Quelle est la meilleure version du Triple Concerto de Beethoven ?

Jérémie Cahen, Michel Le Naour et Antoine Mignon élisent la version de référence du Triple Concerto de Beethoven.

Quelle est la meilleure version du Triple Concerto de Beethoven ?
Ludwig van Beethoven, peinture de Joseph Karl Stieler (détail) -DP

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 15 janvier 2017

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Compte-rendu :

D’un côté l’orchestre, marmoréen, et de l’autre trois solistes en majesté. Mais entre ces deux entités : un mur, une absence totale de connivence. La fameuse version Karajan/Richter/Oïstrakh/Rostropovitch qui a tant popularisé le Triple Concerto déçoit terriblement.

Que ce tempo est lent et comme tout cela manque de simplicité ! Harnoncourt et l’Orchestre de chambre d’Europe s’acharnent sur l’introduction orchestrale, épaisse, chichiteuse. Cela donne de mauvaises idées aux solistes, qui livrent à leur tour un Beethoven didactique et anecdotique.

Si l’orchestre est assez anonyme, Schneider le conduit avec énergie et musicalité : juste ce qu’il faut pour laisser s’épanouir un trio complice, dont les fortes individualités (Rudolf Serkin, Jaime Laredo, Leslie Parnas) finissent tout de même par rivaliser. Dans le mouvement lent, le violoncelle joue à la diva et entraine la partition vers un romantisme exacerbé : le Triple Concerto de Brahms ?

Il y a beaucoup d’allant, de simplicité et d’écoute mutuelle dans la relecture de Giovanni Antonini, qui cherche à retrouver l’esprit du concerto grosso. Dejan Lazic, Giuliano Carmignola, Sol Gabetta sont de subtils chambristes, et grâce à un jeu qui regarde vers Haydn, redonnent à l’oeuvre sa fraicheur, malgré un dernier mouvement bien neutre.

Voici le grand souffle beethovénien porté par trois solistes d’exception. L’orchestre, puissant et plein de vie, magnifie les aigus lumineux de Szeryng, le violoncelle altier de Starker... quand Arrau chante sublimement, un peu seul peut-être ; le Rondo final, en revanche, porte des semelles de plomb. Une version néanmoins pleine d’humanité.

Certes, on peut imaginer solistes plus flamboyants (encore que le violon de Shaham est un rêve), orchestre plus rond et corsé, mais pas sur qu’on trouve, tout au long des trois mouvements, discours aussi mobile, maîtrisé, cohérent : David Zinman est à l’écoute des trois solistes, qui échangent avec liberté et chantent sans artifice ni arrière-pensée la musique de Beethoven. La mesure idéale.

Palmarès :

N°1
Version F

Yefim Bronfman, Gil Shaham, Truls Mørk, Orchestre de la Tonhalle de Zurich, dir. David Zinman (Arte Nova, 2004)

CD Bronfman-Shahan-Mork-Zinman
CD Bronfman-Shahan-Mork-Zinman, © Arte Nova 2004

N°2
Version E

Claudio Arrau, Henryk Szeryng, János Starker, New Philharmonia Orchestra, dir. Eliahu Inbal (Decca, 1970)

CD Arrau-Szeryng-Starker-Inbal
CD Arrau-Szeryng-Starker-Inbal, © Decca 1970

N°3
Version B

Dejan Lazic, Giuliano Carmignola, Sol Gabetta, Orchestre de chambre de Bâle, dir. Giovanni Antonini (Sony, 2013)

CD Lazic-Carmignola-Gabetta-Antonini
CD Lazic-Carmignola-Gabetta-Antonini, © Sony 2013

N°4
Version C

Rudolf Serkin, Jaime Laredo, Leslie Parnas, Orchestre du Festival de Marlboro, dir. Alexander Schneider (Sony, 1964)

CD Serkin-Laredo-Parnas-Schneider
CD Serkin-Laredo-Parnas-Schneider, © Sony 1964

N°5
Version D

Pierre-Laurent Aimard, Thomas Zehetmair, Clemens Hagen, Orchestre de chambre d’Europe, dir. Nikolaus Harnoncourt (Warner, 2004)

CD Aimard-Zehetmair-Hagen-Harnoncourt
CD Aimard-Zehetmair-Hagen-Harnoncourt, © Warner 2004

N°6
Version A

Sviatoslav Richter, David Oïstrakh, Mstislav Rostropovitch, Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Herbert von Karajan (Warner, 1969)

CD Richter-Oïstrakh-Rostropovitch-Karajan
CD Richter-Oïstrakh-Rostropovitch-Karajan, © Warner 1969

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