Quelle est la meilleure version de la Tragédie de Salomé, de Florent Schmitt ?

Séverine Garnier, Emmanuelle Giuliani et Christian Merlin élisent la version de référence de la Tragédie de Salomé de Florent Schmitt.

Quelle est la meilleure version de la Tragédie de Salomé, de Florent Schmitt ?
Salomé tatouée (Salomé dansant devant Hérode - détail), © Gustave Moreau / DR

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du dimanche 29 octobre 2017

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compte-rendu:

Le climat de serres chaudes et la veine très orientalisante frôlent ici la caricature. Et puis, les timbres ne sont pas de toute première séduction. De plus, Jean Martinon offre une lecture trop séquentielle du poème de Florent Schmitt.

Des tutti flous, des solos ternes, un manque patent de caractère et de personnalité : Marek Janowski livre une lecture linéaire et prosaïque. Dans ce discours qui s’effiloche, toute magie orchestrale semble évacuée.

Dès le lever de rideau, une certaine langueur s’empare des musiciens, qui vire à la lenteur émolliente, tandis que l’unité orchestrale se fait au détriment de la clarté et du drame : Yan Pascal Tortelier ne propose rien d’autre qu’une version standardisée.

Les avis divergent au sujet de la Tragédie de Salomé de Thierry Fischer, tenue d’une main de fer. Tout en soulignant le modernisme de la partition, le chef met du sarcasme et de la violence dans la Danse des perles, mais les Enchantements sur la mer versent dans un orientalisme de pacotille ; d’autant que l’Orchestre de la BBC du Pays de Galles n’est pas une phalange spécialement exaltante.

Un Prélude ténébreux, une dimension quasi métaphysique, portée par un orchestre de la SWR de premier ordre : le geste incisif et autoritaire de Sylvain Cambreling ne relâche jamais la tension, qui donne une vision uniment noire et dramatique de la partition, jusque dans les moments qui mériteraient peut-être plus de lumière et de sensualité.

Dans un son étincelant, Paul Paray exalte les parures de la musique de Schmitt, avec un métier d’orfèvre et une imagination sans fin. Après un Prélude aux teintes moirées, la Danse des perles est espiègle, menaçante, irisée de teintes opalescentes, qui s’enchaîne sur des Enchantements sur la mer gorgés de couleurs et une Danse des éclairs dionysiaque ; quel sens du récit ! Voilà la lecture qui s’impose pour (re)découvrir ce chef-d’œuvre bien trop rare.

palmarès:

N°1
Version A

Orchestre symphonique de Detroit, dir. Paul Paray (Mercury, 1958)

La Tragédie de Salomé par Paul Paray
La Tragédie de Salomé par Paul Paray, © CD Mercury

N°2
Version D

Chœurs et Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg, dir. Sylvain Cambreling (Hänssler, 2007)

La Tragédie de Salomé par Sylvain Cambreling
La Tragédie de Salomé par Sylvain Cambreling, © CD Hänssler

N°3
Version F

Jennifer Walker, Chœurs et Orchestre national de la BBC du Pays de Galles, dir. Thierry Fischer (Hyperion, 2006)

La Tragédie de Salomé par Thierry Fischer
La Tragédie de Salomé par Thierry Fischer, © CD Hyperion

N°4
Version C

Chœurs et Orchestre symphonique de São Paulo, dir. Yan Pascal Tortelier (2010)

La Tragédie de Salomé par Yan Pascal Tortelier
La Tragédie de Salomé par Yan Pascal Tortelier, © CD Chandos

N°5
Version E

Chœurs et Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Marek Janowski (Warner, 1988)

La Tragédie de Salomé par Marek Janowski
La Tragédie de Salomé par Marek Janowski, © CD Warner

N°6
Version B

Maîtrise et Orchestre national de l’O.R.T.F, dir. Jean Martinon (Erato, 1972)

La Tragédie de Salomé par Jean Martinon
La Tragédie de Salomé par Jean Martinon, © CD Erato