Quelle est la meilleure version du Concerto pour piano "Jeunehomme" de Mozart ?

Elsa Fottorino (Pianiste), Stéphane Friédérich (Pianiste) et Antoine Mignon (Classica) élisent la version de référence du Concerto pour piano n°9 « Jeunehomme » de Wolfgang Amadeus Mozart.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 01 mars 2015

Captés dans une acoustique de cathédrale, Murray Perahia et l’English Chamber Orchestra nous servent un Mozart tout confort : de son piano 3D, l’Américain cultive un jeu fluide, mais dialogue difficilement avec un orchestre qui s’épanche à chaque note. Non, ce Mozart là lorgne décidément trop vers Brahms.

Fort confortable elle-aussi, la lecture d’Alfred Brendel affiche un galbe altier et ne rechigne pas à converser élégamment avec l’orchestre de Marriner. Si seulement il y glissait plus d’impertinence ! Et puis, il manque au second mouvement sa nécessité intérieure ; Brendel comprend plus qu’il n’anime le chant mozartien, et dans un tempo alangui, frise paradoxalement la surcharge émotionnelle.

Depuis son pianoforte, à la tête d’instruments d’époque et du lexique d’ornementations adéquat, Andreas Staier dynamise la phrase mozartienne. Les timbres se frottent, les bois crépitent, tout est plein de vie et de verdeur. Mais une fois de plus, l’Andantino laisse de marbre ; comme si l’intellect – le musicologiquement correct ? – prenait le pas sur l’affect.

Maria Joao Pires offre un jeu tout en finesse, se lance dans une joute espiègle avec les musiciens, et entonne un mouvement lent superbe de mystère, éloquent par ces silences habités, tandis que les cordes graves font battre le cœur de la musique. Magnifique.

Vladimir Ashkenazy, c’est une main de fer dans un gant de velours : le grand instrument romantique épouse les pupitres d’un orchestre en état de grâce. Voici du théâtre, du romantisme ! Cette version symphonique extra-large, dirigée par un maitre mozartien, est d’une vie palpitante.

Mais voilà qu’arrivent Andras Schiff et Sandor Vegh ! L’un souligne les ombres, les reliefs, les pics de lumière… l’autre, libre et spirituel, s’en empare avec plus d’ivresse encore. C’est sobre, humain, déchirant... en un mot, mozartien. Avec les deux précédentes versions à ses trousses, voici à coup sur le Jeunehomme qui s’impose.

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Palmarès

N°1
Version E
Andras Schiff, Orchestre du Mozarteum de Salzbourg, dir. Sandor Vegh (Decca, 1988) N°2
Version F
Vladimir Ashkenazy, London Symphony Orchestra, dir. Istvan Kertesz (Decca, 1966)

N°3
Version B
Maria Joao Pires, Orchestre de la Fondation Gulbenkian, dir. Theodor Guschlbauer (Erato, 1972)

N°4
Version C
Andreas Staier, Concerto Köln (Teldec, 1995)

N°5
Version A
Alfred Brendel, Academy of St. Martin-in-the-Fields, dir. Neville Marriner (Philips, 1978)

N°6
Version D
Murray Perahia, English Chamber Orchestra (Sony, 1976)

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