Tennis et musique classique : une longue histoire d’amour

Le tournoi international de tennis de Roland-Garros se termine dimanche 11 juin 2017. Avant la finale, revenons un peu sur l’histoire d’amour qui lie depuis le XIXe siècle musique et tennis.

Tennis et musique classique : une longue histoire d’amour
Le compositeur Benjamin Britten en pleine partie de tennis en 1949, © Getty / Kurt Hutton

On imagine souvent le sport et la musique classique comme deux univers bien distincts, voire incompatibles. Le tournoi de tennis de Roland-Garros qui se termine dans quelques jours va nous prouver que c’est faux. Compositeurs et musiciens, se sont intéressés (et s’intéressent toujours) à ce sport de raquette, et le monde du tennis le leur rend bien.

Les compositeurs sur les courts de tennis

Le tennis, tel qu’on le connaît aujourd’hui (à quelques exceptions près), est né vers le milieu du XIXe siècle. Et de ce que l’on sait, le premier compositeur vu avec une raquette dans la main serait probablement Arnold Schoenberg. Même s’il préférait le tennis de table, le compositeur goûtait au plaisir du tennis avec son voisin, un certain George Gershwin.

Nous sommes en 1936, les deux musiciens vivent alors à Beverly Hills, en Californie. Une fois par semaine, ils échangent quelques balles sur le terrain de tennis de Gershwin. D’après les témoins de l’époque, leurs jeux étaient tout aussi opposés que leurs musiques. Dans le livre George Gershwin : sa vie, son œuvre de Howard Pollack, le principal intéressé, 38 ans, jouait beaucoup pour l’audience (des chefs d’orchestre et musiciens), il était tantôt nerveux tantôt nonchalant, infatigable et chevaleresque face à son adversaire Schoenberg, 62 ans, impatient et assez taquin.

Ce duo de tennismen/compositeurs existe aussi à la française avec Maurice Ravel et Claude Debussy qui ont échangé quelques balles. Malgré leurs divergences de point de vue, les deux compositeurs étaient liés par une amitié sincère jusqu’en 1905 où leur relation s’est dégradée.

Parmi les autres compositeurs amoureux du tennis, on peut citer Prokofiev qui jouait souvent comme le témoigne cet été de 1916 : « Je séjourne en ce moment à Kuokkala. Mes principales occupations sont le tennis et travailler sur un opéra », écrit le compositeur à ses amis. Mais il y a aussi Chostakovitch pris en photo une raquette à la main, ou encore Charles Ives, et Benjamin Britten qui disputait des parties de tennis avec son professeur : l’altiste et compositeur Frank Bridge.

Musiciens et tennismen : une histoire d’amour réciproque

Les musiciens, s’ils préfèrent souvent leur instrument (ou leur baguette de chef) à une raquette de tennis, n’en sont pas pour autant désintéressés. Par exemple, le pianiste russe Vladimir Krainev, mort en 2011, participait à des petits championnats de tennis quand il était jeune. Et le violoniste Itzhak Perlman vouait une vraie passion pour ce sport.

Un autre fan de tennis se cache derrière sa baguette de chef d’orchestre : Yannick Nézet-Seguin s'intéresse depuis quelques années de très près à ce sport. Il est même devenu un des plus grands fans du joueur espagnol Rafael Nadal. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si le grand-père de ce joueur de tennis était… chef d’orchestre.

Les deux hommes se sont rencontrés en 2008 et depuis, le contact n’a jamais été perdu. Le chef et le tennisman s’envoient même des encouragements respectifs, avant un match ou un concert, sur les réseaux sociaux.

Pourquoi une telle admiration ? Yannick Nézet-Seguin répond : « Pour son [Rafael Nadal] intensité, la façon dont il se jette sur chaque balle, c’est la manière dont j’aime diriger : aller chercher chaque note »,témoigne le chef dans The Guardian.

Si Rafael Nadal est un mélomane discret, le joueur serbe Novak Djokovic, lui, a toujours montré son amour pour la musique classique et l’opéra. Et on dirait qu’il aimerait bien se lancer dans la musique à en croire les vidéos qu’il poste, violon à la main ou derrière un piano

My family must be happy for me choosing tennis over violin. I know it is hard to listen😀 🎶

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Gautier Capuçon, violoncelliste : « Un match de tennis, c'est une chorégraphie »

Gautier Capuçon, violoncelliste
Gautier Capuçon, violoncelliste, © Maxppp / Frédéric Dugit

« On peut trouver beaucoup de points communs entre un concert de musique classique et un match de tennis comme la rigueur, l’exigence. Un match il faut tenir, aller jusqu’au bout, comme pour un concert. On ne peut rien lâcher, et si on lâche, le public s’en aperçoit. Quand un artiste n’est plus dans le concert, dans la musique, cela se voit sur scène.

Un autre point commun repose sur un aspect plus physique : nous, en tant que musiciens, sommes des sportifs d’un point de vue musculaire. On devrait avoir un kiné à chaque fin de concert, comme pour les tennismen, pour nos problèmes de dos, de tensions etc.

Par contre, je n’aime pas trop que l’on demande, avant un concerto : “Alors tu joues contre qui ?” en parlant du chef. Nous sommes dans la même équipe. Un concert ce n’est pas un match de ce point de vue-là. Même si, quand on joue plus d’une heure et demie, c’est une performance où il faut de l’endurance et de la concentration. Comme au tennis et on le voit dans chaque balle…»

Est-ce qu’il y a un tennisman qui vous inspire plus que les autres ?

Gautier Capuçon : « Roger Federer. Ce n’est pas seulement l’un des plus grands joueurs de tennis, c’est un artiste, on peut comparer son jeu à de la musique. Il incarne dans ses mouvements un tempo, une ligne, chose de musical. C’est vrai que dans ce sport, tout doit partir du corps, exactement comme chez les musiciens. Un match, c’est une chorégraphie. Et Federer possède une certaine élégance quand il joue…

Plus qu’une histoire de tempo, c’est aussi une question de timing. Un joueur qui va monter au filet ¼ de seconde trop tôt c’est perdu. Un musicien qui joue une note ¼ de seconde en décalé, c’est un moment magique qui se transforme en simple note.»

Ces musiques inspirées des terrains de tennis...

Jeux de Claude Debussy est un ballet en un acte composé en 1912 et chorégraphié pour la première par Vaslav Nijinski. L’oeuvre raconte la recherche d’une balle de tennis perdue dans un parc par un jeune homme et deux jeunes filles.

Erik Satie s’est frotté à l’exercice de transcrire musicalement une partie de tennis dans son œuvre Sports et divertissements. Le match se joue entre une représentation de la pieuvre et le pique-nique, donc de 8 minutes à 8 minutes 50 dans la vidéo ci-dessous :

Dans la dernière partie du ballet Le train bleu de Darius Milhaud, le compositeur s’intéresse à une « championne de tennis » comme l’indique le titre de ce mouvement.

Un autre ballet, une autre partie de tennis avec Chostakovitch cette fois-ci et son œuvre L’âge d’or qui comprend une « danse des joueurs de tennis et entraînement » dans le premier acte.

Un compositeur contemporain, Mauricio Kagel, raconte le déroulement d’une partie de tennis avec deux violoncelles et un arbitre aux percussions.

Une autre œuvre met en musique un match de tennis : Match Point par la compositrice Gwyneth Walker.

Enfin, l’une des 8 pièces pour piano du compositeur suédois Wilhelm Peterson-Berger s’appelle Lawn Tennis pour le court (ou la pelouse) de tennis.