Quelle est la meilleure version du Concerto pour violon de Jean Sibelius ?

Stéphane Friédérich, Jennifer Lesieur et Philippe Venturini élisent la version de référence du Concerto pour violon de Sibelius.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 14 juin 2015 (ré)écouter

Un violon magnifique ne fait pas tout. Surtout si, d’emblée, tout est dit : où sont le mystère, l’impalpable brouillard sonore d’ouverture ? Gil Shaham souffre aussi d’un orchestre essentiellement accompagnateur : la pâte sibelienne en demande davantage.

Le dialogue s’embourbe à nouveau entre Oistrakh et Rozhdestvensky, avec des insuffisances orchestrales criantes. Si le soliste redouble d’effets, y mettant même une certaine brutalité, le feu couve sous la glace pourtant, avec une douleur intérieure au bord de la rupture.

Avec Christian Ferras, on verse dans le sentimentalisme. Mal aidé par un Philharmonique de Berlin lourd et inexpressif, il livre un second mouvement d’une platitude étonnante et ennuie ferme. Comme si tout souffle avait déserté ce vibrato envahissant.

Altière et pleine de grâce, l’interprétation de Cho-Liang Lin, avec un son chaud et boisé, se garde d’en faire trop. Peut-être cette tenue et cette concentration, soutenues par un orchestre prudent, privent-elles le mouvement final de la folie qu’on y aimerait... Trop sage ?

Le climat brossé par Pekka Kuusisto et Leif Segerstam étreint immédiatement. Puissant, l’orchestre est également fervent, inquiet, en plein accord avec un soliste au jeu ample et virtuose ; et puis, cette pointe d’aspérité donne, dès les premières mesures, l’impression qu’un drame s'apprête à jaillir.

Anne-Sophie Mutter domine haut la main cette écoute. Face aux pupitres de rêve de la Staatskapelle de Dresde, son violon entame une ballade hallucinée, où chaque note glisse avec le sentiment d’inventer la musique au fur et à mesure. Que de nuances ! Le second mouvement parvient à un degré d’élévation aussi intense que le troisième, lui, étourdit, avec un panache et une ivresse emportés par un archet de bout en bout incandescent.

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Palmarès

N°1
Version F
Anne-Sophie Mutter, Staatskapelle de Dresde, dir. André Previn (DG, 1995) N°2
Version B
Pekka Kuusisto, Orchestre Philharmonique d’Helsinki, dir. Leif Segerstam (Ondine, 1996)

N°3
Version D
Cho-Liang Lin, Philharmonia Orchestra, dir. Esa-Pekka Salonen (Sony, 1987)

N°4
Version C
Christian Ferras, Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Herbert von Karajan (DG, 1965)

N°5
Version E
David Oistrakh, Orchestre Symphonique d’URSS, dir. Gennadi Rozhdestvensky (Melodiya, 1965)

N°6
Version A
Gil Shaham, Philharmonia Orchestra, dir. Giuseppe Sinopoli (DG, 1991)

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