Quelle est la meilleure version du Stabat Mater de Vivaldi ?

Sophie Bourdais, Emmanuel Dupuy et Piotr Kaminski élisent la version de référence du Stabat Mater RV 621 d'Antonio Vivaldi.

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Compte-rendu

Stabat Mater ou concerto pour violon ? Soliste plus que chef, Fabio Biondi se met trop en avant et semble engloutir son contre-ténor. De toute façon les tribuns rejettent à l’unanimité la voix mate et excessivement vibrée de David Daniels, dont l’expression multiplie les effets larmoyants. Passons. On est un peu surpris d’entendre aujourd’hui dans la voix de James Bowman tant de creux et si peu de couleurs. Sans heurts, c’est à dire lisse et neutre, l’accompagnement de Christopher Hogwood suit la voix pas à pas : tous les deux restent au bord du texte et du message.

Andreas Scholl et Chiara Banchini sont-ils restés dans les années 1970, à l’ère des premiers baroqueux ? Que de prudence ! Comment une voix intrinsèquement aussi ronde et envoûtante accouche d’une interprétation aussi monotone ? La faute à l’orchestre, désespérant de régularité ? Ou à Scholl lui-même, qui se soucie du texte comme d’une guigne ? Cruelle déception.

Tout le charme délicat de la porcelaine : le contre-ténor de Carlos Mena possède une si jolie voix que les musiciens se gardent bien de la brusquer pas question de gratter le vernis ni de fouiller les mots, non, on soigne sa beauté. Et tant pis pour les larmes et la douleur.

Enfin de l’émotion ! Sara Mingardo et Rinaldo Alessandrini ne forment qu’un corps, maitrisant toute la rhétorique baroque et obtenant mille et une dynamiques. La palette vivaldienne vire de l’ombre à la lumière, avec des clairs-obscurs et des drapés qui bouleversent. Beaucoup de théâtre… un peu trop, même, pour certains.

Naturel, corsé, coloré, le contralto de Marie-Nicole Lemieux nous chante la douleur de la Vierge au creux de l’oreille, comme si elle parlait à la première personne. Le Tafelmusik Baroque Orchestra plonge au cœur de la tragédie, souligne et varie les figuralismes sans le moindre artifice : l’équilibre parfait entre musique et drame, pour une émotion à fleur de peau.

Palmarès

N°1
Version E

Marie-Nicole Lemieux, Tafelmusik Baroque Orchestra, dir. Jeanne Lamon (Analekta, 2003)

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N°2
Version F

Sara Mingardo, Concerto Italiano, dir. Rinaldo Alessandrini (Naïve, 1999)

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N°3
Version B

Carlos Mena, Ricercar Consort, dir. Philippe Pierlot (Mirare, 2003)

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N°4
Version D

Andreas Scholl, Ensemble 415, dir. Chiara Banchini (HM, 1995)

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N°5
Version A

James Bowman, The Academy of Ancient Music, dir. Christopher Hogwood (Decca, 1975)

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N°6
Version C

David Daniels, Europa Galante, dir. Fabio Biondi (Virgin, 2001)

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