Quelle est la meilleure version des Chichester Psalms de Bernstein ?

Chantal Cazaux, Emmanuelle Giuliani et Jean-Charles Hoffelé élisent la version de référence des Chichester Psalms de Leonard Bernstein.

Quelle est la meilleure version des Chichester Psalms de Bernstein ?
Leonard Bernstein, © Getty / Jack Mitchell

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 17 juin 2018.

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compte-rendu:

Mou, anodin, puis tout à coup précipité et boulé… On ne garde pas grand-chose du Bernstein cafouilleux de Yutaka Sado.

L’entrée en matière aiguise l’appétit, et le premier mouvement, spectaculaire à défaut d’être fervent, scintille. Toutefois Marin Alsop et ses forces de Bournemouth envisagent les Chichester Psalms sous un angle trop lisse ; on ne tarde pas à s’ennuyer.

Dans sa première version, Leonard Bernstein tire ses Psaumes vers le théâtre populaire yiddish. Mais est-ce la prise de son qui pare la musique d’un brin d’agressivité? C’est aussi le geste très dramatique et opératique du chef, auquel ne répondent pas toujours les Camerata Singers et le New York Philharmonic, aux dynamiques restreintes. Par ailleurs, la voix d’alto, déjà très adulte, de John Bogart, fait débat.

Voici des Chichester Psalms d’une furie acerbe et guerrière : le premier mouvement, constamment pulsé, inquiète, d’autant que le chœur fait montre d’une éloquence impressionnante, en accord avec un orchestre coupant. Richard Hickox mène un Bernstein sans concession, poussant à son paroxysme le second mouvement, lame de fond d’où s’échappe, séraphique, le timbre d’Aled Jones.

Le très virtuose Orchestre philharmonique d’Israël fourmille de plans sonores. Leonard Bernstein prend quelques libertés avec sa partition, s’aventure dans des psaumes mahlériens, exaltés, d’un romantisme tourmenté : c’est puissant, vécu de l’intérieur, sans doute excessif… mais assez contagieux dans sa recherche de la transe.

Ce qu’on aime d’emblée dans la vision de Gerard Schwarz, c’est sa puissance, sa logique interne, sa liberté jubilatoire. Les trois tableaux sont saisissants : flot et ferveur d’un premier mouvement irrésistiblement jazzy, fragilité bouleversante du boy soprano du II avant la gifle du tutti, lave en fusion du dernier mouvement, qui porte en lui tout le lait de la tendresse humaine. Inattendu et magnifique.

palmarès:

N°1
Version B

Michael Small, Chœur et Orchestre du Royal Liverpool Philharmonic, dir. Gerard Schwarz (Naxos, 2002)

Chichester Psalms de Bernstein par Gerard Schwarz
Chichester Psalms de Bernstein par Gerard Schwarz, © CD Naxos

N°2
Version D

Petits chanteurs de Vienne, Orchestre philharmonique d’Israël, dir. Leonard Bernstein (DG, 1977)

Chichester Psalms de Bernstein par Leonard Bernstein
Chichester Psalms de Bernstein par Leonard Bernstein, © CD DG

N°3
Version E

Aled Jones, London Symphony Chorus, Royal Philharmonic Orchestra, dir. Richard Hickox (ASV, 1986)

Chichester Psalms de Bernstein par Richard Hickox
Chichester Psalms de Bernstein par Richard Hickox, © CD ASV

N°4
Version C

John Bogart, The Camerata Singers, New York Philharmonic, dir. Leonard Bernstein (Sony, 1965)

Chichester Psalms de Bernstein par Leonard Bernstein
Chichester Psalms de Bernstein par Leonard Bernstein, © CD Sony

N°5
Version A

Thomas Kelly, Chœur et Orchestre symphonique de Bournemouth, dir. Marin Alsop (Naxos, 20006)

Chichester Psalms de Bernstein par Marin Alsop
Chichester Psalms de Bernstein par Marin Alsop, © CD Naxos

N°6
Version F

Joseph Mills, Chœur et Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Yutaka Sado (Erato, 1998)

Chichester Psalms de Bernstein par Yutaka Sado
Chichester Psalms de Bernstein par Yutaka Sado, © CD Erato