Quelle est la meilleure version des 12 Etudes op.10 de Frédéric Chopin ?

Aurélie Moreau, Elsa Fottorino et Alain Lompech élisent la version de référence des 12 Etudes op.10 de Frédéric Chopin.

Quelle est la meilleure version des 12 Etudes op.10 de Frédéric Chopin ?
Frédéric Chopin, © Wodzinska (1835)

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du 09 avril 2017.

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Compte-rendu

Seuls les enregistrements des vingt dernières années ont été pris en compte.

La technique est là, solide, explosive, mais les Etudes défilent indifféremment, linéaires et un brin scolaires : Lukas Geniušas manque d’imagination, on attend autre chose qu’un brillant exercice !

La prudence est de mise dans le Chopin de Jan Lisiecki, en particulier dans une Deuxième Etude lourde et métronomique. Tristesse souffre d’un jeu sec et disgracieux qui, au final, n’émeut ni n’impressionne.

Un chanteur, un coloriste, un virtuose, doté d’aigus cristallins et de graves bien charpentés : Murray Perahia se joue de toutes les embûches et se lance dans une Quatrième Etude folle et débridée, d’une jubilation contagieuse. Mais la vision d’ensemble n’est-elle pas trop univoque ? Comme si l’exploit technique instaurait une distance tenace.

Tout de fluidité, le piano de Nelson Goerner atteint un savant point d’équilibre. La Première Etude s’envole, sur des basses subtilement graduées, et si les chromatismes de la Deuxième se noient un peu dans la pédale, Tristesse, à la sonorité irisée et d’une superbe longueur de chant, déploie pudeur et naturel. Plus confuse, la Révolutionnaire n’emporte pas l’adhésion. Mais ce live est décidément impressionnant !

Les Etudes de Nelson Freire divisent l’équipe : d’un côté on loue l’intelligence du texte, la souplesse du jeu, son engagement farouche, des doigts qui semblent improviser et réinventer le texte (une Tristesse à fleur de peau), de l’autre on déplore un propos flou, un manque de relief et de dynamiques que quelques imperfections techniques accentuent.

Voici la version qui met tout le monde d’accord. Non seulement Nikolai Lugansky fait montre de moyens digitaux superlatifs, traversant les Etudes avec fougue et sur des tempi phénoménaux, mais cette virtuosité démoniaque transforme chaque Etude en poème ou en voyage intérieur : quel sens de la narration ! Le public vote Lugasnky à une très large majorité. Et vous ?

Palmarès

N°1
Version E

Nikolai Lugansky (Erato, 1999)

Etudes de Chopin par Nikolai Lugansky
Etudes de Chopin par Nikolai Lugansky, © CD Erato

N°2
Version A

Nelson Freire (Decca, 2004)

Etudes de Chopin par Nelson Freire
Etudes de Chopin par Nelson Freire, © CD DECCA

N°3
Version D

Nelson Goerner (Wigmore Hall Live, 2009)

Etudes de Chopin par Nelson Goerner
Etudes de Chopin par Nelson Goerner, © CD Wigmore Hall Live

N°4
Version C

Murray Perahia (Sony, 2001)

Etudes de Chopin par Murray Perahia
Etudes de Chopin par Murray Perahia, © CD Sony

N°5
Version F

Jan Lisiecki (DG, 2013)

Etudes de Chopin par Jan Lisiecki
Etudes de Chopin par Jan Lisiecki, © CD DG

N°6
Version B

Lukas Geniušas (Dux, 2011)

Etudes de Chopin par Lukas Geniusas
Etudes de Chopin par Lukas Geniusas, © CD Dux