Quelle est la meilleure version de la Symphonie n°92 "Oxford", de Joseph Haydn ?

Christian Merlin, Emmanuelle Giuliani et Antoine Mignon élisent la version de référence de la Symphonie n°92 de Joseph Haydn.

Quelle est la meilleure version de la Symphonie n°92 "Oxford", de Joseph Haydn ?
Joseph Haydn (détail), © peinture (1792) de Thomas Hardy / DP

(ré)écouter l'émission : La Tribune des critiques de disques du dimanche 03 décembre 2017

participez:

Votez ci-dessous pour votre version préférée
Laissez un commentaire et tentez de gagner le disque France Musique de la semaine

compte-rendu:

Tout commence dans un joli esprit chambriste. Mais passé l’Adagio, l’orchestre, bien rêche avec ses violons chétifs, est lancé en pilotage automatique. La Petite Bande et Sigiswald Kuijken ne plaisent pas du tout : ils sortent.

Sérieux. Bien trop sérieux! Pourtant Nikolaus Harnoncourt sait son Haydn, et à la tête du Concentus Musicus – cordes sans vibrato, bois verts et timbales en peau – livre une version allégée de la Symphonie Oxford. Simplement, on aimerait moins de sévérité : Papa Haydn est plus fantasque que ça !

Longtemps, Szell et Cleveland ont fait autorité dans Haydn : d’un côté l’allant et l’énergie d’un chef ultra précis, de l’autre un orchestre large et opulent, ni gras ni gauche. Hélas cette Oxford pêche vite par sa neutralité, son absence de mystère et d’humeurs. Académique, dîtes-vous ?

Les verdeurs citronnées des instruments d’époque vont comme un gant à cette symphonie, dont elles accentuent les ombres, les reliefs, y compris ce pianoforte babillard dans le mouvement lent. C’est que la pulsation de René Jacobs est alerte, pêchue, avec un Freiburger Barockorchester volontiers tonitruant, flanqué de cuivres écrasant les cordes. A la longue toutefois l’artificiel et le mécanique prennent le pas.

Voici la version qui chante, s’envole, caresse et virevolte, la vision apollinienne et rêveuse. Sous la battue ciselée de Neville Marriner, l’élégance est de mise, portée par des pupitres de divas : cordes mousseuses, vents vif-argent (avez-vous entendu ce hautbois ?). L’équilibre parfait entre densité et légèreté, le classicisme dans ses plus somptueux atours.

Tout ce qu’on peut espérer d’une symphonie de Haydn, Simon Rattle et le Philharmonique de Berlin nous le livrent au centuple. Comme si l’acquis des baroqueux s’était coulé dans le moule du grand orchestre. Sur un tempo idéal, portée par des basses ronflantes, la musique s’élève, vrombit, déploie courbes et arêtes, se cabre, rebondit, fait silence, soupire (une indicible mélancolie s’empare du II) jusqu’au tourbillon final. La noblesse et l’éloquence, une joie de jouer irrésistible : Haydn chez lui, au pays des mille surprises.

palmarès:

N°1
Version E

Orchestre philharmonique de Berlin, dir. Simon Rattle (Warner, 2007)

Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Simon Rattle
Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Simon Rattle, © CD Warner

N°2
Version C

Academy of Saint Martin in the Fields, dir. Neville Marriner (Philips, 1976)

Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Neville Marriner
Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Neville Marriner, © CD Philips

N°3
Version F

Freiburger Barockorchester, dir. René Jacobs (HM, 2004)

Symphonie Oxford de Joseph Haydn par René Jacobs
Symphonie Oxford de Joseph Haydn par René Jacobs, © CD HM

N°4
Version A

Orchestre de Cleveland, dir. Georg Szell (Sony, 1961)

Symphonie Oxford de Joseph Haydn par George Szell
Symphonie Oxford de Joseph Haydn par George Szell, © CD Sony

N°5
Version B

Concentus Musicus Wien, dir. Nikolaus Harnoncourt (Opus Arte, 2001)

Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Nikolaus Harnoncourt
Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Nikolaus Harnoncourt, © DVD Opus Arte

N°6
Version D

La Petite Bande, dir. Sigiswald Kuijken (Virgin, 1991)

Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Sigiswald Kuijken
Symphonie Oxford de Joseph Haydn par Sigiswald Kuijken, © CD Virgin