Rencontre avec Bruno Philippe, révélation des Victoires de la musique classique 2018

Le violoncelliste Bruno Philippe est nommé dans la catégorie “Révélations soliste” des Victoires de la musique classique 2018. Rencontre et portrait en cinq questions.

Rencontre avec Bruno Philippe, révélation des Victoires de la musique classique 2018
Le violoncelliste Bruno Philippe est nommé dans la catégorie Révélation des Victoires de la musique classique, © Radio France / Nathalie Guyon

Bruno Philippe débute le violoncelle avec Marie-Madeleine Mille puis poursuit ses études au CRR (Conservatoire à Rayonnement Régional) de Paris en 2008, avant d’intégrer le Conservatoire National Supérieur de Musique dans la classe de Jérôme Pernoo. Originaire de Perpignan, il vit dans la capitale depuis une dizaine d’années, avec entre temps un passage deux ans à Salzbourg pour y travailler avec Clemens Hagen. Bruno Philippe a terminé ses études en 2017.

  • France Musique : Comment avez-vous commencé le violoncelle ?

Bruno Philippe : J’ai commencé le violoncelle grâce à ma sœur qui s’était mise au violon. Mes parents n’étaient pas du tout musiciens et je me souviens que je devais l’attendre, toutes les semaines, à la sortie de son cours. Je devais avoir 4 ans. Sa professeure ne voulait pas que l’on assiste à la classe, donc j’attendais devant la salle qui était mitoyenne avec une salle de cours de violoncelle. Je voyais des gens sortir avec des grosses boîtes, je me suis dit que c’était sûrement un truc de mec. Le petit violon c’était très bien pour ma sœur, mais je ne voulais pas faire comme elle. Puis j’ai découvert qu’on jouait du violoncelle assis et là, c’était tout gagné !

  • A quoi pensez-vous quand vous jouez ?

En général je ne pense pas à grand chose. Dans un idéal d’interprète, je pense à servir la musique avec la plus grande humilité, mais avec mon propre affect. Essayer d’être le plus éveillé possible, pour se laisser attirer par l’atmosphère d’une salle, tout en laissant retranscrire le plus sincèrement possible les souhaits du compositeur.

  • Comment travaillez-vous votre instrument ?

C’est un métier difficile où l’on n’a pas d’horaires de bureau. Il y a un côté intermittent/chômeur donc chômeur par intermittence, un peu troubadour aussi… Ce n’est pas simple. J’essaye de plus en plus de couper mon téléphone quand je travaille. Je fume beaucoup donc je fais des sessions sur plusieurs heures avec des pauses. J’ai eu la chance d’être éduqué par un professeur au conservatoire, Jérôme Pernoo, qui était très regardant non pas seulement sur les habiletés instrumentales, mais qui nous apprenait beaucoup sur le sous-texte. On ne pouvait pas se contenter de jouer le concerto de Dvorak avec sa partition de violoncelle. On travaillait avant sur le conducteur, il nous demandait, au delà de l’analyse de l’oeuvre, d’exposer le contexte, l’historique de l’oeuvre et la vie du compositeur. C’est très important. Il y a beaucoup d’oeuvres que l’on joue différemment après avoir acquis toutes ces connaissances.

  • Si vous n’aviez pas été musicien, vous auriez été...

J’aurais été bien embêté. Mes parents n’étant pas musiciens, je pense que c’est une chance d’avoir été en contact avec la culture, très jeune, ce qui m’a donné quelque chose de solide, de consistant auquel se raccrocher. Je pense que l’un des plus gros problèmes de notre époque, c’est de ne pas avoir de passion. Je vois souvent des gamins doués, brillants dans beaucoup de domaines, mais qui ne se passionnent pour rien, qui ont juste envie de se faire de l’argent le plus rapidement possible. C’est une des choses qui m’a sauvé d’être en contact très tôt avec la musique, la culture. Si, du jour au lendemain, je ne pouvais plus jouer, je ferais en sorte de continuer à travailler dans les arts.

  • Dans le programme que vous jouez ce soir, est-ce qu’une oeuvre vous tient plus à coeur et pourquoi ?

J’ai la chance de jouer avec mon meilleur ami, Tanguy de Williencourt. En pièce centrale, j’ai mis une transcription modeste (on suit juste la partie de chant) d’un lied de Schumann, Mein Herz ist Schwer… C’est un opus posthume, il est sublime. On entend un Schumann qui enlève un voile, d’une sincérité déconcertante.

Bruno Philippe lors du concert des Révélations