Top des émissions de musique classique à la télévision, de 1968 à aujourd’hui

Chaque année, les Victoires de la Musique Classique nous rappellent que les émissions de musique classique ont encore une (petite) place à la télévision. L’occasion de remonter le temps pour découvrir les grandes émissions qui ont marqué le petit écran.

Top des émissions de musique classique à la télévision, de 1968 à aujourd’hui
Image d'archives d'une émission de télévision en 1965 , © Archives of the Finnish Broadcasting Company Yle

Certains adeptes du “c’était mieux avant" vont regarder ces extraits d’émissions de télévision diffusées dans les années 60 avec beaucoup de nostalgie. Mais les médias évoluent, la musique classique aussi, et la place qu’elle occupe à la télévision pourrait être aujourd’hui un levier pour faire tomber les barrières.

De 1968 à aujourd’hui, de nombreuses émissions ont été consacrées à la musique classique. Certains noms reviennent chaque décennie comme Bernard Gavoty, Alain Duault ou Eve Ruggieri… Des personnalités qui ont marqué la télévision et sont vite devenues des références en terme de médiatisation de la musique classique. Petit tour d’horizon des émissions d’hier et d’aujourd’hui, en vidéos.

ANICROCHES

Cette émissions de 30 minutes est née dans les années 70. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un débat sur des grandes questions liées à la musique classique : Franz Liszt, musicien de génie ou prodige virtuose ? Pour ou contre l’opérette ? Avec ou sans chef d’orchestre ? Pour ou contre l’orgue électronique ?

Pour y répondre, Bernard Gavoty, organiste et producteur de l’émission, invite quelques personnalités, musiciens ou spécialistes. Les débats sont ancrés dans l’époque à laquelle cette émission est diffusée, comme celui sur les virtuoses où l’on peut entendre le pianiste Philippe Entremont commenter :

« Aujourd’hui avec les virtuoses on atteint des sommets, on ne peut pas aller plus loin. Il y a eu des pianistes immenses dans le passé mais enfin c’était tout de même des exceptions alors qu’aujourd’hui tout le monde joue très bien du piano ».

Et Bernard Gavoty d’ajouter : « Il y a un bataillon formidable de virtuoses [...] et en face de cette brillante phalange, un bataillon moins serré qui sont les auditeurs. Le public est beaucoup moins instruit qu’il ne pourrait l’être et il n’y a pas , au fond, de par le monde un nombre d’auditeurs suffisant pour permettre à tant et tant de virtuose de faire carrière ».

AU COEUR DE LA MUSIQUE

Bernard Gavoty avait deux émissions consacrées à la musique classique : Les grands interprètes et Initiation à la musique. Au coeur de la musique, née en 1968, est une fusion des deux. Dans Initiation à la musique on retrouve une archive d’Arthur Rubinstein, invité dans l’émission, qui témoigne de son don pour le piano : « Je suis né pour la piano, je n’ai jamais travaillé, jamais, jamais, jamais… J’étais d’une paresse abominable ». Et qui analyse le public en distinguant des différences entre les hommes et les femmes :

«Les femmes sont notre meilleur public car elles se rendent trop facilement dans l’émotion. Tandis que les hommes calculent. Presque tous les hommes qui ne sont pas musiciens mais écoutent disent : “Vous savez moi je ne comprends rien à la musique”. Mais il ne faut pas comprendre, il faut se livrer dans la musique.»

L’émission Au coeur de la musique qui arrive en 1968 permet à des musiciens de venir jouer en plateau. Bernard Gavoty vient ensuite les interviewer de manière plus ou moins formelle comme face à l’Ensemble instrumental de France : « Vous vous réunissez tous les jours pour travailler ? », « C’est intéressant le clavecin ? ». Et parfois il arrive à se poser avec des artistes pour des discussions plus profondes et musicologiques sur des compositeurs, sur l’interprétation, l’histoire de la musique…

Il lui arrive aussi de proposer au public de poser des questions aux artistes comme en 1972, pendant le festival d’Aix-en-Provence où un petit garçon demande aux deux musiciens invités (piano et violon) depuis combien de temps ils jouent ensemble.

GRACE À LA MUSIQUE

Dans cette émission proposé par le cinéaste et musicien François Reichenbach, on dresse le portrait de grands musiciens avec des invités en plateau. Pour la première en 1979, François Reichenbach accompagné du journaliste Paul Giannoli reçoivent Frédéric Lodéon et Eric Lipmann pour parler de Schumann.

Encore une fois, les discussions font échos aux débats actuels : « Dès qu’on parle de musique “classique”, immédiatement on se dit “Olala on va se barber” et c’est ce qui fait le succès des gens qui crient, or ce qui se passe avec Schumann c’est qu’il chuchote, c’est quelque chose qui vient du cœur et aujourd’hui on est en train de revenir de plus en plus au cœur et le monde a de plus en plus besoin de romantisme », peut-on entendre dès le début de l’émission dans la bouche d'Eric Lipmann.

Petite particularité de cette première émission ? Des enfants sont présents dans le public car pour François Reichenbach, « si les enfants comprennent, tout le monde peut comprendre ». Pour les émissions suivantes, les grands compositeurs sont abordés comme Mozart, Bach, ou Ravel dont on a un extrait vidéo du générique.

MUSIQUES AU CŒUR

Elle fut l’une des émissions phares d’Ève Ruggiéri, de 1982 à 2009. Musiques au cœur proposait des portraits d’artistes avec un long entretien mené par l’animatrice, entrecoupé d’archives, d’extraits musicaux et d’interventions de musiciens ou professionnels du monde de la musique.

Son format, un temps mensuel, est devenu hebdomadaire à partir de 1986 et, au fil des ans, l’émission a été diffusée de plus en plus tard jusqu’à son arrêt en 2009.

MUSIQUE ET COMPAGNIE

En 1998, pour la 100ème (et dernière) édition de Musique et compagnie, une émission présentée par Alain Duault, l’animateur décide de poser la même question à tous ses interlocuteurs : « Qu’est-ce que la télévision peut apporter à la musique ? ». Ce à quoi répondent les artistes :

Véronique Gens : « Grâce à la télé, il y a beaucoup de gens qui n’ont jamais écouté Mozart et l’entendent pour la première fois. C’est un moyen de diffuser de la musique classique qui est à la portée des mains de tout le monde, c’est important et c’est facile ».

Bernard Foccroulle : « Un regard. Et pas un regard du spectateur moyen ou l’illusion que ce soit le regard juste et vrai mais un regard rapproché, un regard sur le fragment, le pourquoi et le comment et dans certains cas un regard de la mémoire : la possibilité de garder en mémoire pour la génération qui a pu vivre le spectacle, et ceux qui ne l’ont pas vécu, de garder des traces d’une production ».

René Jacobs : « Avec la télé, on peut écouter avec les yeux. La télévision a souvent su rapprocher les musiciens et le public. Le public peut voir d’une autre façon le musicien, pas comme celui qui trône comme un Dieu sur la scène, car désormais il peut expliquer, enseigner… La télévision humanise le musicien ».

Bonus : HISTOIRE D’UN INSTRUMENT

Parmi les archives de vidéos d’émissions qui sont encore disponibles, une petite séquence sur les violons mérite le coup d'oeil. Après un court extrait musical, s’en vient une discussion surréaliste entre France Vernillat et Maurice Beuchey sur les clichés autour du violon, dans un faux décor d’époque.

Les émissions d’aujourd’hui

Après ce tour d’horizon non exhaustif des émissions d’hier, on peut être soulagé de constater qu’il existe des nouveaux formats, des nouvelles propositions pour faire vivre la musique classique à la télévision.

JEAN-FRANÇOIS ZYGEL

Dans les émissions d'aujourd’hui, un nom revient souvent : Jean-François Zygel. Pianiste improvisateur et compositeur, il anime La boîte à musique qui réunit quelques invités sur un plateau avec public. L’animateur fait découvrir des instruments, fait réagir ses invités, invite des professionnels ou des musiciens pour les faire jouer en live, le tout sur un format long.

Son autre émission s’appelle Les clefs de l’orchestre et propose un décryptage d’oeuvres orchestrales. Comme un concert pédagogique, Jean-François Zygel commente la musique avec orchestre et piano à l’appui.

PRODIGES

Sur le principe d’un télé-crochet, Prodiges met en compétition des jeunes instrumentistes, chanteurs et danseurs qui viennent se produire devant public sous les yeux d’un jury. Dans chaque catégorie, un gagnant peut accéder à la seconde manche et être élu “Prodiges de l’année”.

Cette émission, présentée par Marianne James, comprend dans son jury le violoncelliste Gautier Capuçon, la chanteuse Elisabeth Vidal et le danseur Patrick Dupond.

FAUTEUILS D’ORCHESTRE

Depuis 2015, France 3 propose une grande émission autour de la musique classique présentée par Anne Sinclair. Cette année, la journaliste recevait le violoniste Renaud Capuçon et de grands artistes comme la pianiste Martha Argerich dont les apparitions médiatiques sont rares voire exceptionnelles.

Entre interview avec les invités de l’émission et musique en direct et en plateau, Fauteuils d’orchestre est une émission digne héritière de ce que l’on pouvait voir dans Le grand échiquier de Jacques Chancel lorsqu’il invitait des personnalités du monde de la musique classique.

LES VICTOIRES DE LA MUSIQUE CLASSIQUE

Enfin, les Victoires de la Musique Classique donnent depuis 1994 (année où la musique classique obtient sa propre cérémonie) un aperçu des jeunes talents français, des compositeurs d’aujourd’hui et des grands artistes qui font l’actualité. A une heure de grande écoute, cette émission permet de diffuser de la musique dite classique à une large audience.

Pour cette 24ème édition, co-présentée par Frédéric Lodéon et Leïla Kaddour-Boudadi, la cérémonie sera en direct sur France Musique, Culturebox et France 3. Rendez-vous le 1er février 2017.