Quelle est la meilleure version des Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss ?

Emmanuelle Giuliani, Christian Merlin et Eric Taver élisent la version de référence des Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss.

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Compte-rendu

L’unanimité sera difficile. Même si tout le monde convient que la version – légendaire – de Janowitz et Karajan a quelque peu vieilli. Oh bien sûr c’est un festival de beau son ! Mais l’accompagnement étale et la manière dont la soprano s’abîme dans cet océan orchestral brouillent la ligne et se perdent dans des horizons émollients. Renée Fleming, straussienne crooneuse ? Etrange impression. Si la voix semble ça et là au bord de l’évanouissement, elle s’en tire par mille artifices, souvent à la limite de l’affectation. Thielemann et les Munichois, emportés dans des torrents de sensualité, frôlent le too much.

L’éloquence de Soile Isokoski, la liquidité du timbre et le brillant des aigus se jouent des moindres embûches, laissant respirer les mots avec naturel. D’un geste ferme et enlevé, Janowski couve sa chanteuse et fait scintiller l’orchestre straussien. Et pourtant manque l’impalpable étincelle qui mettrait le feu à l’ensemble...

Klaus Tennstedt et Lucia Popp choisissent une esthétique très démonstrative où le son, dense et dramatique, nous fait respirer des vapeurs opiacées. Mais derrière ces lenteurs assumées, la scène d’opéra est assez uniforme, qui chante le crépuscule alors que le printemps est à peine éclos… Quelle extase sonore toutefois !

Classe, naturel et humanité : Kiri Te Kanawa frise l’idéal, et si les liens ont quelque mal à se tisser avec un London Symphony Orchestra comme en retrait (que le solo de violon de Beim Schlafengehen est banal!), le timbre fruité, fondant sait exalter chaque poème et faire vivre les mots dans un irrésistible demi-sourire, glissant avec art de la joie au regret.

Une déesse de la mythologie, la naissance de l’aurore : les épithètes redoublent pour qualifier Jessye Norman, voix aux résonnances inépuisables et au legato de miel, grande prêtresse qui profère son Strauss du haut de l’Olympe. A la tête d’un Gewandhaus marmoréen, Kurt Masur se hisse à son niveau sans chercher à rivaliser : c’est d’une grandeur, d’une solennité et d’un abandon imparables, nocturne et crépusculaire, magique au sens le plus noble du terme…

Palmarès

N°1
Version E

Jessye Norman, Gewandhaus de Leipzig, dir. Kurt Masur (Philips, 1982) N°2
Version A

Kiri Te Kanawa, London Symphony Orchestra, dir. Andrew Davis (CBS, 1977)

N°3
Version B

Lucia Popp, London Philharmonic Orchestra, dir. Klaus Tennstedt (EMI, 1982)

N°4
Version C

Soile Isokoski, Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, dir. Marek Janowski (Ondine, 2001)

N°5
Version F

Renée Fleming, Orchestre Philharmonique de Munich, dir. Christian Thielemann (Decca, 2008)

N°6
Version D

Gundula Janowitz, Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Herbert von Karajan (DG, 1974)

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