Quelle est la meilleure version des Gnossiennes de Satie ?

Bertrand Dermoncourt (Classica), Elsa Fottorino (Pianiste) et Christian Merlin (Le Figaro) élisent la version de référence des Gnossiennes d’Erik Satie.

Compte-rendu de La Tribune des critiques de disques du 22 février 2015

Croire en Satie est bien la moindre des choses lorsqu’on s’attaque à ses énigmes : Anne Queffélec donne des Gnossiennes comme improvisées, avec des tempi qui fluctuent en permanence ; elle y semble surtout égarée, abusant d’effets, de rubato et de minauderies. La prise de son caverneuse n’aide pas.

Sitôt lancé, Alexandre Tharaud parait déjà pressé d’en finir : non seulement il expédie la Cinquième Gnossienne sans une once d’ironie mais il s’y montre répétitif, plat et ennuyeux. Grosse déception.

Ce piano qui ferraille, ces manières un peu vilaines, un peu abruptes qui tirent les pièces vers le caf’conc’, n’est-ce-pas là tout le charme d’Esoterik Satie ? Daniel Varsano l’a bien vu, qui nous murmure des mots doux, piquants, et nous interroge avec pudeur au détour d’un accord : oui, quelques accents heurtent ça et là, mais voici un voyage très personnel.

Les Gnossiennes de France Clidat galopent chez Toulouse-Lautrec. Madame ose la gouaille, les contrastes, la désinvolture. Et c’est d’un chic fou. Que d’humeurs ! Un Satie vif, cru, tendre, provoquant, théâtral à souhait. Qu’on réédite cette version au plus vite !

Jean-Yves Thibaudet explore un autre versant de l’univers de Satie : la contemplation, le soliloque hypnotique, la douceur ouatée, l’onctuosité crémeuse d’un piano qui nous tire vers le rêve. Le tout avec une régularité implacable, une lenteur et une langueur constamment habitées.

Aldo Ciccolini, dans un mélange de sérieux et de distanciation, offre un Satie accompli, plein, juste, joignant le grand geste à une myriade de détails. Avec quelle poésie, quelle fluidité, quelle clarté sonore ce maitre aux doigts d’acier se livre dans les Gnossiennes ! Une leçon d’élégance et de (re)tenue, magnifiant « la scrupuleuse minutie et l’abandon de l’amour » chers à Poulenc. L’évidence et rien d’autre.

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Palmarès

N°1
Version A
Aldo Ciccolini (EMI, 1983) N°2
Version E
Jean-Yves Thibaudet (Decca, 2001)

N°3
Version F
France Clidat (Forlane, 1982)

N°4
Version D
Daniel Varsano (Sony, 1979)

N°5
Version B
Alexandre Tharaud (Harmonia Mundi, 2008)

N°6
Version C
Anne Queffélec (Erato, 1990)

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