je ne puis composer jusqu’à la fin », écrit Sibelius dans son journal en septembre 1915.

Ses efforts en valaient la peine puisque l’œuvre est aujourd’hui encore l’une des plus appréciées du public. Sa tonalité de mi bémol majeur lui confère un aspect épique qui n’est pas sans rappeler la Troisième de Beethoven. 

La Cinquième Symphonie est représentée dans sa version définitive en 1919, année de l’ébauche de la Sixième en ré mineur. Et difficile de passer derrière ! A côté de la Cinquième, cette Sixième Symphonie semble en demi-teinte. Toujours entre-deux, sans se hasarder du côté des extrêmes, elle laisse le public peu séduit.

La Septième Symphonie, un testament ?

Sibelius n’a pas encore 60 ans le jour de la création de sa septième et ultime symphonie, le 24 mars 1924. Il vivra encore 33 ans, mais n’écrira plus que deux œuvres conséquentes, Tapiola et La Tempête. Sa Septième Symphonie peut dès lors se présenter comme une œuvre « testamentaire ». Elle se compose d’un unique mouvement d’environ 22 minutes, mouvement qui concentre en lui tous les autres. Par leur enchaînement limpide, ils témoignent d’une grande cohésion interne. La Septième est, selon François-René Tranchefort, à « situer parmi les "sommets" du répertoire symphonique du XXe siècle ».

A sa suite, Sibelius esquisse une Huitième Symphonie. Au début des années 1930, alors que l'avenir de l'oeuvre est encore incertain, spectateurs et critiques s’attendent à une publication imminente. Marc Vignal rapporte que la Philharmonie de Londres ose même la programmer ! Mais les années passent et rien ne vient. Pourtant la correspondance du compositeur révèle qu’il y travaille activement. 

Quand Sibelius meurt en 1957, c'est la déception. Sa fille Eva révèle que son père n’a laissé aucune « œuvre inédite ». Le musicologue Nors Josephson aurait cependant identifié des esquisses qui pourraient correspondre à cette Huitième Symphonie. Quoiqu'il en soit, la Septième était bel et bien sa symphonie d'adieu…