Tout savoir sur les symphonies de Dvořák

S’il a composé concertos, opéras et mélodies, Dvořák est surtout reconnu pour ses neuf symphonies. Derrière chacune d’entre elles, sa chère Bohême natale se dessine en filigrane.

Tout savoir sur les symphonies de Dvořák
Portrait d'Antonín Dvořák, © Getty / Sovfoto / Coll. Universal Images Group

Ce qu’on retient surtout d’Antonín Dvořák c’est son grand sens de la mélodie. S’il n’a pas inventé une musique « moderne », beaucoup lui envient son aisance dans ce domaine. La musique allemande a fortement nourri ses œuvres, en particulier les compositions de Schubert, Wagner, Brahms.

Parmi ses symphonies, seules cinq ont été publiées de son vivant. De même il n’a pas eu l’occasion de toutes les diriger. Mais cela n’a pas empêché sa carrière de prendre un essor considérable sur la scène internationale, en particulier aux Etats-Unis où il a composé son ultime symphonie.

Les Symphonies 1 et 2 ont échappé de peu à la destruction !

Dvořák compose coup sur coup deux symphonies en 1865. Il n’a alors que 23 ans. Un premier essai ambitieux, mais qui a bien failli ne jamais nous parvenir. Le compositeur présente sa Symphonie n°1 en ut mineur à un concours en Allemagne. Manque de chance, sa partition est refusée et il est impossible d’en récupérer le manuscrit. Résigné, le compositeur tchèque la range plus tard parmi ses œuvres « brûlées ou déchirées ».

L’histoire ne s’arrête pas là. Comme le raconte son biographe Guy Erismann, un jeune homme du nom de Rudolf Dvořák sans lien de parenté avec Antonin, découvre les épreuves chez un bouquiniste vingt ans plus tard. Il l’achète, intrigué par l’écrit de cet homonyme. A sa mort en 1923, l’auteur de la partition est finalement identifié par Otakar Šourek, son biographe. Il faut cependant encore attendre le 4 octobre 1936 pour que la création ait lieu à Brno.

Un mystère demeure quant à son sous-titre, « Les Cloches de Zlonices ». Il fait indubitablement référence au village où Dvořák a passé son enfance. Si on en trouve quelques échos dans la symphonie, le compositeur n’a néanmoins jamais pleinement expliqué cette mention, qui ne figurait d’ailleurs pas sur la partition…

Moins de péripéties en ce qui concerne la Symphonie n°2 en si bémol majeur. Dvořák en était si peu satisfait qu’il songeait à s’en débarrasser ! Imprégnée d’élans passionnés, l’œuvre semble s’inspirer de l’amour qu’il portait à Josefina Čermáková, sa jeune élève. Mais malheureusement pour lui, ses sentiments n'étaient pas partagés.

Symphonies 3 et 4 : Du côté des Allemands

Âgé de 32 ans en 1873, Dvořák épouse Anna Čermáková, contralto au Théâtre provisoire de Prague qui n’est autre que… la jeune sœur de Josefina. Par deuil d’un amour impossible ou par attachement sincère, comme Haydn et Mozart avant lui, il semble avoir étrangement transposé son amour sur la sœur cadette.

A l’époque, Dvořák commence peu à peu à se faire un nom dans les cercles artistiques pragois. Il débute l’écriture de sa Symphonie n°3 en mi bémol majeur pendant l’été 1873. Grande particularité, elle est la seule des neuf à ne comporter que trois mouvements. Par ailleurs, l’influence de Wagner est évidente. Guy Erismann perçoit « des accords extatiques à la Lohengrin » à la fin du deuxième mouvement et des « réminiscences de Tannhäuser » dans le dernier. Il faut dire que le compositeur allemand laisse une impression saisissante au jeune Dvořák quand celui-ci participe à trois concerts placés sous sa direction en 1864.

Créée le 29 mars 1874, la Troisième est la première de ses symphonies que Dvořák entend en concert, qui plus est sous la direction de Bedřich Smetana. C’est d’ailleurs ce même Smetana qui crée le Scherzo de la Symphonie n°4 en ré mineur en mai de la même année. Franche et musclée, l’œuvre s’inspire encore une fois de la musique de Wagner mais également de celle de Johannes Brahms, qui devient son mentor. André Lischke y reconnaît « sa puissance fougueuse ».

Symphonies 5 et 6 : Une musique slave affirmée

1875 est une période d’intense créativité pour le compositeur tchèque. Il écrit notamment sa très célèbre Sérénade pour cordes en mi majeur, son Quintette à cordes en sol majeur, son opéra Vanda et sa Symphonie n°5 en fa majeur. Dans son élan, Dvořák termine cette dernière en à peine cinq semaines, entre juin et juillet.

Par son côté champêtre et bucolique l’œuvre revêt des couleurs pastorales. L’Andante relève ainsi de la dumka, air mélancolique propre aux compositeurs slaves. Détaché du reste de la symphonie par un emploi fréquent de la tonalité de la mineur et par sa structure, le Finale nous tire brusquement hors de cette atmosphère printanière.

Pour Guy Erismann, la Symphonie n°6 en ré majeur, est quant à elle le « point culminant » d’une période « dite slave ». Dvořák remplace le traditionnel Scherzo par un Furiant, « première apparition dans une symphonie de cette énergique danse tchèque », note André Lischke. Ce Furiant est d’ailleurs bissé lors de la création à Prague le 25 mars 1881.

La Symphonie n°6 – publiée à l’époque comme la n°1 – marque également le début de la carrière internationale de Dvořák. Hans Richter, commanditaire et dédicataire de l’œuvre, la dirige à Londres en 1882 face à un public des plus enthousiastes.

« Londres n’a plus d’yeux ni d’oreilles que pour ce musicien miraculeux, ce "bohémien", "cet apprenti boucher devenu chef d’orchestre" », Guy Erismann, Antonín Dvořák.

Symphonie 7 et 8 : Brahms, je t’aime moi non plus

Œuvre d’une grande maturité, la Symphonie n°7en ré mineur mêle musiques tchèque et germanique. Dvořák vient d’entendre la Troisième de Brahms et, séduit, il entend égaler ce maître, ce modèle. C’est lui qui l'a mis en relation avec son propre éditeur Fritz Simrock et c'est grâce à lui que sa musique émerge en Europe.

Pari relevé ! La Symphonie n°7 tranche avec les autres de la série, en particulier avec la Quatrième, écrite dans la même tonalité. Tourmentée, l’œuvre se nourrit encore de références à la musique germanique, laissant notamment entendre des accents wagnériens dans le deuxième mouvement. André Lischke rapporte que Dvořák était tellement enthousiasmé par l’interprétation du chef d’orchestre allemand Hans von Bülow qu’il avait collé sa photo en tête de la partition et écrit dessous : « Gloire ! Tu as donné vie à cette œuvre ! »

Si Dvořák s’inspire de Brahms, il s’en détourne pour sa Symphonie n°8 en sol majeur. Il la compose au calme, retiré dans la campagne de Vysoká pendant l’été 1889. En plus de travailler, Dvořák se promène dans la campagne, parcourt la forêt, les champs, va à la rencontre des paysans. « C’est dans [cette] intimité que naissent ses idées musicales », rapporte son biographe Otakar Šourek.

Cette fois-ci le compositeur joue sur la forme, se détachant quelque peu de la symphonie classique. Brahms ne cache pas sa déception face à cette prise de libertés. Dvořák ne donne pas d’indications de programme mais il semble évident que l’œuvre chante la nature et « l’émerveillement de l’homme devant la Création », note André Lischke.

Symphonie 9 : Nouveau ou Ancien Monde ?

A peine nommé professeur au Conservatoire de Prague en 1891, Dvořák reçoit une offre encore plus alléchante… On lui propose le poste de directeur du Conservatoire de New York ! Le voici donc embarqué pour trois années loin de sa patrie.

Première de ses œuvres américaines, la Symphonie n°9 en mi mineur dite «Du Nouveau Monde » est aujourd’hui l’une des plus connues du compositeur. Colorée, vive et moderne, elle traduit indéniablement des impressions éprouvées sur le sol américain. On y trouve notamment un écho aux musiques noires et indiennes de la fin du XIXe siècle. Le Largo reprend ainsi une scène du Chant de Hiawatha, poème épique d’inspiration indienne de Henry Longfellow.

« … C’est une musique tchèque où parle le pays natal mais sans mon expérience américaine je n’aurais jamais pu la créer », Antonín Dvořák (cité par Guy Erismann)

Mais Dvořák est nostalgique et c’est bien une musique slave qu’on entend à l’écoute de la symphonie. La Bohême se manifeste à chaque recoin, que ce soit par des rythmes populaires et enjoués ou par de poignantes mélodies.