Salon Musicora : « On vient évidemment pour montrer notre travail »

Le salon Musicora a ouvert ses portes ce vendredi à la Grande Halle de la Villette, à Paris. 12 000 personnes sont attendues jusqu'à dimanche. Pour les professionnels, c'est une occasion unique de se faire connaître, de dialoguer avec les musiciens et de faire tester leurs instruments.

Salon Musicora : « On vient évidemment pour montrer notre travail »
Pour se faire connaître, de nombreux luthiers viennent présenter leur travail à Musicora, © Radio France / Thomas Schonheere

A priori, ce n'est pas tous les jours que l'on voit un Steinway and Sons de 1901. Depuis ce vendredi, le piano de 2,27 mètres, entièrement restauré, est installé dans la Grande Halle de la Villette, sur le stand de la maison Pianos Hanlet. Les musiciens se succèdent, jouent quelques instants, puis repartent. Le prix de l'instrument : 66 000 euros. « Si on a quelqu'un d'intéressé, on ne va pas se priver d'une belle vente, évidemment, sourit Caroline Gormezano, responsable marketing développement. Mais c'est surtout pour mettre en avant le savoir-faire de nos ateliers. »

Un piano Steinway & Sons de 1901, restauré dans les ateliers de la maison Pianos Hanlet
Un piano Steinway & Sons de 1901, restauré dans les ateliers de la maison Pianos Hanlet, © Radio France / Thomas Schonheere

Le salon Musicora, 28e édition, c'est ça : 200 exposants (sur 6 000 m²), des instruments à essayer, mais peu d'argent qui circule. « Ce salon nous permet de rappeler ce que l'on propose, quelles sont nos activités et ce, à la fois à nos confrères, au grand public et aux musiciens professionnels », poursuit Caroline Gormezano. Musicora, une vitrine pour les indépendants, mais aussi pour les grandes marques. Ainsi, Yamaha, installée au centre de la Grande Halle de la Villette, ne propose que des modèles d'exposition, notamment de la gamme « silent » (des pianos ou des guitares que l'on peut jouer au casque) qu'elle cherche à promouvoir. « Il n'y a pas de vente sur place. En revanche, on oriente les personnes intéressées vers nos magasins à Paris ou en région », explique un vendeur.

« La décision est rarement prise sur le salon »

Chez les luthiers, les plus nombreux sur le salon, même son de cloche : « On vient évidemment pour montrer notre travail », tranche André Sakellaridès, installé à Marseille. Et en ce qui concerne les ventes ? « Il n'y a pas de règle. Moi j'ai fait tous les Musicora, il m'est arrivé de vendre le premier soir comme il m'est arrivé de revenir sans avoir pris une seule commande. Mais celui qui vient la première année, c'est rare qu'il vende comme ça. Il faut que les gens vous connaissent, on essaye donc d'établir une relation de confiance. » Pour les luthiers installés loin de Paris, le salon Musicora est également, selon André Sakellaridès, l'endroit où il faut être pour se faire connaître des jeunes musiciens du Conservatoire national supérieur.

Si les musiciens essayent les instruments, il est très rare qu'ils en achètent un au cours du salon
Si les musiciens essayent les instruments, il est très rare qu'ils en achètent un au cours du salon, © Radio France / Thomas Schonheere

« On vend éventuellement, résume Paul Noulet,installé dans le Limousin. Mais le but, c'est surtout de rencontrer des musiciens. » Et de se faire un nom. Installé à l'étage de la Grande Halle de la Villette, Paul Noulet expose ses instruments au côté de ceux de ses confrères de l'Aladfi (l’Association des Luthiers et Archetiers pour le Développement de la Facture Instrumentale du quatuor). « Cela permet aux musiciens de voir en quelques minutes une quinzaine d'instruments et de se faire une idée de la facture instrumentale contemporaine », explique encore Paul Noulet. Et les musiciens ne se privent pas, essayant un, voire plusieurs instruments, toujours sous l’œil attentif de ceux qui les ont fabriqués. La discussion est établie, les cartes de visite sont installées bien en évidence. Parfois, il y a un coup de cœur : « Cela m'est arrivé plusieurs fois : un musicien essaye mon instrument sur le salon, il ne le choisit pas tout de suite, il me rappelle un an après et, au final, m'en commande éventuellement un. Mais la décision est rarement prise sur le salon. »

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Paul Noulet, luthier

Des innovations en quête de reconnaissance

Au-delà des instruments classiques, le salon Musicora est également l'occasion de présenter des nouveautés et des innovations. Rob Gandara, par exemple, venu tout droit d'Oregon (USA), fabrique des instruments à vents celtiques (cornemuse, flûte irlandaise) en fibre de carbone : « Les instruments en fibre de carbone ont une durée de vie infinie et ils ont un son plus chaud », explique l'homme, venu au salon dans l'espoir, lui, de trouver un distributeur pour vendre ses produits en France.

Autre innovation : le Sylphyo, un instrument à vent électronique made in France capable de jouer différents types de sons. « L'intérêt ici, c'est de rencontrer des musiciens, de leur faire essayer les instruments. De voir d'autres instruments, aussi, et de jouer ensemble. Musicora, c'est un lieu de rencontre », explique Laurent Pouillard, de la société Aodyo Instruments, installée à Villeneuve d'Ascq (Nord). Le Sylphyo est commercialisé depuis septembre 2016.

Parfois, il arrive quand même que certains articles se vendent, comme le Cyclonote, un disque rotatif à deux faces qui recense toutes les tonalités majeures et mineures recensées dans la musique. « C'est un très bon outil d'apprentissage, notamment pour la jazz », explique l'un des trois inventeurs du disque, avant de conclure : « On en a vendu une dizaine en une heure et demi ! »

Le salon Musicora se tient à la Grande Halle de la Villette, à Paris, jusqu'au dimanche 30 avril. Toutes les informations sur le site du salon.