Quelle est la meilleure version des Tableaux d'une exposition de Modeste Moussorgski ?

Elsa Fottorino, Jérôme Bastianelli et Christian Merlin élisent la version de référence des Tableaux d'une exposition de Modeste Moussorgski.

Quelle est la meilleure version des Tableaux d'une exposition de Modeste Moussorgski ?
Modeste Moussorgski, peinture d'Ilia Répine (détail) - DP

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 08 janvier 2017

Participez

Votez pour votre version préférée et envoyez-nous vos commentaires pour tenter de gagner des disques.

Seuls ont été pris en compte les enregistrements des 40 dernières années.

Compte-rendu :

Une Promenade linéaire et un Gnomus qui laisse de marbre : de son piano dur et monochrome, Fazil Say livre une version sans enjeu, plus lue qu’interprétée. On déchante vite.

D’emblée, chacun est séduit par la fluidité de ton de Yakov Kasman. Mais cette manière d’accentuer systématiquement les contrastes vire à la démonstration… Et puis, ce Gnomus vous inquiète-t-il vraiment ?

Les Tableaux d’une exposition de Nicolas Economou cherchent à capter l’attention avec trop d’artifices : malgré un usage malicieux des silences, gage de vraies surprises, on se lasse de ce jeu où les trucs et les ficelles apparaissent trop grossièrement.

Quel théâtre ! Quel orchestre rugit dans ce piano ravageur, plein de sève et de caractère, servi par des doigts d’acier ! L’imagination est au pouvoir, la dimension picturale atteint son paroxysme. Tellement même qu’on se demande si Evgeny Kissin n’en fait pas un peu trop.

Il y a dans le Moussorgski de Brigitte Engerer une fluidité et un naturel merveilleux. Jamais l’artiste ne cherche à en faire trop, peignant chaque Tableau avec imagination mais sobriété, toujours soucieuse d’équilibre. Grâce à ce sens de la narration, Baba Yaga et la Grande Porte de Kiev tapent dans le mille.

Ce n’est pas une lecture consensuelle des Tableaux que propose Ivo Pogorelich, dont le toucher fascine critiques et public. Sur un tempo assez lent, Pogo détaille des reliefs et des contrechants sidérants (quelle mélancolie dans Samuel Goldenberg) et maitrise un art des tensions qui ne fait que croitre jusqu’au final. Ampleur, majesté, noirceur aussi, tout cela se coule dans un discours d’une grande clarté, d’où jaillissent mille couleurs.

Palmarès :

N°1
Version E

Ivo Pogorelich (DG, 1995)

Tableaux d'une exposition par Ivo Pogorelich
Tableaux d'une exposition par Ivo Pogorelich, © DG

N°2
Version B

Brigitte Engerer (HM, 1987)

Tableaux d'une exposition par Brigitte Engerer
Tableaux d'une exposition par Brigitte Engerer, © HM

N°3
Version C

Evgeny Kissin (RCA, 2001)

Tableaux d'une exposition par Evgeny Kissin
Tableaux d'une exposition par Evgeny Kissin, © RCA

N°4
Version D

Nicolas Economou (Suoni e Colori, 1983)

Tableaux d'une exposition par Nicolas Economou
Tableaux d'une exposition par Nicolas Economou, © Suonie e Colori

N°5
Version A

Yakov Kasman (Calliope, 1994)

Tableaux d'une exposition par Yakov Kasman
Tableaux d'une exposition par Yakov Kasman, © Calliope

N°6
Version F

Fazil Say (Naïve, 2011)

Tableaux d'une exposition par Fazil Say
Tableaux d'une exposition par Fazil Say, © Naïve

Sur le même thème :