Quelle est la meilleure version du Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov ?

Stéphane Friédérich (Pianiste), Elsa Fottorino (Pianiste) et Jean-Charles Hoffelé (Diapason, L’Avant-Scène Opéra) élisent la version de référence du Deuxième Concerto pour piano de Serge Rachmaninov.

Compte rendu de la Tribune des critiques de disques du 10 mai 2015 (écoutez)

C’est la version la plus récente de la sélection, mais le géant polonais ne fera pas long feu : Kristian Zimerman semble non seulement bien seul à son piano, sans aide ni complicité de l’orchestre, mais à force de jeter des idées et de multiplier les surprises, il finit par jouer tout sauf Rachmaninov.

A nouveau, un problème de dichotomie ; voilà qui condamne le fougueux Rafael Orozco, pianiste brillant au toucher fluide, dont la prise de risques est inversement proportionnelle à un orchestre à la peine, débordant de bons sentiments, jouant la main sur le cœur une musique qui n’en demande pas tant.

Les choix de Vladimir Ashkenazy et de Bernard Haitink divisent l’équipe : « c’est un amoureux ! » lance un tribun, enflammé par ces sonorités voluptueuses, ces phrasés gouleyant et des pupitres de toute beauté. Les autres ne partagent pas son enthousiasme, gênés par l’absence d’équilibre entre la phalange et le soliste, au jeu « droit, égal » et trop hédoniste.

Apre bataille pour la seconde place ! Byron Janis, artificier surdoué, cultive un son racé et un sens de la ligne unique, et paraît – tour de force – contenir d’immenses réserves : un équilibre quasi idéal entre incisivité et grand lyrisme… dans une prise de son qui ne cache pas son âge.
Sombre est la vision de Sviatoslav Richter : ses montées dramatiques sont des coulées de lave, et son toucher intense transperce le tissu orchestral, sculptant chaque note de la partition ; avec l’Orchestre de Varsovie, la tension est à son comble, et ce Rachmaninov – trop monolithique et analytique juge un tribun – sera pourtant de ceux qui vous hypnotisent sur place.

Avec Howard Shelley, l’Orchestre National d’Ecosse et Bryden Thomson, c’est la cohérence qui frappe d’emblée : tout chante, s’envole, ruisselle de couleurs, dans une rencontre qui n’est plus ni bataille ni renoncement, mais équilibre étincelant entre un soliste – superlatif – et un orchestre, quelque part entre rigueur et exaltation. Une version à la source du chant et de la confession intime, servie par une prise de son flatteuse ; la version qui l’emporte aussi largement auprès du public.

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Palmarès

Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov N°1
Version C
Howard Shelley, Scottish National Orchestra, dir. Bryden Thomson (Chandos, 1990)

N°2
Version B
Sviatoslav Richter, Orchestre Philharmonique de Varsovie, dir. Stanisław Wisłocki (DG, 1959)

N°3
Version E
Byron Janis, Minneapolis Symphony Orchestra, dir. Antal Dorati (Mercury, 1960)

N°4
Version A
Vladimir Ashkenazy, Concertgebouw Orchestra, dir. Bernard Haitink (Decca, 1984)

N°5
Version F
Rafael Orozco, Royal Philharmonic Orchestra, dir. Edo de Waart (Philips, 1973)

N°6
Version D
Krystian Zimerman, Boston Symphony Orchestra, dir. Seiji Ozawa (DG, 2000) ?