Quelle est la meilleure version du Concerto pour violon n°1 de Sergueï Prokofiev ?

Bertrand Dermoncourt, Emmanuelle Giuliani et Jean-Charles Hoffelé élisent la version de référence du Premier Concerto pour violon de Sergueï Prokofiev.

Quelle est la meilleure version du Concerto pour violon n°1 de Sergueï Prokofiev ?
Sergueï Prokofiev

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 19 février 2017

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Compte rendu

L’essence de la musique de Prokofiev se dilue dans le jeu comme en retrait de Julia Fischer. Cet étirement devient laborieux, on a même l’impression que l’orchestre s’arrête en cours de Concerto ! Etrange.

Au lyrisme traversé d'inquiétude de Prokofiev, Gil Shaham répond par un engagement hyper romantique et un jeu rayonnant qui évacuent la dimension symboliste et incantatoire du premier mouvement, face à un orchestre trop impersonnel. Pour autant sa vitalité et sa virtuosité demeurent exceptionnelles.

Nathan Milstein obtient un équilibre idéal avec le Philharmonia, nouant un dialogue qui exalte l’âpreté et la tendresse du Concerto, quand les sarcasmes du Scherzo crépitent avec une précision horlogère. Mais les premier et troisième mouvements souffrent d’une vision un rien sentimentale.

En s’embarquant avec Lydia Mordkovitch et Neeme Järvi, on est comme suspendu entre deux mondes – l’ancien, romantique, et le moderne, rugueux, menaçant. Après un Andantino rêveur, le Scherzo, pris sur un tempo insensé, semble sortir de l’Ange de feu : le danger guette, c’est infernal ! Hélas le troisième mouvement ne tient pas les promesses des deux autres.

Dès les premières mesures, la prise de parole de David Oïstrakh est phénoménale, celle d’un grand acteur lancé dans une narration vertigineuse ou d’un magicien tirant une à une les surprises de la partition. Le climat sardonique du Scherzo est irrésistible, et le caractère, décidément, est ce qui manque le moins à ce géant, malgré les imperfections du live et un orchestre auquel on pardonnera certains manques.

Comment résister au panache de Vadim Gluzman ? Souveraine, la technique se joue de toutes les embûches, le jeu mélange lyrisme et tension jusqu’à l’insoutenable, on dirait que le Diable en personne se dresse là ; idéalement accompagné par Järvi, Gluzman fait jaillir tout le théâtre de la partition et offre un bain sonore qui nous submerge. Aussi grisant que somptueux.

Palmarès

N°1
Version E

Vadim Gluzman, Estonian National Symphony Orchestra, dir. Neeme Järvi (Bis, 2016)

Vadim Gluzman
Vadim Gluzman, © Bis, 2016

N°2
Version B

David Oïstrakh, Berlin Sinfonie-Orchester, dir. Kurt Sanderling (HM, 1971)

CD Oïstrakh / Sanderling
CD Oïstrakh / Sanderling , © HM, 1971

N°3
Version C

Lydia Mordkovitch, Scottish National Orchestra, dir. Neeme Järvi (Chandos, 1988)

CD Mordkovitch / Järvi
CD Mordkovitch / Järvi, © Chandos, 1988

N°4
Version A

Nathan Milstein, Philharmonia Orchestra, dir. Carlo Maria Giulini (EMI, 1962)

CD Milstein / Giulini
CD Milstein / Giulini , © EMI, 1962

N°5
Version F

Gil Shaham, London Symphony Orchestra, dir. André Previn (DG, 1995)

CD Shaham / LSO / Prévin
CD Shaham / LSO / Prévin, © DG, 1995

N°6
Version D

Julia Fischer, Russian National Orchestra, dir. Yakov Kreizberg (Pentatone, 2004)

CD Fischer / Kreizberg
CD Fischer / Kreizberg , © Pentatone, 2004

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