Quelle est la meilleure version du Lac des cygnes de Tchaïkovski ?

Jérôme Bastianelli, Chantal Cazaux et Emmanuelle Giuliani élisent la version de référence du Lac des cygnes de Piotr Ilyitch Tchaïkovski.

Quelle est la meilleure version du Lac des cygnes de Tchaïkovski ?
Piotr Ilyitch Tchaïkovski, peinture (détail) de Nikolai Kusnezow, © Getty / DeAgostini

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du dimanche 24 décembre 2017

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compte-rendu:

Un ton d’emblée trop affirmatif, qui fait l’impasse sur le mystère du Lac des cygnes. Et puis le geste décidé de Guennadi Rojdestvenski n’efface pas les sonorités un rien agressives de l’Orchestre de la Radio de Moscou.

André Previn et le London Symphony Orchestra brossent un Tchaïkovski qui hésite, tergiverse : romantique ici, clinquant là – à l’image de la valse du premier acte, qui tourne court passé les pizzicati d’introduction. Le ballet mériterait plus d’engagement.

Tout commence bien avec le Boston Symphony Orchestra : des bois dramatiques, mélancoliques, des cordes caressantes, portées par un geste chorégraphique. Et puis, voici que le Pas d’action plombe le drame, écrase la musique de Tchaïkovski, suivi d’un Pas de deux où violon et violoncelle entament un dialogue de sourds. Seiji Ozawa se désintéressait-il peu à peu de l’ensemble ?

Dès le lever de rideau, on est saisi par la construction savamment pensée de Michael Tilson-Thomas, qui exalte l’écriture à fleur de peau du Lac des cygnes, gouvernée par les timbres opulents du LSO : la valse, mousseuse à souhait, se danse autant qu’elle se savoure. Hélas, au sein du second acte, Pas d’action, Danse des petits cygnes et Pas de deux perdent leur relief et l’ennui prend le dessus.

Feu, fièvre, urgence : la lecture de Valery Gergiev ne manque pas de panache mais déroute. Après une ouverture et une valse agitées et un brin approximatives, le second acte prend la musique de Tchaïkovski à bras le corps, créé le drame derrière chaque pas et lui insuffle l’énergie du désespoir. Comme si, en dépit de quelques libertés, l’Orchestre du Mariinsky jouait sa vie. On adore ou on rejette.

Evgeny Svetlanov et ses forces percent un à un tous les secrets de l’œuvre et en livrent la grande version symphonique : les contrastes sont poussés jusqu'à l’exacerbation, mais avec un équilibre toujours dosé entre peinture du drame et sens de la danse. Typés, les bois et les cuivres rougeoient, les cordes brûlent par leur lyrisme, et la tension ne faiblit pas : on plonge au cœur du Lac.

palmarès:

N°1
Version C

Orchestre Symphonique de la Fédération de Russie, dir. Evgeny Svetlanov (Melodiya, 1988)

Le Lac des cygnes dirigé par Evgeny Svetlanov
Le Lac des cygnes dirigé par Evgeny Svetlanov, © CD Melodiya

N°2
Version D

Orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, dir. Valery Gergiev (Decca, 2006)

Le Lac des cygnes dirigé par Valery Gergiev
Le Lac des cygnes dirigé par Valery Gergiev, © CD Decca

N°3
Version E

London Symphony Orchestra, dir. Michael Tilson-Thomas (Sony, 1990)

Le Lac des cygnes dirigé par Michael Tilson-Thomas
Le Lac des cygnes dirigé par Michael Tilson-Thomas, © CD Sony

N°4
Version B

Boston Symphony Orchestra, dir. Seiji Ozawa (DG, 1978)

Le Lac des cygnes dirigé par Seiji Ozawa
Le Lac des cygnes dirigé par Seiji Ozawa, © CD DG

N°5
Version F

London Symphony Orchestra, dir. André Previn (EMI, 1976)

Le Lac des cygnes dirigé par André Prévin
Le Lac des cygnes dirigé par André Prévin, © CD EMI

N°6
Version A

Orchestre Symphonique de la Radio de Moscou, dir. Guennadi Rojdestvenski (Melodiya, 1969)

Le Lac des cygnes dirigé par Guennadi Rojdenstvenski
Le Lac des cygnes dirigé par Guennadi Rojdenstvenski, © CD Melodiya