Souvenirs de Nantes avec le claveciniste Bertrand Cuiller

Il est 8 heures, Nantes s'éveille. Balade musicale et matinale en compagnie du claveciniste Bertrand Cuiller. Du conservatoire à la Folle Journée de Nantes, il partage avec nous ses meilleurs souvenirs nantais.

Souvenirs de Nantes avec le claveciniste Bertrand Cuiller
Le claveciniste Bertrand Cuiller sur la Place Graslin de Nantes, le vendredi 3 férvier 2018. , © Radio France / Aliette de Laleu

Le claveciniste Bertrand Cuiller a vécu près de dix-sept ans à Nantes. Il y a grandi, connu ses premiers émois musicaux, et alors qu'il est de passage dans sa ville natale pour un concert au festival de la Folle Journée, il ne cesse de le répéter : « En vingt ans, la ville a beaucoup changé. »

Beaucoup changée, Nantes ? Bertrand Cuiller, en tout cas, ne semble pas perdu. Après un rendez-vous donné à 8h devant la Cité du Palais des Congrès où se tient la Folle Journée, il nous fait traverser le pont de la Rotonde et attraper un tramway devant le Château des Ducs de Bretagne. Direction la Place Royale puis le café Molière, juste à côté du Théâtre Graslin.

Le Théâtre Graslin

Le Théâtre Graslin de Nantes.
Le Théâtre Graslin de Nantes. , © AFP / Yannick Le Gal

Bâti à la fin du XVIIIe siècle, le Théâtre Graslin accueille l’opéra et le ballet de Nantes. « Je viens d’y diriger Rinaldo de Haendel », nous raconte Bertrand Cuiller, avec le sourire. J'ai souvent joué dans ce théâtre, avec et sans mes parents [ndlr : tous deux musiciens baroques : sa mère claveciniste et son père violoniste] ».

« Je conserve aussi du Théâtre Graslin un premier souvenir marquant. L’orchestre baroque de mes parents jouait les six Concertos Brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach. Parmi les instruments il y avait deux cors. Je devais avoir 7 ans, et j’ai flashé sur le son de cet instrument. C’est après ce concert que j’ai voulu apprendre le cor… »

A 7 ans, Bertrand Cuiller baigne déjà dans un univers musical : ses deux parents sont musiciens, et il suit des cours de clavecin au conservatoire de Nantes, dans la classe de sa mère Jocelyne Cuiller. « J’étais un élève un peu flemmard mais elle m’a appris à travailler quotidiennement, à la maison. »

Au conservatoire de Nantes, il faut alors avoir atteint l’âge minimal de 11 ans pour commencer le cor, « à ce moment-là on n’avait pas encore développé les cors pour petites mains » précise l’intéressé. Bertrand Cuiller doit alors patienter quelques années avant de débuter l’apprentissage de son deuxième instrument coup de cœur.

Le Conservatoire de Nantes

Entre 8 et 17 ans, le claveciniste arpente les couloirs du Conservatoire Régional de Nantes, des années d’échange et d’apprentissage dont il garde un souvenir joyeux. « Il y avait une super ambiance, raconte-t-il. C’était pour moi comme une deuxième maison, et j’y passais beaucoup de temps. Au lycée, j’avais intégré une filière aménagée, je venais au conservatoire tous les après-midis. »

« Je me souviens du grand hall du conservatoire, poursuit le claveciniste. Un hall très accueillant où étaient organisées de petits concerts ou des auditions de classe. Imaginez par exemple un cours public de bombardes [ndlr : instrument à vent que l’on retrouve dans la musique bretonne], ça résonnait dans tout le conservatoire ! »

Le jeune musicien nantais apprend donc à jouer du cor et du clavecin, fait ses classes de musique de chambre ou d’orchestre. Et c’est aussi au conservatoire qu’il assiste régulièrement à des concerts, découvre le répertoire. « Le Conservatoire de Nantes possède une très belle salle de concert, l’Auditorium. Il y a aussi deux autres salles de deux cent cinquante places, les salles Messiaen et Debussy, qui peuvent tourner sur elles-mêmes et se relier à l’Auditorium. Cela donne une grande salle de mille places. »

La Cité des Congrès (et ses Folles Journées)

Concert des élèves du Conservatoire de Nantes à la Folle Journée, en férvier 2011.
Concert des élèves du Conservatoire de Nantes à la Folle Journée, en férvier 2011. , © AFP / Frank Perry

« J’ai quitté Nantes à 17 ans pour intégrer le Conservatoire National de Paris. Quelques années plus tard, vers 20 ans, j’ai commencé à donner des concerts de clavecin et j'ai donc arrêté le cor car je n’avais plus le temps de travailler les deux instruments. » Ce conservatoire nantais dont il garde tant de souvenirs, Bertrand Cuiller n’y est pourtant plus retourné depuis près d’une dizaine d’années.

Désormais, lorsque le claveciniste est de retour dans sa ville natale, c’est pour installer son instrument à quelques minutes à peine de son ancien établissement de formation, dans la Cité Internationale des Congrès où se déroule chaque année l’incontournable Folle Journée de Nantes. « La Folle Journée a réussi à se créer une réputation de fête. Une fête ouverte à tous, parce que la Cité des Congrès est un lieu qui ne freine personne, où il n’y a aucun code, à la différence par exemple d’un théâtre ou d’une église. »

« Dans ce festival, parce qu’on joue souvent dans des salles petites ou moyennes, on peut voir que certains spectateurs ne sont pas des habitués, que c’est parfois leur premier concert, se réjouit le claveciniste. C’est un festival où le public peut être très différent d’un concert à l’autre. Même si je pense qu’au fond, la réaction des spectateurs dépend de ce qu’on donne, nous, en tant qu’artistes. De notre énergie. »

De l’énergie, en tout cas, Bertrand Cuiller n’en manque pas. Après notre balade matinale, le voilà reparti pour une nouvelle folle série de musique et concerts. Les théâtres d'Angers, Besançon, Compiègne, Dunkerque ou La Rochelle attendent encore son Rinaldo de Haendel.

Propos recueillis le vendredi 3 février 2018 par Aliette de Laleu et Nathalie Moller