Quelle est la meilleure version du Quatuor n°2 "Lettres intimes" de Leos Janacek ?

Bertrand Dermoncourt, Emmanuelle Giuliani et Eric Taver élisent la version de référence du Second Quatuor à cordes « Lettres Intimes » de Leos Janacek.

Quelle est la meilleure version du Quatuor n°2 "Lettres intimes" de Leos Janacek ?
Leoš Janáček ©KNIHA LEOŠ JANÁČEK VE FOTOGRAFIÍCH

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Compte-redu

Le lyrisme paisible des Vlach se déploie avec assurance, mais dans les éclats et les ruptures, les quatre amis se montrent un rien sage, voire appliqués. Serait-ce trop confortable, trop cérébral pour Janacek ? Les membres du Talich épousent chaque note du Quatuor avec un classicisme limpide, baignant dans un calme intérieur qui aurait presque tendance à banaliser la musique de Janacek. Retenue, pudeur, souvenir de passion plus que passion brûlante et consumée.

Chez le Quatuor Janacek, le son gratte, âpre, rugueux, et les tensions culminent… trop rapidement peut-être, et avec de telles bouffées d’angoisse et de panique amoureuse que tensions et détentes ploient sous ces assauts d’émotion exacerbée. Quelles sonorités goûteuses pourtant !

Pareilles effluves du terroir morave jaillissent du jeu des Smetana, qui restituent avec beaucoup de tendresse le lyrisme janacekien. Les paysages défilent, les climats varient dans une euphonie rayonnante, mais avec un contrôle excessif, qui empêche cette grande version historique de brosser tous les affres du drame.

Noire, étouffante, suffocante : la lecture des Stamitz fait montre d’un engagement farouche, guidée par un premier violon leader. S’ils tirent Janacek vers Chostakovitch, ils restituent avec art le morcellement de son écriture et en accentuent l’instabilité harmonique, vraie signature du compositeur. D’aucuns regretteront une vision un peu monolithique.

Les Prazak ont pour eux d’incroyables qualités instrumentales, une rondeur que la prise de son restitue luxueusement. Ce sont aussi des poètes qui, comme personne, savent les effusions et les brisures de cette musique. La véhémence, le mystère, le lyrisme éperdu (un alto de rêve) nous plongent dans un véritable opéra sans paroles. Sans doute la grande version moderne.

Palmarès

N°1
Version E

Quatuor Prazak (Praga, 1997) N°2
Version F

Quatuor Stamitz (Brilliant, 1988)

N°3
Version B
Quatuor Smetana (Testament, 1965)

N°4
Version A

Quatuor Janacek (Supraphon, 1963)

N°5
Version D

Quatuor Talich (La Dolce Volta, 1985)

N°6
Version C

Quatuor Vlach (Panton, 1969)

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