Quelle place pour la musique classique à la télévision ?

Un nombre limité de programmes télévisés, des audiences relativement faibles… il est tentant de dresser un tableau noir concernant la présence de la musique classique sur le petit écran. Pourtant, elle est loin d’avoir dit son dernier mot.

Quelle place pour la musique classique à la télévision ?
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Les programmes télévisés traitant de musique classique sont loin d'être la priorité des chaînes gratuites et généralistes. Et pour cause : on les compte sur les doigts de la main, et leur diffusion est concentrée sur des plages horaires tardives, ou durant la période estivale.

Doit-on pour autant regretter ce petit nombre d’émissions ou s'alarmer devant leurs faibles audiences ? Non, pas forcément. Voici même quatre raisons pour rester optimiste et ne pas considérer la musique classique comme une espèce (télévisée) en voie de disparition.

Les français regardant la télévision en moyenne 3 heures et 43 minutes par jour (sondage Mediamat 2016), le petit écran représente un moyen non négligeable de diffusion et d'éducation musicale
Les français regardant la télévision en moyenne 3 heures et 43 minutes par jour (sondage Mediamat 2016), le petit écran représente un moyen non négligeable de diffusion et d'éducation musicale, © AFP

La musique classique n’est pas plus mal lotie que les autres arts vivants

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) le constatait dès 2004 : « Les arts vivants sont le parent pauvre de la programmation des chaînes généralistes ». Il n’y a donc pas que la musique classique qui souffre d’une sous-représentation : théâtre, comédies musicales, concerts pop ou variété… toutes les formes de spectacles vivants sont clairement minoritaires par rapport à la fiction, au documentaire et à l’animation.

Pour les chaînes, il s’agit d’un côté d’assurer leurs audiences avec des programmes à succès, tout en répondant aux recommandations du CSA : « toute chaîne généraliste se doit de diffuser des programmes diversifiés ». Et le CSA est d'autant plus exigeant quant à la diversité des programmes diffusés par les chaînes publiques.

La rareté des spectacles vivants retransmis à la télévision ne s’explique pourtant pas que par un souci d'audimat. Il s'agit également de la rencontre entre deux types d'expériences, deux façons d'être 'spectateur'. Regarder un écran n'a pas vocation à se substituer à la sensation éprouvée dans les salles, au fait d'être face aux artistes. Le public des concerts n’est donc pas forcément celui qui appréciera leur retransmission.

Si elle ne remplace pas l'expérience du spectateur, la retransmission de concerts permet en revanche de faire vivre un concert au plus près des artistes ou sous diverses prises de vue.
Si elle ne remplace pas l'expérience du spectateur, la retransmission de concerts permet en revanche de faire vivre un concert au plus près des artistes ou sous diverses prises de vue., © AFP

Mais il n'y a pas que la diffusion de concert qui donne à voir de la musique classique sur nos petits écrans : documentaires et émissions se sont eux-aussi emparés du genre...

La musique classique version télé a bien son public

« Pas simple d’intéresser les téléspectateurs à la musique classique » écrit sur son blog le présentateur et producteur Jean-Marc Morandini, au lendemain de la première diffusion estivale 2016 de La Boîte à Musique, programme phare du pianiste Jean-François Zygel.

Pas simple, mais possible ! Les audiences de l’émission sont stables (400 000 téléspectateurs en moyenne pour l'été 2016, soit 5,5 % des parts d'audience). Une stabilité d'autant plus louable du fait de l'ancienneté de l'émission - elle existe depuis 2006- et de sa diffusion en deuxième partie de soirée.

Pianiste, compositeur et animateur, Jean-François Zygel est l'un des principaux visages de la musique classique à la télévision.
Pianiste, compositeur et animateur, Jean-François Zygel est l'un des principaux visages de la musique classique à la télévision. , © AFP

La formule de Jean-François Zygel perdure notamment parce qu’elle sait se réinventer à chaque saison. Et c’est là un atout majeur pour les programmes consacrés à la musique classique : ils peuvent se décliner en une multitude de formats.

En témoigne le succès de Prodiges, concours pour jeunes talents de la musique, du chant et de la danse, diffusé sur France 2 et directement inspiré de la formule à succès des télé-crochets que sont La nouvelle star, The Voice ou encore La France a un incroyable talent.

Présenté par Marianne James, chanteuse et habituée des plateaux télé, Prodiges a mené France 2 en deuxième position du palmarès de la soirée du jeudi 22 décembre 2016 avec 2,9 millions de téléspectateurs, soit 12,9% de part de marché.

Loin derrière TF1 et sa série policière, certes, mais devant l’émission Petits génies, à la découverte des enfants précoces diffusée sur M6 (9% de part d’audience) et devant le film grand public proposé le même soir sur TMC : The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (4,9% de part de marché).

La musique classique est gage de qualité

Le succès de Prodiges ne se mesure pas seulement en part d’audience, il est aussi qualitatif. Le concours a été plébiscité par les téléspectateurs de France 2 comme meilleur programme en prime time (heure de grande écoute) de la semaine du 21 au 27 décembre 2016, d'après le sondage hebdomadaire Quali TV, réalisé par France Télévisions et l’institut Harris Interactive.

Ce même sondage Quali TV existe aussi en version annuelle et, pour l’année 2015, c’est l’émission Musiques en fête, présentée par Alain Duault et Claire Chazal en direct du festival des Chorégies d’Orange, qui a été la plus appréciée du public des chaînes nationales.

La musique classique a aussi sa place dans les émissions généralistes

La présence des orchestres et artistes sur les plateaux d'émissions non spécialisées est le signe que la musique classique existe encore à la télévision et, qu’elle a même de beaux jours devant elle.

Un exemple pour justifier cet optimisme ? Les sopranos Nadine Sierra et Pretty Yende, ainsi que le contre-ténor Philippe Jaroussky, invités en deuxième partie de Quotidien, le nouveau programme d'information et de divertissement de Yann Barthès qui réunit chaque soir de la semaine un public fidèle, nombreux (plus d’un million de téléspectateurs à chaque émission) et plutôt jeune.

Le contreténor Philippe Jaroussky.
Le contreténor Philippe Jaroussky., © Getty

Pari gagné pour Yann Barthès : les intermèdes musicaux proposés par les chanteurs lyriques ont largement plu aux téléspectateurs, comme en témoigne des réactions sur Twitter.

A la même tranche horaire et sur d’autres chaînes, on a pu voir, entre autres, la soprano Natalie Dessay ou le violoniste Renaud Capuçon, invités d’Anne-Sophie Lapix dans C à vous (France 5).

Et il est peut-être là, finalement, l’avenir de la musique classique à la télévision : que celle-ci soit programmée au même titre que les autres genres, au côté d'autres musiques, sans plus faire seulement partie d'une case à part des grilles télévisées…