Quelle est la meilleure version du Concerto n°1 de Franz Liszt ?

Sylvain Fort, Elsa Fottorino et Stéphane Friédérich élisent la version de référence du Premier Concerto pour piano de Franz Liszt.

Quelle est la meilleure version du Concerto n°1 de Franz Liszt ?
Autograph, Franz Liszt after a painting of 1856, by Wilhelm von Kaulbach ©DR

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Compte-rendu

Une version de palace ? Un luxe absolu, c’est indéniable. Lang Lang se livre à une démonstration de piano époustouflante, avec à son service une Philharmonie de Vienne en majesté. Mais derrière ce brio, que d’œillades et d’effets calculés ! Non ! Le jeu de Krystian Zimerman, aidé par un orchestre opulent mais grave, impose une tenue, une hauteur de vue qui donne au Concerto une dimension contemplative bien sérieuse ; on notera aussi quelques duretés dans le son. Et puis… ne s’ennuierait-on pas un peu ?

Avec Martha Argerich et Claudio Abbado, on voyage : incessamment, urgemment, sans répit, et vous êtes priés de vous accrocher. Les paysages défilent, on les dévore si vite que la coulée lisztienne souffrira de morcellement. Pourtant la complicité et l’écoute de ces deux-là est enivrante, et la virtuosité de Martha démoniaque.

La tension, le drame, le chant : le triangle lisztien est mis en œuvre avec aristocratie par Alfred Brendel, qui distille son art avec une rare musicalité : dans le dernier mouvement, nous sommes conviés à un bal viennois ! Cette lecture équilibrée, profonde et pénétrante, est à peine écornée par un orchestre qui s’épanche un peu trop généreusement.

« Qui m’aime me suive » : voilà le slogan de Byron Janis, lancé dans un jeu trépidant dont la seule loi est l’ivresse sonore. Pourtant, si on se grise, rien n’est pesé ou calculé : c’est le grand spectacle, la bataille épique, le brio majuscule… bref, le plaisir de Liszt à l’état pur, flanqué d’un orchestre puissant.

Le merveilleux Samson François éblouit de bout en bout : des doigts de magiciens, des couleurs miroitant à l’infini, un mélange de fragilité et d’ardeur révoltée qui dit la liberté de l’artiste face au texte, pourtant scrupuleusement respecté. Du panache, du drame, de l’épopée, un dialogue constant avec l’orchestre : l’état de grâce et rien d’autre.

Palmarès

N°1
Version D

Samson François, Philharmonia Orchestra, dir. Constantin Silvestri (EMI, 1960) N°2
Version F

Byron Janis, Orchestre Philharmonique de Moscou, dir. Kirill Kondrachine (Brilliant, 1961)

N°3
Version A

Alfred Brendel, London Philharmonic Ochestra, dir. Bernard Haitink (Philips, 1972)

N°4
Version B

Martha Argerich, London Symphony Orchestra, dir. Claudio Abbado (DG, 1968)

N°5
Version E

Krystian Zimerman, Boston Symphony Orchestra, dir. Seiji Ozawa (DG, 1987)

N°6
Version C

Lang Lang, Orchestre Philharmonique de Vienne, dir. Valery Gergiev (Sony, 2011)

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