Quelle est la meilleure version des Préludes de Rachmaninov ?

Emmanuelle Giuliani, Sarah Léon et Aurélie Moreau élisent la version de référence des Préludes op.3 n°2, op. 23 n°4 et 5 de Rachmaninov.

Quelle est la meilleure version des Préludes de Rachmaninov ?
Sergeï Rachmaninov (détail), © Library of Congress - DP

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 29 avril 2018.

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compte-rendu:

Le Rachmaninov de Boris Berezovsky manque de cohérence et de vision à grande échelle : décousus, ses Préludes se traînent et n’offrent pas l’émotion qu’on y attend. Décevant.

Après un Prélude op. 3 n°2 généreux quoiqu’un peu statique, Dmitri Alexeev peine, dans le cantabile du Prélude n°4 à s’abandonner et (nous) charmer : comme si, en entrant trop vite dans le vif du sujet, les vagues et les sinuosités de la musique ne progressaient plus.

Howard Shelley prend son temps, laisse décanter les résonnances du Prélude op. 3 n°2 en noyant ses harmonies dans un halo sonore, puis révèle soudain une virtuosité étincelante. Idem dans le Quatrième, qui erre longuement avant d’atteindre un climax envoûtant. Une version tout de même bien étrange.

D’emblée, les Préludes de Nikolaï Lugansky sont ébouriffants de mystère, de densité sonore, de fluidité dans les déplacements des graves à l’aigu. Quelle joie de jouer ! On pourrait espérer ça et là plus d’élégance, mais la manière de doser les dynamiques est admirable, avec un Quatrième au lyrisme contenu. Tant pis si le Cinquième laisse un peu sur sa faim.

Un piano ? Un orchestre, oui ! Vladimir Ashkenazy fait flamber Rachmaninov : le ton est entier, engagé, théâtral, et une vraie déferlante secoue l’agitato du Préludeop. 3 n°2. Quelle hauteur de vue ! Après un chant d’une insondable mélancolie dans le Quatrième, la marche du Cinquième est brillante, grinçante, furieuse dans son désespoir. 

Sous les doigts d’Alexis Weissenberg, les premiers accords du Prélude op.3 n°2 résonnent tels un glas : c’est d’un souffle épique et d’un gigantisme absolu ; on admire la manière dont l’artiste semble encore sculpter ses graves d’airain une fois l’accord lâché. L’élégie est déchirante, ultra-romantique, et la marche du Cinquième, stravinskienne, percussive, emporte tout sur son passage, âpre et tendue à souhait. Une vision fulgurante et ravageuse des Préludes de Rachmaninov, indémodable cinquante ans après leur enregistrement.

palmarès:

N°1   Version D
Alexis Weissenberg (RCA, 1968)

Préludes de Rachmaninov par Alexis Weissenberg
Préludes de Rachmaninov par Alexis Weissenberg, © CD RCA

N°2   Version C
Vladimir Ashkenazy (Decca, 1974)

Préludes de Rachmaninov par Vladimir Ashkenazy
Préludes de Rachmaninov par Vladimir Ashkenazy, © CD Decca

N°3   Version B
Nikolaï Lugansky (HM, 2017)

Préludes de Rachmaninov par Nikolaï Lugansky
Préludes de Rachmaninov par Nikolaï Lugansky, © CD Harmonia Mundi

N°4   Version F
Howard Shelley (Hyperion, 1982)

Préludes de Rachmaninov par Howard Shelley
Préludes de Rachmaninov par Howard Shelley, © CD Hyperion

N°5   Version A
Dmitri Alexeev (Erato, 1989)

Préludes de Rachmaninov par Dmitri Alexeev
Préludes de Rachmaninov par Dmitri Alexeev, © CD Erato

N°6   Version E
Boris Berezovsky (Mirare, 2004)

Préludes de Rachmaninov par Boris Berezovsky
Préludes de Rachmaninov par Boris Berezovsky, © Cd Mirare