Quelle est la meilleure version du Trio n°1 op.49 de Felix Mendelssohn ?

Jean-Charles Hoffelé, Antoine Mignon et Eric Taver élisent la version de référence du Trio avec piano en ré mineur de Félix Mendelssohn.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disquesdu 07 juin 2015 (ré)écouter

Le piano domine. Et celui de Menahem Pressler ne s’oublie pas, accaparant merveilleusement la parole, peut-être au détriment du discours d’ensemble. Une mécanique impeccable que cette lecture parfaitement huilée du Beaux Arts Trio, très (trop ?) maitrisée et construite, qui de fait accuse aussi son âge.

Un chant naturel, mais sans effusion ni épanchement : le Trio Abegg imprime une vraie simplicité à Mendelssohn, le piano caressant la ligne tout en soutenant avec fluidité l’architecture. Sans doute manquera-t-il ce soupçon d’abandon qui entrainerait plus haut cette belle écoute mutuelle.

L’archet vibrant de Josef Suk allié au piano à fleur de peau de Jan Panenka poussent Mendelssohn vers Schumann, mais sans doute les trois amis, en incarnant avec tant d’éloquence le texte, l’appuient trop, osant portamenti et lignes brisées qui ne sont pas du goût de tous : « sincères et touchants de naïveté » d’un côté, « exécrables et de mauvais goût » de l’autre. Non, l’unanimité n’y est pas.

« Les chevaux sont lâchés ! » lance un tribun devant le jeu entier, enflammé, débordant de bons sentiments du trio Rubinstein/Heifetz/Piatigorsky. On ne joue surement plus Mendelssohn comme ça aujourd’hui, mais cette conception suprêmement artiste, généreuse, monumentale (« Non ! Hystérique et lacrymale » s’énerve un tribun) a surement encore de quoi émerveiller en 2015.

Les deux premières places se départagent difficilement. Istomin, Stern, Rose entonnent un chant de lumière, mobile et poétique : le piano léger, le violon d’elfe, le violoncelle à voix humaine servent un Mendelssohn idéal, à sa juste place entre classicisme et romantisme. Un équilibre parfait, un lyrisme maitrisé, une intelligence au service du texte : des romances avec paroles, où voisinent humour et humeur… à laquelle manquera peut-être une minuscule étincelle.

Le Trio Wanderer les suit de près. Chaque mouvement allie fougue, poésie et éclairs. Leur Mendelssohn danse, s’envole par petites touches, ménageant avec subtilité mises en avant et mises en retrait des parties, tel un ruban qui se déroulerait sans fin. Voici peut-être la grande version moderne, superbement captée par ailleurs.

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Palmarès

N°1
Version F
Trio Wanderer (HM, 2006) N°2
Version E
Eugene Istomin, Isaac Stern, Leonard Rose (Sony, 1966)

N°3
Version D
Arthur Rubinstein, Jascha Heifetz, Gregor Piatigorsky (RCA, 1950)

N°4
Version C
Trio Suk (Supraphon, 1966)

N°5
Version B
Trio Abegg (Tacet, 1992)

N°6
Version A
Beaux Arts Trio (Philips, 1967)

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