Quelle est la meilleure version du 2e Concerto pour piano de Frédéric Chopin?

Jérôme Bastianelli, Piotr Kaminski et Aurélie Moreau élisent la version de référence du Concerto pour piano n°2 de Frédéric Chopin.

Quelle est la meilleure version du 2e Concerto pour piano de Frédéric Chopin?
Portrait de Frédéric chopin (détail), aquarelle de Maria Wodzinska (Musée Fryderika Chopina de Varsovie), © Getty / photo DeAgostini

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du dimanche 7 janvier 2018

participez:

►Votez ci-dessous pour votre version préférée
Laissez un commentaire et tentez de gagner le disque France Musique de la semaine.

compte-rendu:

Ca ne passe pas du tout : l’Orchestre de Chicago semble épaissir à chaque mesure, et dans son opulence ronronnante, n’a rien à raconter. La star Ivo Pogorelich manifeste la même indifférence au texte que Claudio Abbado au podium. Décidément rien ne va !

Que se passe-t-il pour que Krystian Zimerman, pianiste et chef, suscite pareille passion ? D’un côté, on y entend l’évidence de l’écriture de Chopin, magnifiée comme nulle part ailleurs, de l’autre un théâtre surjoué et un déluge de poses chichiteuses, qui n’offrent qu’une vision caricaturale de sa musique. Âpres discussions.

Le mythique Arthur Rubinstein devait se sentir un peu seul à son piano, face à un orchestre grinçant, franchement limité d’un point de vue technique – quels bois vilains ! Mais le pianiste, princier, chante avec naturel et simplicité. Et tant pis si on lui trouve le souffle un peu court dans le mouvement lent.

Voici un tandem qui s’accorde d’abord avec difficulté ; d’un côté une phalange flamboyante (New York) poussée par un chef un peu tout d’une pièce (Thomas Schippers), de l’autre un artiste qui nous livre un Chopin libre, lyrique, inventif, jeu félin et doigts de feu : un André Watts stupéfiant. On adhère finalement à l’ensemble.

Chef et pianiste avancent dans la même direction et brossent un Concerto plein de sève, généreux, romantique à souhait. Martha Argerich s’amuse comme une folle, s’épanche sans pudeur dans le Larghetto, sous l’œil complice de Charles Dutoit. Mais peut-être ne tirent-ils pas tout le meilleur du finale.

Ah, ces trilles aux vibrations impalpables… cette élégance, ce chant jaillissant de la pulpe des doigts, serti d’un legato sans couture et d’un rubato constamment maîtrisé. Maria João Pires donne la version la plus équilibrée du Concerto, claire, classique, brillante et toujours honnête. Le Royal Philharmonic Orchestra donne des ailes à l’ensemble, André Previn rendant toute sa saveur et son esprit échevelé à la musique du jeune Chopin.

palmarès:

N°1
Version D

Maria João Pires, Royal Philharmonic Orchestra, dir. André Previn (DG, 1992)

Concerto pour piano n°2 de Chopin par Maria Joao Pires
Concerto pour piano n°2 de Chopin par Maria Joao Pires, © CD DG

N°2
Version E

Martha Argerich, Orchestre symphonique de Montréal, dir. Charles Dutoit (Warner, 1998)

Concerto pour piano n°2 de Chopin par Martha Argerich
Concerto pour piano n°2 de Chopin par Martha Argerich, © CD Warner

N°3
Version F

André Watts, New York Philharmonic, dir. Thomas Schippers (Sony, 1965)

Concerto pour piano n°2 de Chopin par André Watts
Concerto pour piano n°2 de Chopin par André Watts, © CD Sony

N°4
Version B

Arthur Rubinstein, Symphony of the Air, dir. Alfred Wallenstein (RCA, 1958)

Concerto pour piano n°2 de Chopin par Arthur Rubinstein
Concerto pour piano n°2 de Chopin par Arthur Rubinstein, © CD RCA

N°5
Version C

Krystian Zimerman, Polish Festival Orchestra (DG, 1999)

Concerto pour piano n°2 de Chopin par Krystian Zimerman
Concerto pour piano n°2 de Chopin par Krystian Zimerman, © CD DG

N°6
Version A

Ivo Pogorelich, Chicago Symphony Orchestra, dir. Claudio Abbado (DG, 1983)

Concerto pour piano n°2 de Chopin par Ivo Pogorelich
Concerto pour piano n°2 de Chopin par Ivo Pogorelich, © CD DG