Richard Strauss, Don Juan op.20 poème symphonique

Le programme limitatif pour le Baccalauréat musique 2014 option de spécialité série L, inscrit le poème symphonique Don Juan op. 20 dans la direction de travail : la musique, le timbre et le son.

Richard Strauss, Don Juan op.20 poème symphonique
Don Juan, peinture 603X380

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Quelques pistes de travail :

⇒ étudier le contexte historique de la naissance de l'oeuvre

⇒ étudier la partition : repérer les thèmes, identifier les instruments qui les annoncent

⇒ maîtriser le vocabulaire spécifique : orchestration, poème symphonique, symphonie, romantisme

⇒ comparer différentes sources littéraires ayant pour thème Don Juan

⇒ écouter d'autres poèmes symphoniques, de Strauss, de Liszt, de Berlioz...voir les pistes d'écoute en bas de page

⇒ écouter les autres oeuvres symphoniques, voir lyriques, de Strauss

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Ecoutez Le Matin des musiciens du jeudi consacré à l'analyse de Don Juan de Richard Strauss, par Renaud Machart Ecoutez le poème symphonique Don Juan de Strauss dans Le Concert de l'après-midi, le concert Spécial baccalauréat par l'Orchestre philharmonique de Radio France

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Quelques éléments d'analyse :

Le poème symphonique selon Richard Strauss

Le poème symphonique Don Juan op.20 voit le jour entre 1888 et 1889. Richard Strauss aborde ici pour la deuxième fois une nouvelle forme orchestrale qu'il a découverte quelques années auparavant : le poème symphonique (Symphoniche Dichtung), ou, comme il aura tendance à l'appeler, poème sonore (Tondichtung), forme qu'il revisitera à dix reprises et qui lui servira pour s'exercer en matière d'orchestration en préparation de ses premières grandes œuvres lyriques. Du point de vue de l'orchestration, justement, Richard Strauss laisse avec ses poèmes symphoniques certaines de ses pages pour orchestre les plus réussies.

Autres poèmes symphoniques de Richard Strauss : Aus Italien, op.16 (1886) Don Juan, op.20 (1889) Macbeth, op.23 (1888/90) Mort et Transfiguration, op.24 (1891) Till l'Espiègle , op.28 (1895) Ainsi parlait Zarathoustra, op.30 (1896) Don Quichotte : Variations fantastiques sur un thème chevaleresque, op.35 (1897) Une vie de héros, op.40 (1899)


**Fiche technique

Titre : Don Juan op.20, poème symphonique
Création : 11 novembre 1889 à Weimar sous la direction du compositeur
Durée : environ 17 minutes
Genre : musique symphonique, romantisme
Effectif** : orchestre symphonique traditionnel

**L'oeuvre dans son contexte

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La musique à programme : nouvelle orientation pour la symphonie

L'évolution de la symphonie classique prend une direction nouvelle avec la Symphonie pastorale (1806)de Beethoven : à la publication, le compositeur y rajoute le sous-titre suivant : Symphonie Pastorale ou souvenir de la vie champêtre (plutôt expression de la sensation que peinture). La musique instrumentale se voit ainsi attribuer un programme : le compositeur y énonce clairement une inspiration extérieure à la musique dans l'intention de guider l'auditeur dans son écoute. L'inspiration extérieure à la musique pure n'est pas une nouveauté : la musique baroque vouait un vrai culte au figuralisme et l'exemple le plus connu en sont les Quatre Saisons de Vivaldi , où la musique suggère différents phénomènes naturels. Or, à la différence de la musique descriptive (Quatre saisons), la musique instrumentale à programme telle qu'elle apparait vers 1815, a pour vocation de raconter une histoire à partir d'un programme choisi par le compositeur. En général en un mouvement, elle vient élargir sans pour autant complètement briser, les structures formelles de la symphonie classique, au service d'un récit en musique. Le poème symphonique est né.

Lorsqu'il se consacre à la composition de Don Juan op.20, Richard Strauss est depuis peu à la tête de l'orchestre de Meiningen ; il commence son ascension comme chef et est déjà reconnu comme compositeur. En arrivant, il se lie d'amitié avec le premier violon de l'orchestre, Alexander Ritter, qui l'initie à la philosophie de Schopenhauer et à la musique des romantiques tardifs allemands ; Strauss entend Wagner et Liszt en particulier, et s'intéresse de plus près à leurs idées liées à la musique à programme, à l'art total et au traitement de l'orchestre.

Eléments du vocabulaire :

Poème symphonique : genre de musique instrumentale, généralement en un seul mouvement, inspiré directement par un thème, un personnage, une légende, un poème, et très souvent par un texte. De nombreux compositeurs du romantisme s'appuient sur le programme d'une oeuvre instrumentale comme étant une trame qui guidel'écoute.

Musique à programme : musique d'inspiration narrative ou illustrative qui fait référence à une donnée extra-musicale, par opposition à la musique pure.

Un Don Juan torturé

En cherchant le programme de son deuxième poème symphonique, Richard Strauss ne choisit pas le Don Juan de Lord Byron ou Dom Juan ou le Festin de pierre de Molière. Il se tourne vers le poète autrichien Nicolaus Niembsch von Strehlenau, dit Lenau (1802-1850), dont les fragments des textes sur Don Juan attirent son attention. Poète tragique, mort interné dans un asile, Nicolaus Lenau incarne le personnage torturé si cher aux romantiques.

Voici la traduction française du poème de Lenau par Walter Thomas :

«Ce cercle enchanté, immensément grand, de beautés féminines aux charmes multiples, je voudrais le parcourir dans le tumulte de la jouissance, et sur les lèvres de la dernière mourir d’un baiser. Ami, je voudrais traverser au vol tous les espaces où s’épanouit une belle femme, ployer le genou devant chacune et vaincre, ne fût-ce que quelques instants. (...) Je fuis la satiété et l’épuisement du plaisir, je me maintiens alerte au service du beau. Si je chagrine quelqu’une, je m’exalte pour le sexe tout entier. L’haleine d’une femme, aujourd’hui senteur printanière, demain peut-être m’oppressera comme un souffle de cachot. Quand, avec mon amour, j’erre inconstant dans le large cercle des belles femmes, mon amour pour chacune est un amour différent. Ce n’est pas avec des ruines que je veux bâtir des temples. Oui, la passion, ce n’est jamais que la dernière. Elle ne se laisse pas transporter de celle-ci à celle-là ; elle ne peut que mourir ici, là renaître, et si elle se connaît elle-même, elle ignore entièrement le remords. Comme chaque beauté est unique en ce monde, tel est aussi l’amour qui s’y complaît. En route et partons pour des victoires toujours nouvelles, tant que palpiteront les ardentes pulsations de ma jeunesse !(...) C’est une belle tempête qui m’emportait, sa fureur s’est apaisée et le calme demeure. Tout désir, tout espoir est tombé en léthargie. Peut-être un éclair, venu de hauteurs que j’ai dédaignées, a-t-il mortellement atteint ma puissance d’amour, et pour moi subitement le monde devenu désert s’est couvert de ténèbres. Peut-être aussi que non... la matière inflammable est consumée, et le foyer devient froid et sombre. »

**Un coup de maître en orchestration

Tout jeune compositeur, Richard Strauss n'hésite pas à affronter toute la complexité de l'écriture orchestrale lorsqu'il se lance dans la composition du Don Juan op. 20. Alors qu'il reste fidèle aux modèles traditionnels de la symphonie, l'innovation de Strauss réside, et cela dès son premier poème symphonique, dans le traitement de l'orchestre, cependant traditionnel dans son effectif. Maître incontestable de l'orchestration, il donne avec Don Juan les prémices de l'orchestre straussien : une masse orchestrale éclatée et soutenue par les groupes instrumentaux individualisés. Ainsi, aucun pupitre dans l'orchestre n'est destiné à un rôle particulier ; les instrumentistes sont à la fois partie intégrante d'un son d'ensemble, mais également avec une vraie valeur de soliste : Strauss connaît très bien les capacités techniques de chaque pupitre et en joue à la perfection. Sollicités aux maximum, les registres sont parfois valorisés de façon inhabituelle ou inattendue. En 1844 est publié le Traité de l'instrumentation et de l'orchestration modernes de Berlioz**. L'ouvrage fait forte impression sur Richard Strauss : il l'a même copieusement annoté et commenté. Berlioz fut sans aucune doute une source d'inspiration pour Strauss dans l'évolution de son écriture orchestrale, écriture testée en conditions idéales avec l'orchestre de Meiningen, instrument excellent pour un jeune compositeur.

## Ecoute comparative

Berlioz : Roméo et Juliette, d'après Shakespeare (1839)
Liszt : Mazeppa d'après Victor Hugo (1856)
Saint-Saens : Danse macabre (1874)
Paul Dukas : l'Apprenti sorcier (d'après Goethe, 1897)
Bedrich Smetana: Ma Patrie (1877)
Rimski Korsakov : Schéhérazade (1888)
Richard Strauss : Don Quichotte : Variations fantastiques sur un thème chevaleresque, op.35 (1897)

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