Quelle est la meilleure version de Lucia di Lammermoor de Donizetti ?

Chantal Cazaux, Emmanuel Dupuy et Piotr Kaminski élisent la version de référence de Lucia di Lammermoor de Donizetti.

Quelle est la meilleure version de Lucia di Lammermoor de Donizetti ?
visuel tribune donizetti

(Ré)écoutez l'émission : la Tribune des critiques de disques du dimanche 18 septembre 2016

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Compte rendu

Seuls ont été pris en compte les enregistrements des 50 dernières années.

Le chant deDiana Damrau est précis, intelligent, sa diction impeccable, et la musicienne connait de très heureux moments. D’où vient alors que l’émotion passe mal ? Et que le personnage, malgré de réelles intentions expressives, paraisse neutre ? La Lucia d’Anna Netrebko divise. Même ceux qui lui reprochent un trille flou et un manque de grave entendent une héroïne touchante, intériorisée, respectueuse du texte. L’autre camp la rejette en bloc : pas de style, pas d’expression, un chant mort ! Mariusz Kwiecień force ses moyens en Enrico, et Piotr Beczała, en dépit de quelques sanglots, émeut dans la romance d’Edgardo.

Face à Natalie Dessay, le même Beczała, en studio, semblera corseté, face au baryton Vladislav Sulimsky qui affirme bien le ton rogue du personnage. Mais tous les regards sont tournés vers Dessay, qui compense un médium et des graves inexistants par un instinct et une intelligence du texte hors pairs. Est-elle pour autant la Lucia rêvée ? Peut-être manque-t-il l’image.

Pas besoin d’image pour admirer les suraigus et les variations délirantes de Beverly Sills, qui orne à n’en plus finir, y compris dans les moments dramatiques où c’est le moins nécessaire. Pareils effets finiraient-ils par diluer l’essence tragique du personnage ? Il y a débat. Piero Cappuccilli est sobre, et Carlo Bergonzi, princier, peine quand même à fendre la carapace. Mais quelle classe et quel style ! Trois grandes voix pour une version en technicolor du drame de Donizetti.

Voilà une belle occasion de réévaluer la lecture théâtrale et engagée de Ion Marin, servie par un trio splendide. Plácido Domingo ? Certains trouvent qu’il taille trop large. Mais le métal du timbre et la fièvre de l’accent sont irrésistibles – tout comme l’Enrico noir et vipérin de Juan Pons. Cheryl Studer trouve d’emblée le ton juste, styliste qui anime, pense et colore chaque mot : soyeux de la voix, délicatesse du phrasé, égalité de l’émission, on en redemande ! Avec une cadence à rebours des traditions, la scène de la folie est reçue diversement.

La beauté du timbre, sa longueur, et la virtuosité quasi inhumaine de Joan Sutherland laissent pantois : rien ne semble pouvoir rivaliser avec cette incarnation définitive. A cette héroïne, Luciano Pavarotti apporte un chant solaire, des aigus rayonnants et un style belcantiste parfait – admirablement secondé par le baryton insolent de Sherrill Milnes et la direction alerte de Richard Bonynge. La grande version de l’après-Callas reste décidément indémodable. Et pour vous ?

Palmarès

Lucia di Lammermoor de Donizetti

N°1
Version E
Joan Sutherland, Luciano Pavarotti, Sherrill Milnes, Orchestre du Covent Garden de Londres, dir. Richard Bonynge (Decca, 1972)

N°2
Version D
Cheryl Studer, Plácido Domingo, Juan Pons, Orchestre Symphonique de Londres, dir. Ion Marin (DG, 1990) N°3
Version B

Beverly Sills, Carlo Bergonzi, Piero Cappuccilli, Orchestre Symphonique de Londres, dir. Thomas Schippers (Westminster, 1970)

N°4
Version F
Natalie Dessay, Piotr Beczała, Vladislav Sulimsky, Orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, dir. Valery Gergiev (Mariinksy, 2010)

N°5
Version C
Anna Netrebko, Piotr Beczała, Mariusz Kwiecen, Orchestre du Metropolitan Opera de New York, dir. Marco Armiliato (DVD DG, 2009)

N°6
Version A
Diana Damrau, Joseph Calleja, Ludovic Tézier, Orchestre de l’Opéra de Munich, dir. Jesús López-Cobos (Erato, 2013)

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