Rencontre avec Chloé Briot, révélation des Victoires de la musique classique 2018

La soprano Chloé Briot est nommée dans la catégorie “Artiste lyrique” des Victoires de la musique classique 2018 . Nous lui avons posé cinq questions.

Rencontre avec Chloé Briot, révélation des Victoires de la musique classique 2018
La chanteuse Chloé Briot est nommée dans la catégorie Révélation des Victoires de la musique classique, © Radio France / Nathalie Guyon

Chloé Briot est un peu soprano, un peu mezzo. Elle débute le chant à l’âge de 14 ans après un long cursus en percussions. La chanteuse entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 2007 et quitte l’institution avant d’être diplômée. Elle travaille cette saison sur une reprise du Roi Carotte d’Offenbach à l’Opéra de Lille, dans une mise en scène de Laurent Pelly.

  • France Musique : Comment avez-vous commencé le chant ?

Chloé Briot : A l’école de musique, après avoir terminé mon cursus de percussionniste. J’avais envie de tenter un autre instrument, envie de chanter, et il fallait que je patiente un peu car j’étais encore trop jeune. Finalement la professeure de chant, formidable, a bien voulu me prendre dans sa classe quand j’avais 14 ans. J’étais allée au bout de mon cursus de percussionniste que j’avais débuté à 4 ans, et j’avais vraiment envie de me lancer dans le chant. Aujourd’hui les percussions me manquent, mais surtout l’endroit où ça se passe, c’est à dire au fin fond de l’orchestre, tranquille, détendu.

  • A quoi pensez-vous quand vous chantez ?

A qui je suis. Qui je suis censée être, au personnage. Tout dépend de celui ou celle avec qui je travaille, mais c’est essentiellement le metteur en scène qui me guide. Je ne pense jamais au son qui va sortir. J’essaye d’être la plus généreuse possible, c’est en tout cas un état d’esprit que j’essaye d’avoir au quotidien, plutôt qu’une préparation à proprement parlé. Essayer d’être uniquement dans le don, et pas dans ce qui vient de se passer et dans le jugement que je pourrais y porter. J’essaye d’avoir la bonne énergie au bon endroit. Je suis souvent tendue sur scène, si j’ai le moindre confort, ce n’est pas normal. A l’opposé j’essaye d’être détendue dans la vraie vie.

  • Comment travaillez-vous votre voix ?

Je ne travaille pas trop et ne chante pas beaucoup. Je fais toujours les mêmes exercices depuis que j’ai 14 ans. Des petits exercices de chauffe, très peu de temps, et d’un coup, quand ça me chante (c’est le cas de le dire) je mets de la musique, que ce soit un air de baryton on n’importe quoi, je chante par dessus et essaye de me faire plaisir. Pour apprendre les opéras, je fais du travail sur table pour la production qui vient. Avec mon emploi du temps, je n’ai jamais le temps de me dire : “Tiens si tu découvrais un opéra que je ne vais pas faire mais peut-être que…” Ce n’est pas par manque de curiosité mais par manque de temps. Je travaille toujours ce que je dois faire, beaucoup à la table. Et je déteste chanter longtemps, c’est fatiguant, même pour le cerveau. Par contre j’écoute beaucoup d’autres musiques. Si je travaille un opéra d’Offenbach par exemple, je ne vais pas écouter seulement cette oeuvre.

  • Si vous n’aviez pas été musicien, vous auriez été...

Médecin légiste ou maquilleuse. J’y pense tout le temps. Depuis toujours. Je suis assez persuadée que je ne serai pas chanteuse toute ma vie. Pas par pessimisme, mais parce que j’ai envie de faire beaucoup d’autres choses, et si l’occasion se présente je n’y réfléchirai pas à deux fois (il se peut que je provoque aussi la chance). Ces deux métiers sont opposées mais ils ont un point commun : être de l’autre côté, en silence et de s’occuper des autres. Médecin légiste car il y a la partie de la médecine légale qui m’intéresse depuis toujours. Quand j’étais petite je voulais intégrer le FBI. Et maquilleuse parce que je suis une fan de maquillage depuis quelques années. J’achète des trucs improbables dont je ne me servirai sûrement jamais juste parce que j’ai envie de les avoir. Et j’aime bien toucher le visage des gens. Il y a un rapport avec eux, une intimité très spéciale qui se crée. Et c’est un métier silencieux, comme la médecine légale. S’occuper des autres en silence. J’en rêve !

  • Dans le programme que vous chantez ce soir, est-ce qu’une oeuvre vous tient plus à cœur et pourquoi ?

Ce qui me tient à cœur c’est de pouvoir faire des choses catalogués en mezzo, et des choses catalogués en soprane. Sinon je pense souvent aux de Reynaldo Hahn parce que je ne fais plus beaucoup de concerts, peu de récitals et que la mélodie française est mon dada. On peut chanter de façon tellement simple. Pour moi c’est la chose la plus spontanée que l’on puisse trouver dans le répertoire. C’est ma langue maternelle et cette musique ne requiert pas de performance vocale. On est dans la liberté. En règle générale, j’essaye d’être la même dans tout répertoire mais ça peut m’arriver de desservir quand je chante une mélodie parce que je suis émue musicalement.

Chloé Briot lors du concert des Révélations