Quelle est la meilleure version des Interludes Marins de Britten ?

Les critiques de la Tribunes du jour : Bertrand Dermoncourt, Emmanuelle Giuliani et Christian Merlin élisent à l'aveugle leur version préférée des Interludes Marins, extrait de Peter Grimes de Benjamin Britten.

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Compte-rendu

La mondialisation avant l’heure ? Carlo Maria Giulini délocalise le petit port du Suffolk à Hollywood, dans un monde en technicolor, avec un son explosif et des contrastes exacerbés. C’est efficace mais manque hélas d’intériorité et de simplicité. La pointe d’acidité dans les cordes aiguës et ces infimes approximations donnent du cachet à la version de Leonard Bernstein, qui s’engage sans trop en faire. On aimerait entendre quand même plus d’épaisseur et de mystère.

André Previn creuse le son, cisèle les phrasés… et arrondit les angles. Bien qu’un peu lourd, le London Symphony Orchestra est un instrument de grande classe, qui ne s’attarde pas trop sur le drame et les aspérités glissées par Britten dans ces marines angoissantes. Un monde trop confortable, en somme.

Difficile de départager le trio de tête ! Richard Hickox insuffle trouble et mystère à l’Aube initiale, à laquelle des accélérations subites confèrent une nervosité dangereuse. L’exceptionnelle prise de son exalte ce chatoiement de timbres, où la richesse s’impose un peu au détriment du climat général. Quel accomplissement tout de même !

Comment ne pas déceler derrière la robe orchestrale qui miroite à l’infini des tâches d’inquiétude, des bouffées noires de menace ? Tranchante, la battue d’Edward Garner est un hymne au théâtre : voici Peter Grimes qui hurle, la mer qui nous submerge, l’horreur du drame qui s’abat. On frôle la perfection… même si la Tempête finale n’a pas l’impact des trois premiers tableaux.

A la tête du London Philharmonic, et dans une optique assez chambriste, Leonard Slatkin charrie un malaise tenace tout au long des quatre pages, une Aube murmurée, un Dimanche matin au sourire grinçant, un Clair de Lune où les nuages s’amoncellent dangereusement, pour éclater dans une Tempête de sinistre présage. Un choc.

Palmarès

N°1
Version F

London Philharmonic, dir. Leonard Slatkin (RCA, 1990)

Britten-F
Britten-F

N°2 ex-aequo
Version C

BBC Philharmonic, dir. Edward Gardner (Chandos, 2010)

Britten-C
Britten-C

N°2 ex-aequo
Version D

Bournemouth Symphony Orchestra, dir. Richard Hickox (Chandos, 1993)

Britten-D
Britten-D

N°4
Version A

London Symphony Orchestra, dir. André Previn (EMI, 1976)

Britten A
Britten A

N°5
Version B

New York Philharmonic, dir. Leonard Bernstein (Sony, 1973)

Britten B
Britten B

N°6
Version E

Philharmonia Orchestra, dir. Carlo Maria Giulini (EMI, 1962)

Britten E
Britten E

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